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Laurent Berger (CFDT) "Le compromis, ça marche"

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Entretien Le secrétaire général de la CFDT défend dialogue et compromis comme conditions de la performance économique.

Laurent Berger (CFDT) Le compromis, ça marche © Luc Pérénom

Sommaire du dossier

Brexit, élection de Donald Trump, montée des extrêmes en Europe… Que répondre aux citoyens désorientés qui choisissent le repli ?

Personne ne parle plus de progrès, il n’y a plus de discours d’espoir. Face aux profondes perturbations que vivent les peuples – l’impact de la transition écologique, les nouveaux usages numériques, les migrations –, on explique qu’il faut soit serrer la ceinture du vieux monde, soit se replier sur soi et trouver des boucs émissaires. Sans alternatives, sans propositions sur le progrès humain, les gens choisissent le pire. Le rapport de France Stratégie sur les failles de la société française montre que l’une de nos difficultés, avec le creusement des inégalités, c’est la défiance et le pessimisme généralisés. Pour réenchanter les citoyens, il faut leur montrer que ces mutations offrent des opportunités, redonner un horizon au progrès. La transition écologique peut créer de l’emploi, de nouvelles activités, comme les énergies marines renouvelables. La France a tout pour en faire une nouvelle opportunité, l’intelligence, la R & D, l’outil industriel, la situation géographique. Ne manquent que l’investissement et la volonté politique.

L’industrie a donc toute sa place, dans votre message d’espoir ?

Faire le choix d’un pays sans industrie serait mortifère. L’industrie ne se limite pas à la conception et à l’innovation, domaines où la France est plutôt bonne. Elle couvre aussi la production. On ne peut pas se vanter de vendre des TGV outre-Atlantique et se séparer d’un outil de production dont on aura besoin dans quatre ou cinq ans. Avec le vieillissement de la population, de nouvelles activités se développent, certes dans les services, mais avec des connexions et des débouchés aussi dans l’industrie. Pour conserver une industrie performante, l’Europe doit faire le choix de l’investissement, l’État stratège doit orienter les investissements, des dynamiques de territoires, de filières, doivent se créer. Il faut aussi donner le goût de l’industrie aux jeunes, ce qui passe notamment par l’apprentissage.

L’industrie du futur, robotisée, risque de supprimer des emplois. Comment rassurer les salariés ?

Certaines industries auront toujours fortement besoin de main-d’œuvre et, dans les usines du futur, tout ne sera pas robotisé. Il restera de l’intervention humaine, pour la maintenance, le contrôle. Les emplois seront peut-être moins nombreux, mais mieux payés et moins pénibles. Il faut préparer les transitions et proposer aux salariés de se former. Bonduelle, en Picardie, a automatisé ses entrepôts de surgélation. La CFDT a demandé – et obtenu – que tous les salariés qui effectuaient jusque-là des tâches pénibles soient formés à l’utilisation des nouveaux ­équipements. Tous ont pu rester dans l’entreprise. Le virage numérique permet de faire monter en compétences les salariés, pourvu qu’on investisse massivement dans la ­formation. Le compte personnel de formation (CPF) et le plan de formation de 500 000 chômeurs ont d’ailleurs largement été utilisés pour former au numérique. Les transformations sont profondes, il faut en faire des opportunités de développement de l’emploi et d’amélioration des conditions de travail. Et ne pas laisser s’installer une fracture entre les personnes qui maîtrisent le numérique et celles qui ne le maîtrisent pas.

Comment le syndicalisme peut-il redonner cet espoir ?

Les résultats électoraux, les enquêtes d’opinion montrent que les gens veulent participer à ce qui les concerne. Le profond sentiment que certains qualifient de déclassement repose sur l’impression de ne plus avoir de prise sur rien. Il faut donner au citoyen, au salarié la possibilité de peser sur ce qui les concerne. La société est en attente d’une plus forte horizontalité. Dans l’entreprise, qui est le principal lieu de légitimité du syndicalisme, les salariés manifestent une profonde aspiration à être écoutés. Le syndicalisme doit avoir une perception de la réalité vécue par les travailleurs et, par ses engagements et ses propositions, par les compromis issus de la négociation collective et du dialogue social, construire des solutions et du progrès. C’est ce que nous faisons avec notre enquête « Parlons travail », dont le succès dépasse nos espérances. Les réponses nous serviront à poursuivre la discussion avec les salariés, à construire nos propositions et nos revendications et à interpeller les candidats à l’élection présidentielle. La négociation nationale, elle, fixe les cadres et donne des marges de manœuvre. C’est ce qu’a fait la loi travail sur l’organisation du travail. Souvent, on ne parle du syndicalisme que comme source de blocage. Mais il est aussi un élément de progrès, de nombreux chefs d’entreprise vous le diront. Quel aurait été le plan de charge de STX, en vente aujourd’hui, sans l’accord de performance signé par certaines organisations syndicales dont la CFDT ? Chez Renault, sans l’accord de compétitivité de 2013, des usines auraient fermé. L’entreprise est un lieu où s’exercent des intérêts pour une part divergents. Certains considèrent qu’il faut un seul gagnant. C’est le cas de certains employeurs, qui pensent que l’entreprise, c’est eux tout seuls, et que discuter, c’est perdre leur pouvoir. Heureusement, ils sont de plus en plus nombreux à comprendre que le dialogue social est un facteur de performance économique. C’est aussi le cas de certaines organisations syndicales, qui préfèrent l’affrontement plutôt que mettre les mains dans le cambouis et s’engager dans le meilleur compromis pour chacun. Or la négociation collective est la seule voie possible. Il faut rediscuter du partage du pouvoir en entreprise.

Selon le réseau de DRH Entreprise & Personnel, le compromis né du dialogue social n’aboutit qu’à des réformes limitées…

C’est faux. Les employeurs se plaignaient de la durée de dix-huit mois des plans sociaux, attaqués en justice dans 30 % des cas. Les syndicats leur ont expliqué que face à des plans unilatéraux, les organisations syndicales n’avaient qu’un seul mode d’action possible, le piquet de grève. La loi a changé et aujourd’hui, on négocie les plans sociaux, qui ne prennent plus que cinq mois et ne sont contestés que dans 5 % des cas ! L’explosion sociale a été limitée. Le compromis, ça marche ! Ce qui manque, ce sont les acteurs capables de le faire.

Certains ont envie d’aller plus vite et de tout renverser…

Il est évident que le compromis prend du temps, mais on ne peut pas dire que rien n’avance. Voyez la complémentaire santé payée pour moitié par l’employeur à de nouveaux salariés, les droits rechargeables à l’assurance chômage, le compte personnel de formation, le compte de prévention de la pénibilité… Mais comme on se nourrit au pessimisme, on considère que rien n’est possible, qu’il faut tout balayer et essayer ce qui n’a jamais été essayé. Pour parvenir à ces avancées, il faut commencer par se parler. Or nous sommes dans une société où l’on n’arrive pas à se parler. On préfère trouver des coupables plutôt que des solutions, parce que les solutions nécessitent de donner un peu de soi et parce que le compromis est encore vécu, dans le monde économique et social français, comme ­dangereux. Ce n’est pas le cas en Allemagne et dans les pays scandinaves. Chez Toyota, à Valenciennes, des espaces de parole ont permis de mettre au point un système pour que la salariée qui posait des pommeaux sur les leviers de vitesses ait moins de risques de se tromper de modèle. La direction est satisfaite d’avoir moins d’erreurs et la salariée beaucoup moins stressée. Revenue chez elle, le soir, elle se sent plus disponible. Pour apaiser une société traversée par d’énormes tensions, il faut écouter les gens au travail, leur donner la parole et trouver des solutions avec eux. Bref, dans un monde incertain et anxiogène, il faut sans tarder réinventer le progrès ! 

Laurent Berger vient de publier, avec Pascal Canfin, un livre d’entretiens, « Réinventer le progrès » (Les Petits Matins, 14 euros)

Trois idées phares pour 2017


Investir « L’industrie française est bonne en conception et en innovation, mais la production a encore un avenir. À deux conditions : que l’Europe encourage les investissements et que l’État assure son rôle de stratège en dynamisant les filières d’avenir. »

Former « Les mutations de l’industrie se traduisent par un bouleversement des métiers, dont certains vont disparaître. Il faut massivement former les salariés, profiter du virage numérique pour les faire monter en compétences. L’industrie du futur, ce seront aussi des tâches moins pénibles. »

Partager le pouvoir en entreprise « Comme le citoyen, le salarié veut pouvoir peser sur ce qui le concerne. Il demande à être écouté et à ce que les solutions soient construites avec lui. Il faut rediscuter du partage du pouvoir en entreprise. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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