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Quotidien des Usines

Le bassin de Lacq prépare l'après-gaz

Publié le

L'extinction du gisement de gaz naturel est programmée pour 2013. La reconversion du bassin est d'ores et déjà en marche. Total y expérimente le stockage et le captage du dioxyde de carbone.

550 entreprises sont recensées dans le bassin de Lacq, dont 163 dans l'industrie. 9 000 salariés y travaillent. 1 milliard d'euros, c'est le montant des investissements industriels programmés sur la période 2007/2010. Quatre plates-formes industriellesInduslacq (TEPF, Abengoa Bioenergy France, Arkema, Sobegi Environnement, Veolia Environnement, TIGF, Air liquide, Holis, Sobegal et SMTB) ; Mourenx (treize unités de chimie fine appartenant à Sanofi Chimie, Atofina, Chimex, Finorga, Speichim Processing, Lubrizol, Société béarnaise de synthèse et Cerexagri) ; Pardies (Air liquide, Yara et Célanèse qui doit fermer ses portes en décembre) et Mont (Arkema). Derniers tests. Derniers réglages. Le projet de Total pour capter et stocker le CO2, l'une des pistes explorées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, sera opérationnel d'ici à fin décembre. Le groupe pétrolier compte capter, pendant deux ans, 150 000 tonnes de dioxyde de carbone et les stocker dans l'ancien champ gazier de Rousse, au sud de Pau, pour un coût de 60 millions d'euros. Le captage a d'ores et déjà commencé sur l'une des cinq chaudières produisant de la vapeur pour la centrale de Lacq. Le procédé retenu est celui de l'oxycombustion, qui consiste à réaliser une combustion à l'oxygène pur et non pas à l'air, pour obtenir des fumées concentrées à 90 % en CO2. Ces fumées doivent ensuite être séchées et filtrées pour que le dioxyde de carbone puisse être récupéré. Depuis le site de Lacq, le CO2 empruntera les 27 kilomètres du gazoduc qui acheminait, en sens inverse, le gaz naturel extrait du champ de Rousse, aujourd'hui épuisé. Le dioxyde de carbone sera stocké à 4 500 mètres de profondeur. Une première en France... contestée par l'Association des Coteaux de Jurançon, bien décidée à attaquer l'arrêté préfectoral d'autorisation. Les contestataires dénoncent un projet qui va à l'encontre de l'objectif de décroissance énergétique et mettent en avant les incertitudes quant à la technique retenue. « Nous mettons en oeuvre une nouvelle technologie. C'est normal que la population s'interroge. Le captage/stockage du CO2 est une solution dont on ne pourra pas se passer sur le moyen terme », assure Nicolas Aimard, le responsable du projet. Total s'est engagé à surveiller le site pendant trois ans après la dernière injection. Comment jugez-vous l'implication de Total dans la reconversion du bassin ? Total a un devoir vis-à-vis de ce territoire. Sans tout attendre de lui, le groupe pourrait faire plus, par exemple, en matière d'énergies renouvelables. Nous proposons la création d'un centre de R et D autour des piles à lithium et du solaire. La communauté de communes de Lacq est prête à investir dans le bâtiment et les équipements. Soit 10 millions d'euros. Quelles sont les autres pistes ? Celle de la biomasse notamment. Rappelons que Lacq a toujours su tirer son épingle du jeu. De la chimie liée à l'extraction du gaz, il est passé à la chimie des molécules et, aujourd'hui, à celle de l'énergie. C'est un bassin à la fois fort et fragile, mais qui n'est pas en difficulté. Les bases de taxes professionnelles ont augmenté de 9,57 % par rapport à l'an dernier. Cela traduit la vitalité de nos entreprises. La fermeture de Celanese est un coup dur... Ce groupe américain a acheté la paix sociale en faisant un bon PSE pour les 350 salariés concernés, mais c'est un échec pour le territoire. La communauté de communes vient d'ailleurs de s'allier au sein d'une ASL (Association syndicale libre) avec les deux industriels, Yara et Air liquide, pénalisés par ce départ. Ce cadre juridique nous permet de financer notamment la réalisation d'un pipeline vapeur, reliant le site de Pardies à la plate-forme industrielle de Mourenx, pour 4 millions d'euros.

C'est « le » supercalculateur ! Il est capable d'effectuer 123 000 milliards de calculs à la seconde. Total a dépensé 12 millions d'euros pour en doter son Centre scientifique et technique Jean-Feger, à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Dédié au traitement d'images sismiques, il doit aider le groupe pétrolier à débusquer les gisements difficiles d'accès. Bref, le pétrole de demain. De quoi conforter l'établissement palois qui emploie 2 300 salariés, dont plus de 55 % d'ingénieurs. Jean-Feger réalise des prestations techniques auprès de 45 filiales du groupe, présentes dans le monde entier. « Le Béarn garde une pépite avec ce centre », s'enthousiasme Thierry Renard, son directeur.

Une pépite, mais pour combien de temps ? C'est la question que se posent les Béarnais, inquiets de l'extinction du gisement de gaz de Lacq, programmée pour 2013. Dans les années 1970, 33 millions de mètres cubes de gaz brut étaient extraits chaque jour, contre seulement 4 millions aujourd'hui. Pour accompagner la reconversion du bassin (9 000 emplois), Total actionne plusieurs leviers. Sa filiale, Total Développement Régional, créée pour planifier les conséquences de l'arrêt du gisement (1), consacrera 3 millions d'euros pour accompagner la création d'emplois, via des prêts aux entreprises de cinq à sept ans. Son objectif ? 300 emplois d'ici à fin 2013.

Des projets structurants

Total Développement Régional prévoit également de donner un coup de pouce de 2 millions d'euros à des projets structurants présentés par les collectivités locales, du type pépinières d'entreprises et zones d'activités. Un cabinet international sera chargé d'une mission de prospection afin d'attirer des investisseurs sur les plates-formes industrielles de Lacq, de Mourenx et de Pardies. Une autre filiale de Total, la Sobegi, qui gère la plate-forme de services mutualisés de chimie fine de Mourenx (neuf sociétés, 650 emplois), va gérer, dès janvier, la plate-forme industrielle de Lacq, appelée Induslacq. Elle deviendra propriétaire exploitant des utilités, de la sécurité, de la logistique, etc.

L'usine TEPF, qui exploite le gisement de gaz, voit ses effectifs fondre peu à peu. Sur les 789 salariés, une quarantaine partiront en préretraite d'ici à la fin de l'année. « En prenant le pilotage de l'ensemble de la plate-forme, nous donnons une visibilité aux investisseurs potentiels. On ne veut pas laisser un champ de bataille. Il faut que la reconversion soit exemplaire », explique François Virely, le directeur de Sobegi , dont les moyens financiers vont être renforcés. Cofely, la filiale de GdF-Suez spécialisée dans la fourniture d'énergie et la gestion de l'environnement, entrée en mai à hauteur de 20 % dans le capital de Sobegi va porter sa participation à 40 % en janvier.

Maintenir un niveau d'expertise suffisant

Une cellule de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences a, d'ores et déjà, été ouverte afin d'offrir des débouchés à la centaine de salariés de TEPF âgés de moins 45 ans. « Il faut rester vigilant car nous devons maintenir un niveau d'expertise suffisant pour le bon fonctionnement de l'usine », précise Yann Cartron, le directeur de TEPF. Autre souci : la pérennisation de l'activité de la plate-forme après le départ de Total. Des scénarios se mettent en place. Exemple avec le service de sécurité (45 personnes). Un plateau technique, inauguré en juin, a déjà reçu 403 stagiaires. Il complète le centre d'entraînement au port de l'appareil respiratoire ouvert en 2008.

Quant au Laboratoire de contrôle de l'environnement (30 salariés), il travaille à 80 % pour des sociétés extérieures. Reste à trouver une ou deux entreprises qui viendraient s'installer à la place de TEPF et qui utiliseraient les utilités de la plate-forme. C'est d'autant plus crucial qu'avec le départ de TEPF, Sobegi va voir son chiffre d'affaires baisser de 20 millions d'euros. « Il faut absolument trouver d'autres industriels qui compenseront notre départ. Un emploi chez nous, c'est quatre emplois autour. Je reste optimiste sur la reconversion du bassin », répète Robert Marco, le secrétaire CFDT de TEPF. Trouver d'autres investisseurs ? Pas simple...

Détenue à 64 % par l'espagnol Abengoa Bioenergy et à 36 % par un groupement de coopératives et de négociants de maïs d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées (Océol), Abengoa Bioenergy France produit, depuis cet été, du bioéthanol sur le site d'Induslacq. Abengoa a dans les cartons le projet de s'agrandir en créant une deuxième unité consacrée aux agrocarburants de troisième génération à partir de la biomasse. Le hic ? Abengoa compte revendre la vapeur et l'électricité générées. Ce qui ferait concurrence à la Sobegi qui va gérer les utilités de la plate-forme. Autre problème : Cofely nourrit un projet identique à celui d'Abengoa, sur le même site d'Induslacq...

Soficar (filiale à 70 % du japonais Toray Industries), spécialisée dans la fabrication de fibres de carbone à Abidos, projetait d'investir dans une unité de production du « précurseur », la matière première qui sert à fabriquer la fibre de carbone, sur le site d'Induslacq. Confrontée à la baisse d'activité dans l'aéronautique et l'automobile, l'entreprise a remis à plus tard son investissement. Une implantation que Michel Brisson, son PDG, jugeait « parfaite ». Aujourd'hui encore, il ne tarit pas d'éloges sur les atouts du bassin de Lacq, qui bénéficie « d'une forte culture industrielle, acceptée par la population ». « Ici on est désiré. C'est un gros atout », souligne-t-il. Encore faut-il le savoir...

« Nous devons rendre l'image du bassin plus lisible et faire preuve de davantage d'agressivité », reconnaît Jean-Alain Laplace, le vice-président de Chemparc, le GIE qui réunit les entreprises, les collectivités locales, les syndicats et l'Etat (2). Alors que l'usine Celanese fermera ses portes en décembre, Arkema a récemment annoncé son intention de créer une unité de nanotubes de carbone à Mont, à quelques kilomètres de Lacq. L'investissement de 30 millions d'euros sera opérationnel en 2011. Quant au groupe allemand Eon, qui a fait l'acquisition d'un terrain de 30 hectares à Os-Marsillon, situé à 3 kilomètres de Lacq, il doit implanter une centrale à cycle combiné gaz...

(1) 32 000 emplois maintenus ou créés en trente ans dans 600 entreprises par le biais de prêts, soit une enveloppe globale de 240 millions d'euros.

(2) Sur le site www.chemparc.com, on peut réaliser une visite virtuelle de la pépinière d'entreprises Chemstart'up.

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