Lafarge et Holcim cherchent à s'entendre après le blocage du projet de fusion

Alors que le projet de fusion entre Lafarge et Holcim semble remis en cause, les discussions sur les points de blocage entre les deux groupes ne font que commencer. Ce mardi 17 mars, le cimentier français a organisé une réunion d'urgence. "Le 'board' de Holcim veut que les deux points de la fusion sur la parité et sur la gouvernance soient discutés", a indiqué une source au fait des négociations à Reuters, précisant que "ce n'est pas une posture de négociations."

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Lafarge et Holcim cherchent à s'entendre après le blocage du projet de fusion
Lafarge et Holcim réunissent chacun leur conseil d'administration ce mardi après-midi pour étudier une renégociation éventuelle des termes de leur projet de fusion et tenter de sauver leur mariage, a-t-on appris de deux sources au fait de la situation. /Photo d'archives/REUTERS/Christian Hartmann

Le cimentier suisse a demandé l'ouverture de discussions portant sur la parité d'une action Holcim pour une action Lafarge convenue dans le cadre de l'opération et sur le partage de gouvernance au coeur du projet initial. Lafarge a répondu qu'il était prêt à discuter, mais seulement d'un rééquilibrage de la parité.

"Le conseil (de Lafarge) ne pourra pas donner satisfaction à Holcim sur tous les points", a dit une des sources. "Il ne peut accepter à la fois un changement de parité et une prise de contrôle." Lafarge a refusé de faire un commentaire.

"Le 'board' de Holcim veut que les deux points de la fusion sur la parité et sur la gouvernance soient discutés", a indiqué une autre source au fait des négociations. "Ce n'est pas une posture de négociations."

Selon des sources proches du dossier, Holcim a demandé un ratio de 0,875 action Holcim pour une action Lafarge, tandis que Lafarge serait prêt à aller jusqu'à 0,93. La parité prévue actuellement signifie qu'Holcim détiendrait 53% de l'entité combinée LafargeHolcim, et Lafarge 47%.

"Nous estimons que le ratio juste se situe entre 0,85 et 0,90, sur la base d'une fourchette d'estimations potentielles de marge et de chiffre d'affaires", commente Berenberg dans une note. "Nous suggérions depuis longtemps que les termes originaux du projet de fusion étaient trop généreux pour les actionnaires de Lafarge (...) mais l'opération fait toujours extrêmement sens."

UN ÉCHEC NÉGATIF POUR LA NOTE DE LAFARGE, DIT FITCH

Une source proche du dossier avait indiqué lundi soir qu'une réponse d'Holcim était attendue d'ici mercredi, veille de l'assemblée générale de CRH. Le groupe irlandais de matériaux de construction doit en effet soumettre jeudi à ses actionnaires un projet de rachat de 6,5 milliards d'euros d'actifs de Lafarge et d'Holcim qui reste conditionné au succès du mariage entre les deux cimentiers.

Selon plusieurs sources, il est impossible de prévoir l'issue du bras de fer entre les deux groupes. "La question de l'échec de la fusion se pose, c'est clair", a dit l'une d'elles.

L'agence de notation Fitch a estimé mardi qu'un abandon de la fusion entre Lafarge et Holcim aurait un effet négatif sur le profil de crédit du groupe français, mais neutre pour le groupe suisse.

"L'incapacité à boucler la fusion mènerait probablement à la fin de la surveillance positive sur Lafarge et laisserait peu de marge de manoeuvre à la société du fait de sa note "BB+" induite par son niveau d'endettement relativement élevé", écrit l'agence.

La capacité de Lafarge à générer, dans un environnement économique incertain, suffisamment de bénéfices pour réduire sa dette massive constituait depuis plusieurs années l'un des points d'interrogation pour les marchés financiers, mais la perspective d'un mariage avec Holcim et le changement d'échelle qu'il implique pour les deux groupes avaient relégué ces craintes au second plan.

Dans le cadre du projet de fusion présenté il y a près d'un an, le 7 avril 2014, et censé être bouclé d'ici cet été, Lafarge et Holcim doivent être représentés chacun par sept administrateurs.

LE SORT DE BRUNO LAFONT, POINT DE BLOCAGE

Les deux groupes s'étaient aussi mis d'accord pour que Bruno Lafont, PDG de Lafarge, devienne directeur général du nouvel ensemble, qui aurait son siège à Zurich, et pour que Wolfgang Reitzle, président d'Holcim, soit président de LafargeHolcim.

Selon un actionnaire d'Holcim opposé au projet, le choix de Bruno Lafont est aussi devenu un point de blocage pour certains côté suisse, qui doutent de sa capacité à délivrer les 1,4 milliard d'euros de synergies annuelles promises grâce à la fusion. Des frictions, a-t-il ajouté, sont apparues au cours des semaines passées entre le PDG de Lafarge et certains dirigeants d'Holcim.

Bruno Lafont est PDG de Lafarge depuis 2007. Il a été l'artisan de l'acquisition de l'égyptien Orascom, une opération destinée à accélérer la présence de Lafarge sur plusieurs marchés émergents stratégiques, mais qui a gonflé la dette du groupe.

Un analyste basé à Paris estime que Bruno Lafont pourrait sortir fragilisé de cette crise, quelle qu'en soit l'issue.

"Les deux groupes ont beaucoup à perdre si la fusion est avortée, mais l'évolution du cours de Bourse des derniers jours montre que Lafarge a plus à perdre qu'Holcim", commente-t-il.

Un actionnaire de Lafarge, qui a requis l'anonymat, a déclaré pour sa part qu'il n'avait pas commencé à vendre ses actions, mais qu'il le ferait si la fusion n'avait pas lieu.

"Je pense toujours que les quatre principaux actionnaires (de Lafarge et Holcim) seront en mesure de trouver un accord, vu que leurs participations vaudront davantage après la fusion", a-t-il dit.

Les deux premiers actionnaires de Lafarge sont les investisseurs belges Paul Desmarais et Albert Frère, avec 21% du capital via la holding GBL, suivis de l'homme d'affaires égyptien Nassef Sawiris (16%).

Côté Holcim, Thomas Schmidheiny, héritier du fondateur du groupe qu'il a dirigé pendant 20 ans, détient 20,1%, suivi du russe Filaret Galchev, propriétaire de 10,8% via Eurocement.

L'action Lafarge a clôturé mardi en baisse de 2,45% à 59,43 euros, après avoir chuté de 6,25% lundi. Holcim, qui a perdu 1,33% lundi, a reculé de 1,95% à 73 francs suisses.

Avec Reuters (par Gilles Guillaume et Matthieu Protard et Oliver Hirt, avec Leila Abboud à Paris, édité par Dominique Rodriguez)

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