Lambert a la gueule de bois

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Lambert a la gueule de bois



Eh bien Lambert, ça va mieux ? Sylvain Lambert regarda Jean-Claude Weber avec étonnement. - Ça va très bien. Pourquoi cette question ? - Pour rien. Je pensais que le champagne avait peut-être laissé quelques séquelles... Tu étais tellement en forme hier soir ! - C'est vrai qu'il était agréable, ce champagne. Mais le cognac après m'a un peu assommé. - Ce n'est pas la peine de le dire. Tout le monde avait remarqué. Tu t'es brusquement arrêté de dire des méchancetés sur Balaton et tu as sombré dans une douce torpeur. - Des méchancetés sur Balaton ? - Et en bonne quantité. Je peux même te dire que Duchêne n'avait pas l'air d'apprécier. Sylvain Lambert sentit l'inquiétude le gagner. La veille, Duchêne, le directeur général, avait invité quelques très bons clients à l'Opéra. Il avait demandé à Weber, le directeur du marketing, à Torrès, le directeur de l'exportation, et, bien sûr, à Lambert, le directeur commercial, de l'accompagner. La soirée s'était terminée autour d'une bonne table, dans un restaurant voisin, et le champagne avait coulé à flots. Lambert n'avait pas de souvenir très précis de ce qu'il avait pu dire. Mais il se méfiait aussi des affirmations de Weber. - Tu pourrais me dire plus précisément ce que j'ai dit de méchant sur Balaton ? - Oh, je ne me souviens plus exactement, mais tu n'as pas arrêté de sous-entendre que nous étions une bande de nuls. Par exemple, lorsque Vermarre, le directeur de Krieg, t'a demandé pourquoi nous ne mettions pas notre catalogue sur Internet, tu lui as répondu que la devise de Balaton, c'était : " Laisse les autres prendre de l'avance, il sera toujours temps de les rattraper. " Duchêne riait jaune. Mais demande donc à Torrès de te raconter. Il a une meilleure mémoire que moi. Allez, à bientôt ! Lambert se sentit tout déconfit. A certains moments, effectivement, il trouvait que le management de Balaton était un peu préhistorique. Mais de là à critiquer l'entreprise devant ce benêt de Vermarre... Il hésitait aussi à interroger Torrès, son ancien adjoint, qui serait bien trop content de lui donner une leçon et de lui démontrer une fois de plus qu'il n'avait pas été à la hauteur. Lambert décida d'aller boire un café pour s'éclaircir les idées. Dans le couloir, il croisa Duchêne, qui le salua d'un air tout à fait habituel. - Alors, Lambert, bien dormi ? - Euh Oui, oui, très bien ! - J'ai pu constater que l'opéra et le champagne vous motivaient beaucoup plus que le rugby. Lambert se sentit déconcerté. Duchêne, visiblement, lui en voulait encore d'avoir rechigné à suivre le stage de rugby imposé quelques semaines plus tôt à l'ensemble du comité de direction. Mais comment savoir s'il lui en voulait pour son attitude de la veille ? Il balbutia. - C'était un très beau spectacle... Mais Duchêne était déjà parti.



Lambert est dans une situation délicate

Il a sûrement tort d'hésiter à aller voir Torrès. " Il est très important pour lui de se faire préciser les termes exacts de ses réflexions de la veille, estime Alain Lefort, directeur du cabinet de recrutement AL Partners, à Sèvres, dans les Hauts-de-Seine. Mais les propos ne sont sans doute pas aussi graves que le prétend Weber. Car on peut supposer que, en cas de véritable diffamation, Duchêne, Torrès et Weber l'auraient remis à sa place. "

Mais, surtout, il réagit mal vis-à-vis de son directeur général. " Comme la scène s'est passée devant des clients, l'image de la société est mise en cause. Il est donc très maladroit de faire le mort, car cela ne peut que détériorer sa crédibilité ", explique Alain Lefort. " C'est une fuite, et il n'a pas le droit de ne pas régler le problème ", ajoute Régine Kher, l'associée d'Alain Lefort. L'attitude la plus raisonnable, selon Alain Lefort, serait de " jouer la franchise et la transparence totale. Ce n'est pas facile, car il doit défendre deux choses vis-à-vis de son directeur général : le fait qu'il ait abusé de l'alcool et la teneur de ses propos. Il peut éventuellement proposer, pour corriger l'image négative qu'il a pu donner, de refaire une rencontre avec ces clients... en s'engageant, cette fois, à ne boire que de l'eau ! "

Conclusion

Pour Alain Lefort, " le rôle d'un directeur commercial est d'être constructif, positif et réaliste. Il a une véritable mission de représentation de l'entreprise. On ne lui pardonnera donc pas facilement des propos maladroits. C'est pourquoi il doit absolument s'expliquer et, bien sûr, éviter de récidiver ".

USINE NOUVELLE N°2621

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