Le Botox et les produits esthétiques suscitent toujours plus de convoitise

Pour se renforcer sur le juteux marché de l’esthétique médicale, les laboratoires pharmaceutiques et géants de la cosmétique n’hésitent plus à casser leur tirelire. Ils sont réunis à l’occasion du congrès annuel du secteur, organisé à Paris jusqu’au dimanche 1er février.

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Le Botox et les produits esthétiques suscitent toujours plus de convoitise

La crise ? Le Botox et les prothèses mammaires ne la connaissent pas. L’industrie mondiale de l’esthétique médicale connaît toujours une croissance insolente de 7 à 8% chaque année, avec 5,7 milliards d’euros de ventes en 2014, selon les estimations de l’Imcas (International Master Course on Aging Skin), le congrès mondial du secteur qui rassemble dermatologues, chirurgiens plasticiens et entreprises à Paris jusqu’au 1er février. Conséquence, ce marché a été le théâtre d’une vague massive de fusions et acquisitions l’an dernier. Avec des cibles payées toujours plus cher : en 2014, la valeur totale des offres s’est révélée quatre fois plus élevée qu’en 2013 ! Même si l’OPA hostile du laboratoire canadien Valeant sur l’américain Allergan, le roi du Botox (la toxine botulique, qui s’attaque aux plis entre les yeux) et des prothèses mammaires, a finalement échoué. Allergan a préféré passer dans le giron du laboratoire Actavis, en échange de 63 milliards de dollars tout de même.

Mais Allergan doit se méfier. Car un challenger se renforce : le laboratoire dermatologique Galderma, ancienne joint-venture entre le suisse Nestlé et le français L’Oréal, qui s’en est désengagé il y a un an. Désormais propriété à part entière du géant de l’agroalimentaire, Galderma pourra compter sur la force de frappe de Nestlé Skin Health pour se renforcer sur le juteux marché du rajeunissement facial. Le Suisse vise en particulier les Etats-Unis, qui représentent encore la moitié du marché mondial de la beauté médicale, qu’il espère conquérir avec ses produits de comblement des rides et ses toxines botuliniques comme Dysport, une pépite du laboratoire pharmaceutique français Ipsen, dont Galderma détient une partie des droits à l’international.

Les Français toujours dans la course…

Skinceuticals (filiale de L’Oréal), Vivacy, Filorga… Les entreprises hexagonales de la cosmétique se débrouillent bien dans le domaine des produits de comblement des rides et des cosméceutiques (ou cosmétique active), ces crèmes et lotions réservées aux dermatologues et médecins esthétiques. Pour la première fois, La Roche-Posay, autre marque de L’Oréal, s’invite aussi à l’Imcas. Tandis que Symatese, spécialiste lyonnais des polymères, développe des produits à base de collagène ou d’acide hyaluronique pour des industriels du monde entier.

Côté prothèses mammaires, "il existe seulement une quinzaine de fabricants dans le monde, dont trois sont basés en France : le laboratoire Sebbin, Arion et Eurosilicone", relève Laurent Brones, coordinateur Industrie pour l’Imcas et directeur du développement de Symatese. Ce sont les seuls à ne pas subir la concurrence d’un autre laboratoire aux dents longues : l’allemand Merz, présent dans tous les autres segments de l’esthétique médicale (lire l’encadré), qui a croqué l’an dernier Ulthera, un spécialiste américain des liftings par ultrasons, pour 600 millions de dollars.

… mais la concurrence se renforce

Si la concentration s’intensifie autant dans l’industrie de la beauté médicale, c’est parce qu’"elle constitue un relais de croissance intéressant pour les groupes pharmaceutiques, dont beaucoup voient les brevets de leurs médicaments tomber dans le domaine public et s’intéressent à ce marché moins régulé et pas contraint au niveau des prix, confie Laurent Brones. Les facteurs sociaux et culturels sont extrêmement favorables pour nous : la population vieillit, dispose de plus de temps pour s’occuper d’elle…" Mais il faut désormais compter aussi sur les industriels asiatiques, et notamment les toxines pharmaceutiques venues tout droit de Corée du Sud. En 2014, grâce à sa croissance à deux chiffres, le marché asiatique de l’esthétique médicale a d’ailleurs dépassé le marché européen… Et devrait progresser de 13,2% cette année, contre 8,4% pour le marché mondial !

Gaëlle Fleitour

Toxines, cosmétique active… Qui seront les grands gagnants de l’esthétique ? 

L’industrie de l’esthétique médicale comprend quatre principaux segments. Les produits injectables (toxines botuliques et produits de comblement anti-rides, essentiellement à base d’acide hyaluronique) demeurent le premier marché en valeur (38%) selon l’Imcas, mais ne devraient croître "que" de 8% par an jusqu’en 2019 pour atteindre 3,2 milliards d’euros. Puis viennent les équipements à base d’énergie (laser, ultrasons…) ou destinés au remodelage corporel : leurs ventes devraient s’envoler de 9,8% par an. En hausse annuelle de 8,2%, les cosméceutiques (cosmétique active) devraient dépasser cette année le marché des prothèses mammaires. Qui n’affichera qu’une petite augmentation annuelle de 4,9% d’ici à 2019.

 

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