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L'Usine Matières premières

Lafarge aurait versé 13 millions d'euros pour rester en Syrie, selon Sherpa

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Publié le , mis à jour le 13/12/2017 À 06H42

Infos Reuters Les sommes versées par Lafarge en Syrie pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya en zone de conflit s'élèvent à près de 13 millions d'euros, selon l'organisation humanitaire Sherpa, qui cite les juges d'instruction chargés du dossier.

Lafarge aurait versé 13 millions d'euros pour rester en Syrie, selon Sherpa
Les sommes versées par Lafarge en Syrie pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya en zone de conflit s'élèvent à près de 13 millions d'euros, selon l'organisation humanitaire Sherpa.
© DR

Lafarge aurait versé près de 13 millions d'euros pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya située en zone de conflit en Syrie, selon l'organisation humanitaire Sherpa, qui cite les juges d'instruction chargés du dossier. Il ressort des investigations en cours qu'une grande partie de cet argent est allé, indirectement ou directement, dans les poches des djihadistes de l'Etat islamique (Daech), ont déclaré mardi 12 décembre à la presse les avocats de Sherpa.

Six anciens dirigeants du cimentier français, dont son ancien PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen pour financement d'une entreprise terroriste, mise en danger de la vie d'autrui et, pour certains, infraction douanière. Sherpa et deux autres organisations non gouvernementales se sont constituées parties civiles dans ce dossier dans lequel le ministère français des Finances a aussi porté plainte.

L'enquête porte sur les conditions dans lesquelles Lafarge, absorbé par le Suisse Holcim pour former le géant LafargeHolcim en 2015, a fait fonctionner entre 2011 et septembre 2014 son usine de Syrie en secteur contrôlé, notamment, par Daech.

LafargeHolcim n'a pas commenté les informations données par Sherpa dans l'immédiat.

Des paiements après la fermeture de l'usine ?

Une enquête interne a confirmé le versement d'argent à des groupes armés, dont Daech. Mais les sommes évoquées jusqu'ici dans la presse ou par des avocats des ex-dirigeants allaient de quelques centaines de milliers à plusieurs millions d'euros.

Le montant retenu par les trois juges d'instructions chargés du dossier et tiré de ce rapport interne commandé par Lafarge au cabinet américain Baker et McKenzie est bien plus important. Les paiements ont en outre duré après la fermeture de l'usine en septembre 2014 à la suite d'une attaque de Daech, jusqu'en 2015. "Dans le cadre de l'instruction, il est retenu exactement ce chiffre : 12.946.000 euros versés par Lafarge entre 2011 et 2015 au profit d'organisations terroristes parmi lesquelles le groupe Etat islamique", a déclaré Me Marie Dosé, avocate de Sherpa.

Ces sommes ont été versées par la filiale syrienne de Lafarge, LSC, "au titre de rachat de matières premières et au titre de paiements des intermédiaires chargés de rémunérer ces groupes pour que se poursuive l'exploitation de l'usine", a-t-elle ajouté, citant les conclusions des juges d'instruction. Soit au total une quinzaine de millions de dollars : plus de cinq millions de dollars de paiements des fournisseurs de LSC, dont sept situés à Rakka, jusqu'à récemment capitale de Daech en Syrie, et 10 millions au titre des "paiements de sécurité".

Un manque de coopération de Lafarge, selon Sherpa

L'un des intermédiaires pour ces derniers n'était autre que l'actionnaire syrien de LSC, l'homme d'affaires Firas Tlas, fils d'un ancien ministre de la Défense de Syrie. "Les éléments documentés par les magistrats instructeurs établissent que la majorité de ces sommes a été versée par différents truchements, les check points ou les matières premières, à Daech", a souligné Me William Bourdon, fondateur de Sherpa, créé en 2001 pour lutter contre les crimes économiques.

Sherpa demande la mise en examen de la personne morale Lafarge SA et dénonce un manque de coopération du groupe, que l'ONG accuse de dissimuler des éléments clefs pour l'enquête. Selon Me Dosé, Lafarge refuse jusqu'ici de communiquer 9.000 des 15.000 documents qui ont servi de base à Baker et McKenzie. "En dépit de la coopération alléguée et annoncée (...) des éléments essentiels ne se trouvaient plus au sein du siège lorsque la perquisition a été effectuée", déplorent les juges d'instruction cités par l'avocate de Sherpa.

"L'intégralité de la comptabilité susceptible d'impliquer la personne morale n'a pas été davantage transmise", ajoutent-ils selon elle. "Seule une faible partie des pièces susceptibles d'avoir été exploitées par le cabinet d'avocats Baker et McEnzie a été transmise." Enfin, selon l'avocate, au moins un des anciens dirigeants mis en examen a "explicitement fait référence à une volonté du groupe d'acheter son silence".

Pour Reuters, Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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