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Laborieux début pour l’usine roumaine de Ford

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Le constructeur a présenté cette semaine dans un show à l’américaine le premier modèle qui sera fabriqué à partir de 2010 à Craiova. L’usine restera cependant en chantier encore plusieurs années.

Laborieux début pour l’usine roumaine de Ford © DR

L’occasion était trop belle pour être manquée. Le président de la Roumanie, le président du Sénat, un ancien premier ministre… tous les chefs officiels ou de facto de principaux partis du pays ont fait le déplacement à Craiova, une ville située à 250 km de Bucarest. Et pour cause, le pays est entré dans la fièvre électorale qui précède les élections présidentielles de novembre prochain. L’effervescence est donc à son comble ce mardi 8 septembre 2009 à l’usine Ford située dans la sombre zone industrielle de cette ville sinistrée, autrefois le poumon industriel de la région d’Olténie.

Dans une atmosphère qui a pris les allures d’un meeting électoral, le constructeur américain présentait la première voiture qui sera fabriquée ici. Et respecte ainsi ses promesses faites lors du rachat de cette ancienne usine Daewoo (qui fabriquait dans les années 1970 une voiture Citroën) en mars 2008. Il s’agit d’un modèle révisé et corrigé du Transit Connect, une voiture utilitaire fabriquée déjà à Kocaeli en Turquie. Destinée aux commerçants et autres artisans, elle est  capable de transporter jusqu’à 900 kg et dispose d’une version « passagers ». En fait, dans l’énorme hall que nous visitons, où étaient avant assemblées des Matiz, quelques groupes de travailleurs habillés en vêtements de travail Ford flambants neufs, s’agitent autour d’une vingtaine de voitures en train d’être assemblés avec des composants venus de l’usine de Turquie. Située au milieu de ce hall, une petite ligne d’assemblage a été réalisée pour la circonstance. « L’usine assemblera dans une première étape ce modèle avec des composants fournis par les autres usines du groupe », confirme John Fleming, Président de Ford Europe.

Pas d’automatisation en vue

Le constructeur espère ainsi produire 2000 à 3000 voitures en 2009 et 20000 à 30000 en 2010 quand commencera la vraie production de série. Des voitures destinées au marché roumain et celui de l’Europe Centrale et de l’Est. Un chantier énorme attend encore les 3900 salariés de l’usine de Craiova pour pouvoir parler d’une véritable usine de fabrication d’automobiles. « Nous mettrons en service l’atelier de carrosserie à la fin de cette année et celui de peinture en 2010 », indique John Fleming. Reste cependant à mettre au point les autres départements comme celui de fabrication des moteurs. Ce dernier devra fabriquer un nouveau moteur à essence d’un litre, le EcoBoost, 20% moins gourmand qui sera   aussi produit à l’usine Ford de Cologne en Allemagne. « Nous n’automatiserons que si les objectifs de qualité ou la pénibilité du travail nous y obligent et nous installerons en fonction de besoins, de nouvelles machines-outils », a ajouté le responsable de Ford.
Aucune information nouvelle n’a filtrée cependant au show de Craiova concernant le nouveau modèle de voiture. On savait ainsi que l’usine fabriquera à partir de 2010 une petite voiture qui selon Ford, fera date. Ou que l’investissement total sera de 675 millions d’euros (12 millions d’euros ont déjà été alloués à la formation du personnel). Ou encore que l’usine fabriquera quand elle sera pleinement opérationnelle, 300 000 voitures et 300 000 moteurs par an. Quant à l’effectif il sera à terme de 7000 employés. « Mais ce sera sans doute après 2011 », s’est empressé de préciser John Fleming. Ce dernier s’est refusé à donner les moindres précisions concernant le nouveau modèle comme par exemple, son prix. Selon certaines rumeurs que John Fleming n’a ni confirmé ni infirmé, ce nouveau modèle remplacera le Ford Fusion.

« La taille de ce véhicule conçu par les bureaux d’études européens, sera à mi-chemin entre la Fiesta et la K », nous a confié dans un français impeccable, Wolfgang Schneider, vice président de Ford Europe chargé des affaires de l’environnement et légaux.
Mais quelle est la stratégie de Ford ? Pourquoi le choix de cette usine quand les autres unités de production européennes sont en surcapacité ? « Le Transit Connect n’est fabriqué qu’en Turquie et l’autre modèle vise un segment de marché nouveau », explique notre interlocuteur. « Nous n’avions donc pas la capacité de fabrication nécessaire pour couvrir le marché régional avec ces voitures. » On peut penser aussi que Ford a voulu profiter d’une main d’œuvre qui reste très compétitive en Roumanie : un peu plus de 3 euros, soit sept à onze fois moins qu’en France ou qu’en Allemagne. Il dispose aussi d’une poignée de sous-traitants formés déjà à l’école de fabrication occidentale par Dacia, l’autre pôle automobile du pays qui se trouve à une centaine de km de Craiova, à Pitesti.

Reste qu’entre la signature du contrat d’achat de l’usine de Craiova en 2007 au salon automobile de Francfort et le lancement de la fabrication, un événement planétaire a complètement changé la donne : la crise. Une crise qui frappe de plein fouet les constructeurs d’automobiles, dont Ford, qui doivent être soutenues à bout de bras par les Pouvoirs publics dans tous les pays. Mais aussi la Roumanie qui est passée d’une croissance économique de près de 8% en 2008 à une baisse du même niveau en 2009. 

Dans ces conditions critiques, qui ne se modifieront sans doute pas avant la fin de l’année prochaine voir le début 2011, tous les industriels sont affectés. Comment fera Ford pour transporter par exemple les voitures qu’il fabriquera à Craiova ?

30 millions d’euros pour construire des routes

Le pays ne possède après vingt ans de la chute de Ceausescu, que deux autoroutes. Une construite au temps du dictateur fait la liaison sur 110 km entre Pitesti et Bucarest, l’autre d’environ 500 km, relie la capitale roumaine avec la Mer Noire. Autant dire que les problèmes d’infrastructure du pays sont gigantesques et jusqu’ici insurmontables à cause de la corruption. Considéré comme une des plus dangereuse du pays, la route qui relie Craiova de Pitesti et donc de l’autoroute qui fait la liaison avec Bucarest devra être reconstruite. « Avec quel argent ? », se demande Ionut Bonoiu, rédacteur en chef de Business Magazin. « Quant le budget total du pays est d’une trentaine de milliards d’euros, que reste-t-il pour les routes ? »

Présent à Craiova, le ministre de Transports roumain, Radu Berceanu était, comme il se doit pour un politicien bien avisé, plus optimiste. « Nous allons refaire jusqu’en 2012 les routes de la région de Craiova pour aider Ford, grâce à un investissement de 25 à 30 millions d’euros », a-t-il déclaré.
Autant dire que Ford a du temps devant lui pour peaufiner l’usine…

Mirel Scherer

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