Lagardère : Il faudra conforter Arnaud

" Entre le pôle médias et celui de l'aéronautique/défense, le coeur d'Arnaud Lagardère ne balance pas. Il préfère le premier. Par goût. Sans compter qu'il est aujourd'hui plus rentable. "

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Pour Arnaud Lagardère, le rituel de la présentation des résultats financiers du groupe a précédé celui des obsèques de son père ! La vie des grands groupes a ses exigences. C'est un fils ému qui a nécessairement placé son action sous le signe de la continuité et de la fidélité. " Ne fantasmez pas sur une sortie imminente d'EADS ", le géant européen de l'aéronautique et de la défense, dont la création devait tant à l'habileté, la volonté et l'entregent de Jean-Luc Lagardère. " Sachez que mon implication dans EADS sera à partir de ce jour absolument totale ", a martelé le fils qu'on pourrait, pour de bonnes raisons, soupçonner de vouloir privilégier l'autre pôle du groupe Lagardère, les médias. On ne mettra pas en doute la sincérité d'un homme tout juste orphelin d'un père qui fut son mentor et surtout l'un des grands capitaines d'industrie français de ce dernier quart de siècle. D'autant que le statut particulier de Lagardère, société en commandite par actions, le protège d'une pression immédiate des marchés. Mais pour combien de temps ?
" Lui c'est moi, moi c'est lui ", s'amusaient à dire Jean-Luc et Arnaud Lagardère pour mieux souligner leur connivence. Pourtant, tout le monde sait que le fils préfère le pôle médias, celui-là même où il fit ses premières armes puis ses preuves. Un groupe qui a réussi à s'implanter aux Etats-Unis. Et qui est en passe de se consolider encore en Europe avec la reprise du pôle édition de Vivendi Universal Publishing. Arnaud Lagardère n'a d'ailleurs dans le passé pas caché que s'il fallait faire des choix, il ferait celui des médias. Déjà, le groupe Lagardère est moins industriel qu'il ne le fut. Il s'est ces dernières années séparé en deux temps de son pôle transport (et son fameux Val) au profit de Siemens. Ces dernières semaines, l'activité automobile, pourtant chère à Jean-Luc Lagardère, a dû, à son tour, être délaissée faute d'avoir su remplacer l'Espace Renault. L'aéronautique et la défense seront-elles à leur tour bientôt sacrifiées sur l'autel de la survie ou du développement du groupe ?
La logique voudrait qu'Arnaud Lagardère patiente en attendant que le projet de gros porteur A380 confirme ses promesses. C'est l'évolution du marché du transport aérien qui fournira la clé. Mais EADS, c'est aussi un géant de la défense. Et là, les Pouvoirs publics ont un rôle clé à jouer. La " deuxième " guerre du Golfe qui s'annonce vient confirmer ce que tous les dirigeants et experts du domaine disent depuis des années : l'industrie européenne se laisse peu à peu distancer. Les Etats n'investissent pas suffisamment en recherche-développement face à une Amérique qui avait relancé son effort bien avant la tragédie du 11 septembre 2001. Les atermoiements, notamment allemands, sur le projet d'avion de transport militaire européen n'en sont qu'un exemple. Continuer ainsi, c'est pousser le nouveau patron du groupe Lagardère à faire le choix des médias. Avec un EADS qui a depuis trois ans déjà pris du poids (encore récemment avec les satellites Astrium), un Thales (ex-Thomson) qui taille outre-Manche des croupières au britannique BAE, et un Dassault Aviation qui résiste plutôt bien, la France a toujours un rôle moteur à jouer en Europe. La disparition de Jean-Luc Lagardère laisse cependant un grand vide. On ne peut pas faire le pari que son fils puisse assumer et développer seul l'héritage. En dépit de l'aide que lui apportera sa garde rapprochée, notamment Philippe Camus, coprésident exécutif d'EADS, et Noël Forgeard, patron d'Airbus. Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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