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LACTALIS, PRESQUE UN CHAMPION...

Publié le

Enquête Lactalis talonne les géants Nestlé et Danone dans la course au leadership mondial des produits laitiers. Mais, le numéro 2 de l'agroalimentaire français, en lice pour reprendre Yoplait, va devoir sortir de son isolement pour continuer sa croissance.

LACTALIS, PRESQUE UN CHAMPION...
Moulage et égouttage des fromages à la fromagerie Sainte-Cécile de Villedieu-les-Poëles (Manche).
© BENOIT DECOUT/

Sur la ligne de production, les briquettes défilent à grande vitesse. Laits chocolatés, aromatisés au jus de fruits ou aux noix, enrichis aux omégas 3... Le nombre de références est impressionnant. Nous sommes chez Puleva, la nouvelle pépite de Lactalis, à quelques kilomètres des neiges de la Sierra Nevada, à Grenade, au sud de l'Espagne. Le géant de Laval (Mayenne), numéro 2 français de l'agroalimentaire, a cassé sa tirelire pour s'offrir ce champion espagnol du lait de consommation, passé maître dans l'art de diversifier ce produit basique. À 14 % d'Ebitda, Puleva (445 millions d'euros de chiffre d'affaires) est la plus belle rentabilité du secteur du lait de consommation en Europe. Pas étonnant qu'Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis, l'ait payé sans sourciller dix fois l'Ebitda. L'an dernier, le français avait déjà succombé aux charmes de l'Espagne. Trois acquisitions lui ont permis de doubler de taille pour atteindre 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires.

Cette « conquista » est un résumé parfait de la stratégie de croissance de Lactalis. En une cinquantaine d'années, la petite fromagerie d'André Besnier s'est transformée en un ogre de plus de 9 milliards d'euros en dévorant tout sur son passage. Rien qu'entre 2000 et 2010, le laitier a procédé à 40 rachats ! Trois générations (André Besnier le fondateur, suivi de son fils Michel et de son petit-fils Emmanuel) se sont succédé pour constituer l'un des meilleurs savoir-faire de l'industrie laitière. Dotés d'une volonté entrepreneuriale de fer, les trois patrons ont toujours eu une certaine maestria quand il s'est agi d'intégrer une myriade d'entreprises, de la grosse société internationale comme Galbani à la petite fromagerie du fin fond de la France. Lancé dans une course effrénée au leadership mondial des produits laitiers, le groupe lavallois talonne désormais les plus grands. Le suisse Nestlé qui affiche un chiffre d'affaires d'environ 10 milliards d'euros sur les produits laitiers (sans compter les crèmes glacées). Mais surtout Danone (10,6 milliards d'euros pour sa partie laitière), le leader français que Lactalis rêve de dépasser...

Les concurrents coopératifs mis à distance

Seulement voilà : le modèle Lactalis a peut-être atteint ses limites. En Europe, le groupe a certes mis à distance ses rivaux coopératifs (le néerlando-danois Friesland Campina ou le français Sodiaal) et « privés » (l'italien Parmalat ou le français Bongrain). Mais les cibles de rachat sont désormais rares. Il en reste trois : le groupe Bel (La vache qui rit, Leerdammer), dont Emmanuel Besnier détient déjà près de 25 %, Müller, le spécialiste allemand des yaourts, et évidemment Yoplait. Mais cette proie se dérobe à mesure que Lactalis s'en approche. L'offre de 1,4 milliard d'euros d'Emmanuel Besnier, faite pour la totalité de la marque à la petite fleur, a été rejetée par les deux actionnaires, le fonds PAI et Sodiaal. Motif ? Seuls les 50 % du capital détenus par PAI sont à vendre... Et, entre Sodiaal et Lactalis, c'est loin d'être le grand amour...

C'est l'envers de la médaille. Incontournable dans la filière laitière française, Lactalis fait aussi figure d'épouvantail. Le groupe s'est construit dans le rapport de force et entretient des relations pas toujours faciles avec son environnement. « Dans son rapport annuel 2009, Emmanuel Besnier réussit l'exploit de se mettre à dos l'administration, les coopératives et le syndicalisme agricole ! », s'amuse un observateur de la filière, qui poursuit : « En revanche, le groupe a toujours été remarquable avec ses 17 000 producteurs. »

Les évolutions de la Politique agricole commune (PAC) attendues d'ici à 2015 vont bouleverser l'économie laitière, et sur plusieurs sujets (quotas laitiers, contractualisation, organisations de producteurs...), les relations se tendent avec la production. Du côté des syndicats de salariés, le jugement est sévère : « Au niveau social, le dialogue est catastrophique », assène Régis Degouy, le secrétaire national de la FGA-CFDT. On est loin du double projet économique et social d'Antoine et Franck Riboud (Danone)...

Chez les concurrents aussi, les dents grincent. Personne n'a oublié les scandales du « mouillage du lait », de l'emmental affiné sous vide, et plus récemment la polémique sur le camembert au lait thermisé. « On nous présente comme le grand méchant standardisateur du plateau de fromages, alors que nous sommes le premier producteur mondial d'AOC et de produits au lait cru », se défend Luc Morelon, le seul porte-parole autorisé du groupe. Au ministère de l'Agriculture, on garde un mauvais souvenir de l'affaire du lait cru. Quant au ministre, il a favorisé ouvertement Sodiaal face à Lactalis lors du rachat d'Entremont, le leader français de l'emmental. Déjà en 2007, un scénario « Tout sauf Lactalis » s'était mis en place lors du dépôt de bilan de l'auvergnat Toury, qui avait échappé à Emmanuel Besnier. Il est en passe de se reproduire aujourd'hui avec l'arrivée de Bel et du FSI dans le dossier Yoplait (lire également p. 8).

Le groupe a encore du pain sur la planche pour devenir LE champion français de l'agroalimentaire. D'abord, il doit impérativement s'internationaliser davantage. « Lactalis fait plus de 50 % de son chiffre d'affaires à l'étranger mais le top management est encore 100 % franco-français », fait remarquer Yves Marin, consultant chez Kurt Salmon Associates (KSA). Si le groupe a récemment revu son organisation mondiale, les postes clés sont encore tenus par des hommes du sérail. Il doit également pousser davantage l'internationalisation de ses marques : si c'est déjà le cas pour Président et Galbani (lancé il y a quelques mois aux États-Unis), c'est loin d'être le cas pour Lactel, que le groupe aimerait imposer comme marque ombrelle sur le lait de consommation (elle a d'ailleurs récemment fait son apparition sur les briques de lait vendues en Espagne). Quant à La Laitière, c'est une marque que Lactalis partage avec le géant Nestlé sur les yaourts. Il n'en a pas totalement le contrôle (et Nestlé l'exploite également sur les glaces). C'est pourquoi le rachat de Yoplait, deuxième signature mondiale du yaourt, revêt une importance capitale. Avec la marque à la petite fleur, Lactalis deviendrait un challenger extrêmement dangereux pour Danone sur le marché mondial des produits frais.

Surtout, Lactalis va devoir soigner son image, sortir de son isolement, améliorer le dialogue social et communiquer davantage sur sa politique d'entreprise. Le discret Emmanuel Besnier sera un jour obligé de sortir du bois pour personnifier un groupe inconnu des Français. Arrivé en 2006 de chez Bongrain au poste de directeur général, Michel Léonard, aujourd'hui à la retraite, a initié une dynamique d'ouverture de la forteresse. Lactalis est ainsi progressivement revenu dans des instances professionnelles (Ania, Fnil, Cniel, Agefaforia) qu'il avait jadis quittées avec fracas.

Lactalis est en train d'évoluer

Symbole : Luc Morelon, jeune retraité, préside depuis quelques jours la Fédération nationale des industries laitières (Fnil). « Depuis quelques mois, le développement syndical commence à se faire et on ne nous met plus des bâtons dans les roues, affirme Jean-Jacques Cazau-Mayou, secrétaire fédéral de la FGTA-FO. Nous avons récemment eu un entretien avec le nouveau DRH du groupe, en provenance de Nestlé, ce qui ne s'était jamais produit jusqu'ici. » Quelque chose est en train de bouger chez Lactalis. L'ouverture des portes de ses sites espagnols, il y a quelques semaines, n'étant pas le moindre des signaux...

VOUS ÊTES CONCERNÉS

Entreprises en forte croissance Sociétés à capitaux familiaux Industriels en quête d'image Entreprises issues de multiples fusions

CE QUE LE GROUPE DOIT FAIRE

INTERNATIONALISER son management, encore trop franco-français AMÉLIORER son image avec les milieux politiques, agricoles, et jouer davantage son rôle dans les organisations professionnelles DÉVELOPPER des marques internationales au-delà de Président et de Galbani AMÉLIORER le dialogue social avec les syndicats COMMUNIQUER davantage sur sa politique d'entreprise

Emmanuel Besnier, l'homme invisible

LA SEULE PHOTO QUI EXISTE DU PATRON DE LACTALIS est une photo volée. En 2007, Lactalis fait l'acquisition du leader croate du fromage, Dukat. Émoi national : Emmanuel Besnier est convoqué par le ministre de l'Agriculture. À la sortie de l'ascenseur, il ne peut éviter les objectifs. Comme Antoine Fiévet (Bel) ou Alex Bongrain (Bongrain), Emmanuel Besnier fuit la presse et les manifestations mondaines ou professionnelles. Après avoir fait ses armes dans les usines du groupe aux États-Unis et en Espagne, il prend la tête de la société suite au décès brutal de son père en 2000. À 40 ans, ce diplômé de l'Institut supérieur de gestion (ISG), père de trois enfants, dirige la société, dont son frère Jean-Michel et sa soeur Marie sont actionnaires. « C'est lui qui pilote en direct toutes les acquisitions : normal, c'est son argent », plaisante Luc Morelon, le directeur de la communication. Selon nos confrères de « Challenges », Emmanuel Besnier est à la tête de la quinzième fortune de France (2,5 milliards d'euros), juste devant Patrick Ricard, un autre grand timide qui a dû se forcer pour personnifier son groupe.

EUX AUSSI, ILS VIVENT CACHÉS...

CHANEL Chiffre d'affaires estimé 3 milliards d'euros Secteur Luxe Depuis plus d'un siècle, la société créée par Gabrielle Chanel est entouré d'un parfum de mystère. Trouver le moindre chiffre relève de l'exploit ! Certains observateurs estiment le chiffre d'affaires à 3 milliards d'euros, d'autres à 6 milliards... Pas question non plus de savoir précisément où sont fabriqués les produits cosmétiques ou de haute couture. Détenue par les petits-fils de l'associé de Coco Chanel, Pierre Wertheimer, l'entreprise est, avec Hermès, le dernier grand groupe de luxe français encore familial. A. C. TRÈVES Chiffre d'affaires 500 millions d'euros Secteur Equipementier automobile Avec un site web, dont les dernières informations datent de 2006, et ne disposant pas de service communication digne d'un groupe qui emploie 6 000 personnes à travers le monde, l'équipementier Trèves, spécialisé dans le textile, se montre réservé. Il a pourtant fait parler de lui début 2009 en étant le premier à bénéficier du soutien du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA). Depuis, ce groupe créé en 1836, fait l'objet d'une attention particulière, d'autant qu'il a supprimé des emplois... Mais il est toujours aussi peu prolixe. C. L. FOREST-LINÉ Chiffre d'affaires 55 millions d'euros Secteur Machines-outils Inventeur de l'usinage à grande vitesse, le franco-canadien Forest-Liné est plutôt discret. Difficile à rencontrer, son président, Jean-Bertrand Prot, évite soigneusement la presse. Le constructeur est réputé aussi bien dans les usines aéronautiques que dans celles de fabrication d'outillages pour l'originalité de ses machines et de ses cellules flexibles destinées à la fabrication des pièces de grande dimension en métaux durs. La concurrence est dure dans ce domaine, alors la discrétion est de mise... M. S. ANDROS Chiffre d'affaires N.C. Secteur Agroalimentaire Jamais de chiffres, c'est la règle. Sans faire parler d'elle, la famille Gervoson règne depuis Biars-sur-Cere, dans le Lot, sur un petit empire de l'agroalimentaire. Au fil des années, le spécialiste de la confiture et des compotes s'est développé sur les produits laitiers, le biscuit et la confiserie. Faiseur de marques de distributeurs, Andros possède aussi de belles signatures : Andros, Bonne Maman, Boin, Mamie Nova, les Galettes Saint-Michel et Pierrot Gourmand. P. D.

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