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L'Usine de l'Energie

La transition énergétique peut-elle faire l'impasse sur EDF ?

Manuel Moragues , , ,

Publié le , mis à jour le 27/04/2016 À 17H54

Analyse Au lieu d’imposer l’électricien national en champion de la transition énergétique, le gouvernement laisse, voire pousse EDF à s’accrocher au maintien de sa production nucléaire et à rester à l’écart de l’essor des énergies renouvelables en France. Une conduite à risque pour la transition énergétique mais aussi pour l’entreprise.

La transition énergétique peut-elle faire l'impasse sur EDF ? © Olivier Durand CC Flickr

EDF, le champion national de l'électricité ne participerait pas à la transition énergétique française ? Le bras énergétique de l'Etat, qui en détient 80%, ne serait pas la cheville ouvrière de ce chantier emblématique ? Aussi absurde que cela paraisse, le gouvernement laisse EDF sur le bas-côté de la transition énergétique, quitte à en faire un boulet de cette mutation. S’il est certes compréhensible que l'entreprise du nucléaire-roi ne se convertisse pas spontanément aux panneaux solaires disséminés sur les toits, que le gouvernement laisse, voire pousse le groupe à camper sur ses positions interpelle.

Les mauvaises langues n'y verront, en fin de quinquennat, qu'un exemple du classique "je refile la patate chaude à mon successeur". Mais la patate nucléaire ne se refroidit pas en deux coups de cuillère à pot et, sans inflexion de la trajectoire de l'électricien, le choc avec la transition énergétique pourrait être violent.

Ignorer la loi avec la bénédiction du gouvernement

Jean-Bernard Levy, le PDG d'EDF, l'a encore asséné sur Europe 1 lundi 25 avril : EDF ne prévoit pas "de fermer d'autres réacteurs que les réacteurs de Fessenheim". Or la loi de Transition énergétique votée l'été dernier prévoit de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75% à 50% d'ici à 2025. Pour atteindre cet objectif, il faudrait qu'EDF ferme 17 à 20 réacteurs a estimé la Cour des Comptes en début d’année. Comme sous son précédent PDG, Henri Proglio, EDF ignore superbement la loi de Transition énergétique. Avec la bénédiction du gouvernement.

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) prévue par la loi devait fixer fin 2015 la trajectoire de l'électricien en échelonnant la réduction de sa capacité nucléaire ; le gouvernement ne la soumettra à consultation que cet été et elle ne prévoira pas de fermeture à en croire François Hollande. Lors de la Conférence environnementale, le 25 avril, le président a expliqué que ce sera après 2018 et l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire sur l'état du parc nucléaire qu'EDF devra proposer la fermeture de certaines centrales et la prolongation d'autres…

De gigantesques surcapacités de production d'électricité  à l'horizon

A ce rythme-là, aucun réacteur hormis Fessenheim ne sera fermé en 2023 et la production nucléaire restera au niveau actuel. Or à cet horizon, la capacité installée des EnR électriques (hydroélectricité comprise) doit augmenter dans une fourchette de 65% à 80% par rapport à 2015, selon l'arrêté publié mardi 26 avril, avec 71 à 78 gigawatts (GW) installés contre 43 GW aujourd'hui.

D'énormes surcapacités de production d'électricité sont inévitables dans ce scénario, qu'aucune augmentation crédible de consommation ne pourra absorber.

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 25 avril, Michel Colombier, président du Comité d’experts sur la transition énergétique, estime ainsi que "dès 2023, ce seraient plus de 100 TWh qui ne trouveraient pas preneurs sur le marché français, soit près du quart de la consommation intérieure". Et il sera impossible d'exporter ces surplus vers une Europe déjà en surcapacité de production.

Conclusion : il faudra soit renoncer aux engagements français pris dans le cadre de la glorieuse COP21, soit faire tourner les réacteurs au ralenti – ce qui renchérirait fortement le coût de production de l'électricité  -, soit fermer à la hâte des centrales nucléaires. Trois scénarios catastrophes.

Développer les énergies renouvelables sans EDF Energies Nouvelles ?

Dans l’optique d’un maintien de la production nucléaire, développer des EnR en France s’apparente pour l’électricien à se tirer une balle dans le pied. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’EDF Energies Nouvelles, la filiale d’EDF dédiée au solaire et à l’éolien (plus la biomasse) se soit surtout développée – avec succès - à l’export. La France ne représente que 15% de l’activité de production d’EDF EN. L’entreprise a développé et construit environ 1800 mégawatts (MW) de solaire et d’éolien en France (dont environ 1000 MW restent en sa possession). Un chiffre à comparer aux quelque 17 000 MW de solaire et d’éolien installés en France. Autrement dit, EDF, qui fournit l’essentiel de l’électricité française, a contribué à juste 10% à l’essor récent des énergies renouvelables en France…

Et cette part ne risque pas de progresser : EDF prévoit d’installer au maximum  5 GW de solaire et d’éolien d’ici à 2030 en France, alors qu’environ 30 GW doivent être construits rien que d’ici à 2023 selon les objectifs du gouvernement. Absurde du point de vue de la transition énergétique engagée par le gouvernement, ce hiatus l’est autant pour l’électricien.

L’éolien et, surtout, le solaire, surfent sur leur compétitivité croissante, leur modularité, leur rapidité de mise en œuvre et… une demande d’électricité verte de la part des particuliers comme des entreprises. Ne pas la satisfaire ouvrirait un boulevard à la concurrence.

Manuel Moragues

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7 commentaires

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06/05/2016 - 18h17 -

Bravo à Manuel Moragues pour son excellent article !
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04/05/2016 - 15h56 -

Sur le volet financier, les coûts de la filière électronucléaire française n’ont intégré qu’une partie -30% d’après les Echos**- des provisions pour le démantèlement / traitement / gestion des déchets, contrairement au Royaume-Uni et à l’Allemagne qui respectivement ont provisionné 100 et 83% des coûts estimés. Aussi n’y a-t-il qu’un pas à envisager qu’au pied du mur d’investissements auquel est confronté EDF, "une faillite monumentale se prépare, que les contribuables devront éponger, par l’impôt ou leur facture d’électricité" *. De plus comme évoqué dans cet article, une surcapacité de production se profile à l’horizon 2025, alors même que nous devrions envisager de réduire notre consommation énergétique par l’isolation des bâtiments, la transition vers des modes de transport alternatifs, l’efficacité énergétique de nouveaux procédés industriels, etc. ** Nucléaire : Bruxelles juge la France mal préparée au démantèlement des centrales, Les Echos - 23/02/2016
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04/05/2016 - 15h53 -

Voilà une analyse très affutée de la problématique de transition d'un système centralisé de génération électrique contrôlé par un monopole publique, à un système décentralisé où une part croissante du contrôle est distribuée à une multitude d’acteurs. Dans cette affaire, l'intérêt financier de l'Etat actionnaire passe outre l'intérêt général qui comme le dit ironiquement Philippe Bihouix, serait "d’éteindre, une à une, les bouilloires nucléaires en fin de vie" *. En effet, n'en déplaise aux physiciens de l'atome ayant bâti le système électronucléaire qui historiquement, combiné à l’hydroélectrique, a permis de décarboner la production électrique, "la France n’a plus les moyens industriels ou financiers de ses ambitions nucléaires, sans même parler des risques ou de la question des déchets" *. * Transition énergétique : l’incontournable sobriété, par Philippe Bihouix - 19/04/2016 https://www.futuribles.com/fr/tribune-transition-energetique/lavis-de/?preview
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28/04/2016 - 22h48 -

@ Bachoubouzouc:
Personnellement le début de votre argumentation me faisait plutôt rire avec votre casquette "Areva".
Mais oser dire que le nucléaire est propre en ce triste anniversaire de Tchernobyl, il fallait le faire...
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28/04/2016 - 15h07 -

Si l'électricité produite par EDf nous permet de produire moins de CO2, qu'en est-il réellement de ses autres rejets qui sont pour le moins tout aussi dangereux et pour un temps infiniment plus long que le gaz carbonique ?

Installer plus d'ENR en France nous permettra d'économiser des devises (uranim) ou de restreindre les structures destinées à recevoir les déchets ultimes (estimation Bure environ 30 milliards ?)Tout en nous promettant une énergie propre et une électricité dont le prix pourra être maîtrisé par les pays eux mêmes.

Combien aurions nous pu faire d'éolien ou de solaire avec ces 120 milliards d'euros et combien cette construction produirait actuellement d'énergie propre, sans déchets , sans gaz et sans fumées ?

L'erreur des Allemands qui est aussi celle d'EDF,est de n'avoir pas su ou pas voulu voir qu'il existait des offres pour le stockage de masse, qu'ils continuent d'ignorer, alors qu'il s'agit d'une chance qui permettrait de faire évoluer en douceur les systèmes actuels vers les renouvelables.

Mais il est vrai qu'on pourrait sans doute aussi s'attaquer aux chauffages polluants. Pour ça il faudrait aussi pouvoir faire des offres de prix énergétiques qui concurrence réellement en calories apportées les avantages du pétrole.
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28/04/2016 - 12h06 -

Attention à bien parler de transition "électrique" et non "énergétique" si vous ne parler que du mix électrique (seule la biomasse en mentionnée une fois).
En France, seulement 1/4 environ de l'énergie est consommée sous forme d'électricité. Elle ne constitue donc pas l'enjeu majeur de la transition énergétique, malgré la distortion médiatique et politique.
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27/04/2016 - 19h43 -

@ Manuel Moragues :

Vous dites qu'EDF ne participe pas à la transition énergétique. Pourtant l'entreprise est le leader européen des ENR.

Et vous oubliez que les ENR ne sont pas une fin en soi, mais un moyen pour limiter l'impact climatique et sanitaire de l'énergie. Or :

1) L'électricité produite en France par EDF est déjà une des moins émettrices de CO2 en Europe (tout en restant parmi les moins chères) : 15gCO2/kWh en 2015, contre 20 fois plus en moyenne pour le reste de l'Europe. Compte-tenu des technologies disponibles actuellement, on ne pourra pas faire mieux. Alors pourquoi installer plus d'ENR en France, surtout si cela doit en plus nous coûter une fortune ?

2) L'efficacité du PV et de l'éolien pour faire diminuer les émissions de CO2 ne semble pas flagrante :

À titre de comparaison, on a pu constater dans les années 80 l'efficacité du nucléaire pour faire diminuer les émissions de CO2 des français : Elles ont baissé d'environ 30% par habitant de 1980 à 1990, au fur et à mesure de la mise en service du parc nucléaire. Et ce contre un investissement d'environ 120 milliards d'euros de 2010 selon la Cours des Comptes.

L'Allemagne, elle, a investi plus de 300 milliards d'euros dans ses ENR à partir de 2000. Et en 2012, ses émissions de CO2 par tête n'avaient baissé que de 10%, sans qu'on sache trop si cela était du à la baisse des émissions du secteur de l'énergie, des transports ou bien tout simplement à la crise économique.

Aujourd'hui, l'Allemagne rejoint tout juste notre niveau d'émission de CO2 par habitant d'il y a 30 ans. Son électricité est toujours 30 à 40 fois plus émettrice de CO2 (et de CO, de particules fines, etc) que la nôtre.

Ne serait-il donc pas plus important de s'attaquer d'abord au problème du pétrole et du gaz (soit les deux autres tiers de la consommation énergétique française, après l'électricité) ? Ne devrait-on pas s'inquiéter d'abord des 4 millions de foyers français encore chauffés au fuel ?

Aujourd'hui, l'électricité est un marché européen. Ne vaudrait-il pas mieux fermer d'abord les centrales au charbon de nos voisins allemands, italiens ou anglais, avant de s'attaquer au parc peu polluant d'EDF ?

Je vous rappelle que le charbon provoque de l'ordre de la dizaine de milliers de décès prématuré chaque année, et ce rien qu'en Europe. N'est-ce pas là une priorité ?

Vous titrez "La transition énergétique peut-elle faire l'impasse sur EDF ?". Pourtant, à lire la presse, on se demande si la transition énergétique se préoccupe d'autre chose que de l'électricité et d'EDF en France.
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