Economie

"La transformation numérique suscite plus d’envie que d’inquiétude chez les cadres", explique Pierre Lamblin de l'Apec

Christophe Bys

Publié le

Pierre Lamblin est directeur du département étude et recherches de l'association pour l'emploi des cadres (Apec). A l'occasion de ses cinquante ans, cette dernière a commandé une étude à Elabe pour savoir quel était l'état d'esprit des cadres à l'heure de la transformation numérique. Et comment ils anticipent leur rôle dans une décennie. 

La transformation numérique suscite plus d’envie que d’inquiétude chez les cadres, explique Pierre Lamblin de l'Apec © Flickr cc

L’Usine Nouvelle - Pour son cinquantième anniversaire, l’Apec a réalisé avec Elabe une étude sur la transformation du rôle des cadres. Quelle est leur perception de la transformation numérique ?

Pierre Lamblin : Les cadres sont assez lucides sur ce qui se passe au sujet de la transformation numérique. Mieux, ils la perçoivent positivement. 87 % des cadres pensent qu’elle a un impact positif global. Cette mutation est pour eux synonyme d’efficacité mais aussi de davantage de liberté.

Pour eux, le numérique se traduit par la mise en place de nouveaux outils mais aussi la multiplication d’informations à leur disposition. Globalement, la transformation numérique suscite plus d’envie que d’inquiétude chez les cadres. Il est vrai qu’on a besoin d’eux pour mener à bien cette opération, ils accompagnent la transformation.

Les modes de management évoluent-ils parallèlement ?

La mutation n’est pas achevée pour le moment. Elle commence. On voit immerger de nouvelles façons de faire, avec, par exemple, du travail en mode projet s’appuyant sur des plateformes collaboratives ou un développement de nouveaux modes de formation, ou encore les échanges de bonnes pratiques sur les réseaux sociaux d’entreprise…

Les deux tiers se disent encore dans une organisation encore hiérarchique, pyramidale… Mais c’est comme pour la transformation numérique, il y a une envie, une appétence forte pour travailler selon de nouveaux modes d’organisation. Ils considèrent que ces nouveaux sont bénéfiques pour l’entreprise, leur service mais aussi pour eux-mêmes.

Que vous inspire cette envie de numérique des cadres ?

On dit souvent que les Français sont anxieux, qu’ils ont peur du changement. Pas les cadres, au contraire. Ils en ont envie, ils sont impatients. Ils ont vu la transformation commencer, ils l’accompagnent au quotidien.

Ont-ils les compétences nécessaires pour faire face à ces défis ?

Beaucoup de cadres disent qu’ils n’ont pas été formés au management. Par ailleurs, quand on étudie ce qui fait l’employabilité des cadres, ils citent l’autonomie, l’expertise ou encore la qualité du réseau…  Ce qui est intéressant c’est quand on leur demande comment ils pourraient augmenter leur employabilité, leur réponse diffère des DRH. Les cadres voudraient du développement personnel quand les R.H. favorisent plutôt les compétences managériales. On peut faire l’hypothèse que les cadres savent qu’il existe de nombreuses formations au management qui n’apportent pas grand-chose.

Leur quotidien requiert de plus en plus d’agilité, de gestion complexe d’équipes mêlant jeunes et seniors, de gestion de temporalités différentes. Cela exige davantage que de l’expertise technique. Il faut des qualités comportementales, les cadres l’ont compris.

Une autre évolution que nous avons déjà observé est que de plus en plus les cadres utilisent parfois plus leurs réseaux que les services RH. Cela ne veut pas dire que les RH n’ont plus rien à faire, mais plutôt qu’elles doivent repenser leur façon d’intervenir.

Si je reviens à la transformation numérique, 93 % des cadres se disent à l’aise avec ses outils. Cela veut dire que 7 % ne le sont pas.  36 % de ces derniers estiment même que la transformation numérique aura un impact négatif sur leur travail. Il est urgent d’accompagner les personnes qui sont dans cet état d’esprit car on ne peut pas les laisser au bord du chemin dans un monde où tout semble s’accélérer tout le temps. C’est d’autant plus impératif qu’ils peuvent bloquer la transition.

Votre étude s’est aussi intéressé aux cadres dans 10 ans. Et là le résultat est pour le moins paradoxal non ?

Oui c’est quelque chose qu’on voit souvent dans notre étude annuelle : les cadres sont plus anxieux pour la situation économique générale, l’emploi des autres que pour eux-mêmes.

Là quand on leur demande comment ils se projettent dans une décennie, ils ont une vision linéaire : tout au plus ils envisagent d’avoir une mobilité. En revanche pour les autres, ils anticipent des parcours discontinus, avec du chômage, de nouvelles formes d’emploi…

Tout se passe comme s’ils étaient sûrs de s’en tirer alors que les autres feront face à des événements inévitables. Par exemple, les cadres anticipent un développement certain de l’intelligence artificielle. 

 

L'intégrale de l'étude peut être consultée ici. 

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