Lancée comme une expérimentation, la Grande Ecole du numérique a déjà formé 5 000 personnes

Lancée il y a un peu plus d'un an, la Grande Ecole du numérique et ses 268 formations labellisées ont déjà formé 5 000 personnes éloignées de l'emploi et devraient atteindre les 10 000 à la fin de l'année. En quelques mois, et en s'affranchissant des lourdeurs habituelles de la formation, elle a prouvé qu'elle répondait à un réel besoin.

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Lancée comme une expérimentation, la Grande Ecole du numérique a déjà formé 5 000 personnes

"La Grande Ecole du numérique ? Un hack complet ! Elle a été créée sous le radar, rapidement, avec des gens comme moi, des secrétaires d’Etat… Sa grande intelligence, c’est d’avoir laissé émerger les initiatives, donné une grande liberté. J’espère qu’il y aura toujours de l’espace pour des initiatives comme celle-là !" Frédéric Bardeau est co-fondateur de Simplon.co, une école qui, en l'espace de quatre ans, a formé 1 000 demandeurs d’emploi ou jeunes décrocheurs, au numérique, en six mois. Le réseau Simplon compte désormais une trentaine d’écoles, qui formeront 1000 personnes par an. A leur sortie, 83% des apprenants ont décroché en emploi, créé une entreprise ou poursuivi leur formation. Un succès qui, avec celui de l’école 42 de Xavier Niel, a inspiré le gouvernement quand il a lancé, fin 2015, la "Grande Ecole du numérique" (GEN).

Il ne s’agit pas d’une école, mais d’un réseau de formations, dont le contenu, les objectifs, la qualité, sont validés par un Groupement d’intérêt public où Etat, entreprises, régions, financeurs de la formation, travaillent ensemble. L’objectif est double : répondre aux besoins de l’économie (50 000 postes non pourvus dans le secteur numérique en 2015 selon la Dares, 190 000 à pourvoir d’ici 2022) et favoriser l’insertion économique de publics éloignés de l’emploi. 268 formations ont obtenu le label GEN, dont Simplon, 42, des parcours créés par des écoles d’ingénieurs ou des organismes de formation. 295 candidatures sont en cours d’examen. "La Grande Ecole du numérique a déjà formé 5 000 apprenants, nous prévoyons d’atteindre les 10 000 fin 2017", indique la directrice de GEN, Samia Ghozlane.

Ouverture de nouvelles formations sur tout le territoire

L’initiative a permis l’émergence de nouvelles formations: la moitié des 268 a été créée spécifiquement pour la Grande Ecole du numérique. Elles se sont réparties sur l’ensemble du territoire. Répondre aux attentes de l’écosystème local, savoir travailler avec lui, appartient aux critères pour être labélisé. "C’était la bonne méthode, analyse Frédéric Bardeau. Des prototypes, de l’essaimage, de la rapidité, et un déploiement sur le territoire." Pour Hélène Garner, directrice du département Travail, emploi, compétences de France Stratégie, "la Grande Ecole du numérique est une offre originale, qui répond aux besoins des entreprises. Le numérique évolue vite, il faut essayer, innover".

Le gouvernement a pioché dans l’enveloppe du deuxième Programme d’investissement d’avenir (PIA) pour débloquer 15 millions d’euros. Chaque formation labellisée reçoit 70 000 euros sur trois ans, une structure pouvant toucher jusqu’à 180 000 euros si elle propose plusieurs formations. Il s’agit d’une subvention d’amorçage, qui ne sera pas renouvelée. Pour préparer l’avenir, ces formations doivent dès à présent trouver 50 % de leurs financements ailleurs (régions, Pôle emploi, OPCA…).

Les formations s’adressent avant tout aux jeunes (18-30 ans) sans emploi ni qualification, issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, et doivent accueillir 30 % de filles. "C’est un objectif national, précise Samia Ghozlane, des territoires ruraux n’ont pas de quartiers prioritaires, et certaines formations n’arrivent pas à recruter des filles, alors que d’autres ont 75 ou 100 % de filles." Pour ces publics, les formations sont gratuites, mais une promotion peut accueillir jusqu’à 40% d’apprenants payants (envoyés par Pôle emploi, les OPCA, voire les entreprises). "Cela favorise la mixité des publics", note Samia Ghozlane. Simplon.co, qui forme des salariés de la Poste en reconversion, mélangés aux jeunes des quartiers, salue l’apport de cette mixité.

Du développeur au forgeron numérique

Les formations, proposées sans condition de diplôme, durent de 3 mois à trois ans, et leur contenu est très varié. Selon le décompte de Samia Ghozlane, 60% préparent aux métiers de "numérisants" (développeurs par exemple), 40% aux métiers de "numérisés" (les utilisateurs, référents numériques, infographistes, journalistes digitaux…). POP School forme à Valenciennes des développeurs web et mobile, démarre en avril, à Saint-Quentin, une formation de "IoT makers", des opérationnels de terrain pour les objets connectés, et disposera d’une offre cybersécurité en septembre. Une étonnante formation de "forgeron numérique" est prévue, pour assister les managers des FabLabs, réaliser des prototypes, travailler avec le public… "Ces formations courtes, intensives, immersives, répondent complètement aux attentes des nouvelles générations, remarque Florette Eymenier, directrice de POP School. Certains talents n’arrivaient pas à accéder à l’enseignement supérieur, ils trouvent leur place dans cette approche en mode projet, opérationnelle." Tous les apprenants de POP School font deux mois de stage en entreprise. Quatre sont même partis à l’étranger…

Les personnes sorties d’une formation GEN intéressent les PME locales et les grandes entreprises. Capgemini leur réserve 10% de ses recrutements et la Société Générale les accueille en stage. Certains apprenants de POP School ont suivi une formation complémentaire de trois mois pour pouvoir intégrer les ESN (ex-SSII). "Elles nous regardaient bizarrement, mais ont tellement de besoins qu’elles ont finalement été intéressées", explique la directrice. GEN a suscité d’autres types de bouillonnements : la grande école prépare une plateforme digitale commune à ses formations, plusieurs start-up se mobilisent pour y proposer leurs services.

Et si on y envoyait des salariés?

Les formations labellisées GEN ne sont pas toutes parfaites, n'accueillent pas toutes le public ciblé, sont parfois lentes à se mettre en place. Mais la souplesse du dispositif a permis de déboucher sur de belles expérimentations. Ces formations ont trois ans pour trouver un équilibre financier. Pas facile quand on propose une formation gratuite… Faut-il élargir le public ? Frédéric Bardeau, de Simplon.co, est inquiet de voir un nombre important de salariés en "souffrance numérique". "Les DRH sont démunis face aux fractures numériques, commente-t-il, les branches ne savent pas par quel bout prendre le problème, et les partenaires sociaux, eux-mêmes en retard sur le numérique, veulent absolument des formations qualifiantes... " Ce qui n’est pas le cas des formations GEN.

Un regret pour lui et beaucoup d’autres : les formations de la Grande Ecole du numérique ne peuvent pas être suivies dans le cadre du compte personnel de formation (CPF), puisque celui-ci n’est destiné qu’aux formations certifiantes. Et pour être reconnu au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), il faut trois ans… Ouvrir la Grande Ecole du numérique au CPF permettrait de former plus massivement, à l’initiative des individus, et d’assurer l’avenir économique des formations labellisées GEN, fragile.

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