La valorisation de Facebook est-elle plus que jamais excessive ?

L'entreprise de Mark Zuckerberg enregistre des résultats décevants pour son premier trimestre 2012 mais rachète pour 550 millions de dollars de brevets à Microsoft. Facebook continue de tenter de rassurer le marché alors que son entrée en bourse est prévue pour le 17 mai prochain. Mais pour les analystes, sa valorisation à 100 milliards de dollars apparaît comme largement surévaluée.

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La valorisation de Facebook est-elle plus que jamais excessive ?

A quelques semaines de son entrée en bourse, Facebook affiche des résultats financiers en dessous des attentes du marché. Pour son premier trimestre 2012, le leader des réseaux sociaux en ligne enregistre ainsi : 1,06 milliard de dollars de revenus, en hausse de 45% par rapport à 2011 sur la même période, mais en recul de 6% comparé au dernier trimestre 2011. Quant au bénéfice net, il baisse de 12% sur un an, à 205 millions de dollars, soit 32% de moins qu'au quatrième trimestre 2011.

Parallèlement à ces résultats décevants, Facebook annonce qu'il va racheter pour 550 millions de dollars de brevets à Microsoft, que le groupe informatique avait récemment acquis auprès d'AOL. Une nouvelle démonstration de force qui fait suite au récent rachat d'Instagram dont l'objectif était déjà de rassurer les marchés sur ses capacités à poursuivre son développement.

Face à ces nouveaux éléments, l'ambition de Facebook d'être valorisé de 75 à 100 milliards de dollars est-elle plus que jamais excessive, pour ne pas dire surréaliste ?

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"Cette valorisation est excessive, selon les standards classiques de la finance. Mais elle l'était déjà avant ces nouveaux résultats qui ne changent pas réellement la donne", commente pour L'Usine Nouvelle Virginie Lazès, analyste de la banque d'affaires Bryan Garnier. "La valorisation de Facebook est surtout basée sur son potentiel de développement, qui reste important. Facebook est bien positionné pour exploiter la prochaine vague de croissance qui est celle de l'internet mobile et des pays émergents. Nous attendons cependant d'avoir plus de détails sur son business plan qui sera présenté lors de son entrée en bourse. Nous verrons alors si effectivement une telle valorisation est justifiée ou non."

Pour Yves Marçais, vendeur d'actions pour la société d'investissements Global Equities : "Oui la valorisation est plus que jamais excessive. Le cœur de la clientèle est déjà capté et je ne suis pas persuadé que les relais de croissance soient si évidents. Il faut rester prudent et mettre de côté l'aspect affectif que l'on peut avoir vis-à-vis d'une marque que l'on utilise quasiment tous."
Plus de 900 millions d’utilisateurs aujourd'hui, mais combien demain ?

A l'occasion de ses premiers résultats 2012, Facebook indique avoir atteint 901 millions d'utilisateurs dans le monde, soit 33% de mieux qu'il y a un an. Un chiffre très honorable, mais qui risque cependant d'évoluer beaucoup moins vite.

"La conquête de nouveaux utilisateurs va coûter de plus en plus cher à Facebook et il peut y avoir un phénomène d'usure au niveau des utilisateurs actuels", estime François Chaulet, directeur associé de Montségur Finances, société de gestion de portefeuille et de produits financiers.

Un avis partagé par Global Equities qui note déjà que : "le chiffre d’affaires du premier trimestre 2012 montre que les coûts de Facebook commencent à grimper". En effet, à l'occasion de ses résultats, Facebook indique qu'il a embauché plus de 1 000 employés sur les douze derniers mois, portant ses effectifs à 3 539 salariés. Il a également augmenté ses budgets marketing et de R&D. Au final, ses dépenses ont quasiment doublé par rapport à 2011, pour atteindre : 677 millions de dollars. Un chiffre qui devrait donc continuer de grimper.

Une valorisation "raisonnable" à 80 milliards de dollars

Montségur Finances estime que la valorisation de Facebook serait "raisonnable" aux environ de 80 milliards de dollars. "Cela représente déjà 18 fois son Ebitda*. A titre de comparaison, ce ratio n'est que de 9 pour Google", précise François Chaulet. Cette valorisation est basée sur une "innovation constante" de Facebook, pour faire face à la croissance plus réduite de son nombre d'utilisateurs et à la concurrence de plus en plus forte d'autres acteurs, à commencer par Twitter, actuellement en pleine croissance.

Enfin, elle tient compte de la gouvernance un peu particulière de Facebook. "Mark Zuckerberg peut parfois prendre des décisions sans consulter les autres membres de l'équipe dirigeante, comme cela a été le cas pour l'achat d'Instagram, ce qui n'est très bien vu par les investisseurs", conclut-on chez Montségur Finances.

L'entrée en bourse de Facebook, prévue le 17 mai, s'effectuera sur le Nasdaq. Elle sera principalement gérée par Morgan Stanley, J.P. Morgan, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Barclays Capital et Allen & Company.

* Rappel : Ebitda, pour Earning before interest tax depreciation and amortization, est le bénéfice résultant des seules activités d’exploitation, c'est-à-dire sans inclure les charges financières, les impôts, les provisions et les amortissements. Il représente un très bon indicateur de rentabilité économique d'une entreprise.

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