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Quotidien des Usines

Le bio dans la course aux prix bas

Publié le

Fini la petite épicerie bio de quartier. La pression sur les prix pousse les réseaux spécialisés à se regrouper et à s'agrandir, tandis que les industriels multiplient les investissements.

- 2,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2009 pour la vente de produits biologiques en France (+ 15 % par rapport à 2008) contre 1,6 milliard en 2005 : - dont 45 % réalisés par les 2 200 magasins spécialisés - 42 % par la grande distribution - 13 % en vente directe. - Enseignes de produits bio en 2009 (nombre de magasins et chiffre d'affaires) 1. Biocoop (325 - 450 millions d'euros) 2. La Vie Claire (194 - 90 millions d'euros) 3. Biomonde (145 - 85 millions d'euros) 4. Naturalia (43 - 80 millions d'euros) 5. Satoriz (30 - 70 millions d'euros) SOURCES : AGENCE BIO ET SYNADIS De - 5 à - 10 %. C'est la baisse de prix qu'estime avoir réalisé le grossiste rémois Vitafrais sur son offre de produits frais, « sans toucher à la rémunération de ses 180 fournisseurs ». Son secret ? L'application de méthodes proches de celles pratiquées par la grande distribution. « Nous avons mis en place un système en flux tendus, avec trois cycles de commandes par semaine. Habituellement, les grossistes anticipent les commandes et cela génère des pertes », explique Frédéric Grunblatt, le PDG de la société (40 millions d'euros de chiffre d'affaires, + 18 % en 2009), qui livre 900 points de vente bio en France. « Nous avons fait le choix également d'externaliser notre logistique et de la repositionner, tous les deux ans en moyenne, par rapport à notre barycentre de clients. Cela nous permet de limiter nos coûts de transport », explique-t-il. - Comparaison de prix entre trois produits d'un magasin Bio Génération et du rayon bio chez Franprix (Paris 19ème) - Lait bio 1,5 Litre demi-écrémé Bonneterre :2,25 euros Leader Price :1,25 euro - Sucre de canne Bonneterre : 5,45 euros le kilo Leader Price : 3,8 euros le kilo - Spaghetti 500 grammes Bonneterre : 1,65 euro Leader Price : 1,34 euro.

Les entreprises citées

L'heure des concentrations a sonné dans la distribution spécialisée de produits biologiques. Les Nouveaux Robinson ont racheté, début mars, leur concurrent parisien Bio Génération. A eux deux, ils forment désormais un groupe de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 18 magasins. Un petit poucet encore dans le marché des produits bio, estimé à près de 3 milliards d'euros en 2009.

Cette opération marque la reprise de la concentration initiée en juillet 2008 par le rachat de la chaîne Naturalia par Monoprix. « Le secteur est en train de se structurer, passant de petites épiceries à de véritables réseaux de supermarchés », souligne Christian Lafaye, le secrétaire général du Syndicat national des distributeurs spécialisés de produits biologiques (Synadis). La taille moyenne de chacun des 2 200 magasins français est ainsi passée de 150 m2 il y a dix ans, à 400 m2 environ aujourd'hui. Sur les trois inaugurations de magasins par semaine en 2009 (150 au total), des acteurs ont fait leur apparition, comme Naturéo ou Biostore, avec des points de vente de près de 1 000 m2, proches des surfaces de supermarchés traditionnels ! Un record dans le secteur.

Cette course à la taille se poursuit cette année, notamment chez les pionniers. Fort de 325 magasins, le leader Biocoop (450 millions d'euros de chiffre d'affaires) doit ouvrir 30 unités en 2010, tout comme son concurrent La Vie Claire (90 millions d'euros de chiffre d'affaires). Les professionnels parient également sur de nouvelles opérations de croissance externe entre petites chaînes régionales historiques, à l'image du rapprochement des Nouveaux Robinson et de Bio Génération.

MISER SUR LES SYNERGIES ET LES CENTRALES D'ACHATS

 

Les distributeurs poursuivent une même logique : être plus gros, afin de faire baisser les prix des fournisseurs. L'UFC-Que Choisir révélait en janvier que les enseignes spécialisées étaient plus chères de 47 à 55 % par rapport aux super et hypermarchés, qui eux-mêmes affichaient des prix plus élevés de 57 % par rapport aux produits non-bio. Or, selon une étude de l'Agence Bio réalisée en 2009, 61 % des Français estiment anormal de payer plus pour un produit biologique. « La grande distribution est en train de casser la filière en achetant à l'étranger, notamment dans les pays de l'Est, ses produits bio vendus sous marques de distributeurs (MDD) », affirme Frédéric Grunblatt, le PDG du grossiste Vitafrais, spécialisé dans les produits frais (lire page 25). En deux ans, les hypermarchés ont doublé leur offre de MDD. Carrefour et Système U proposent aujourd'hui respectivement 590 et 210 références sous leur label bio, contre 280 et 89 il y a deux ans.

Pour peser sur les prix de leurs fournisseurs, les réseaux spécialisés mettent en place différentes stratégies d'achats, à commencer par des synergies. Naturalia (80 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009) profite du poids de Monoprix pour sourcer une cinquantaine de produits d'épicerie Monoprix Bio (sur les 400 de la marque) à partir de ses fournisseurs. De son côté, la coopérative de consommateurs Les Nouveaux Robinson (27 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009), veut rationaliser d'ici à un an la centaine de fournisseurs que compte Bio Génération, avec les 650 dont l'enseigne dispose déjà.

Autre option : la création de centrales d'achats. Une centaine de distributeurs indépendants ont créé, en 2008, la coopérative Biomonde. Depuis, 50 autres adhérents s'y sont joints, représentant 154 magasins au total, soit 85 millions d'euros de chiffre d'affaires. « La centrale référence 50 fournisseurs à des prix préférentiels, sur les 120 en moyenne que nous avons dans chaque magasin », explique André Grellier, le président de Biomonde et directeur du magasin Biologique à Chemillé (Maine-et-Loire).

Enjeu similaire pour le groupement volontaire d'achats, GVA-Bio. Créé en 2003, il négocie 15 000 références pour 20 supérettes sur tout le territoire français, revendiquant 23 millions d'euros de chiffre d'affaires. « Nous devrions atteindre 30 magasins d'ici à un an, mais nous ne courrons pas derrière le nombre de points de vente. Nous avons des critères à faire respecter, de taille (entre 300 et 600 m2), d'éthique et de volumes d'achats », explique la fondatrice, Françoise Beunardeau, également responsable de l'enseigne Ecologia (deux magasins).

INVESTIR POUR GAGNER EN COMPÉTITIVITÉ

 

Face à la pression des distributeurs, les fournisseurs essaient de leur côté de baisser leurs coûts de fabrication. La plupart investissent pour gagner en compétitivité. Danival, qui propose 220 références de conserves de fruits et légumes et de plats cuisinés dans près de 1 900 magasins bio, a déboursé 1,5 million d'euros l'an passé dans de nouveaux outils de production, dont 1 700 m2 de bâtiments. « Nous réalisons un travail continu d'amélioration de la productivité en analysant les causes d'arrêt des chaînes et en achetant des machines », explique Thomas Breuzet, le directeur général de la PME, qui emploie 75 salariés près de Nérac (Lot-et-Garonne) pour 14 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009. Euro-Nat (groupe Ekibio), installé à Peaugres (Ardèche), a investi 1,5 million d'euros en 2009 dans ses usines de biscuits Bisson et de pâtes Nicolas pour augmenter ses capacités de production et baisser ses coûts. Il table sur un chiffre d'affaires de 75 millions d'euros cette année contre 65 millions en 2009. D'autres, comme le groupe Bonneterre, optimisent leur logistique. La filiale de Distriborg (60 millions d'euros de chiffre d'affaires), présente dans 1 500 magasins avec ses produits frais, biscuits et surgelés, a agrandi et modernisé son entrepôt de 5 100 m2 à Rungis.

La concentration des distributeurs et les efforts de productivité des industriels ne seront bientôt plus les seuls leviers sur les prix. L'arrivée des agriculteurs convertis au bio va inverser le rapport de force. Au total 25 000 opérateurs (producteurs, transformateurs, distributeurs et importateurs) étaient engagés dans le bio à la fin décembre, soit 20 % de plus qu'en 2009. Année qui a vu 300 agriculteurs se convertir au bio chaque mois, la plus forte progression depuis 1995, selon l'Agence Bio. «Nous risquons de connaître une période de surproduction et de forte baisse de prix. Surtout si la grande distribution continue à s'approvisionner à l'étranger », anticipe Frédéric Grunblatt, le PDG de Vitafrais.

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