La technologie, obstacle majeur aux ambitions de la Chine dans les semiconducteurs

La Chine mobilise des ressources financières considérables pour réduire sa dépendance dans les circuits intégrés électroniques. Mais, selon IC Insights, elle risque de se heurter à un obstacle infranchissable : la difficulté d’accès aux technologies des semiconducteurs.

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La technologie, obstacle majeur aux ambitions de la Chine dans les semiconducteurs
La Chine en course dans les semiconducteurs

Depuis deux ans, la Chine met les bouchées doubles pour réduire sa dépendance dans les semiconducteurs. Avec le plan “Made in China 2025”, publié en mai 2015, elle vise à porter son autosuffisance dans les circuits intégrés électroniques comme les mémoires, les processeurs et autres circuits logiques à 40% en 2020 puis 70% en 2025. Des objectifs jugés irréalistes par IC Insights.

Deux échecs par le passé

Selon le cabinet d’études de marché, il a fallu 5 ans à la Chine pour augmenter de moins de deux points à 11,6% la part de sa production dans sa consommation de circuits intégrés estimée en 2016 à 114 milliards de dollars. Et encore, une bonne partie de cette production locale est assurée par des fabricants étrangers, comme l’américain Intel, ou les coréens Samsung et SK Hynix. Certes, IC Insights perçoit une nette accélération. Mais il voit l’autosuffisance de la Chine atteindre seulement 17% en 2020 puis 25% en 2025. Soit moins de la moitié des objectifs de Pékin.

IC Insights rappelle que la Chine a, par le passé, mis en œuvre deux plans de développement successifs dans les semiconducteurs : le premier, de la fin des années 1990 au début des années 2000, dans les services de fonderie, c’est-à-dire de fabrication de puces électroniques en sous-traitance, à l’instar de ce que font à merveille les taiwanais TSMC et UMC ; le second, du début jusqu'au milieu des années 2000, dans la conception de circuits sur un modèle « fabless », à l’instar de ce que font les américains Qualcomm et Broadcom. Les deux se sont soldés par un échec.

Les champions chinois à la traine au niveau mondial

SMIC, premier fondeur chinois, affiche un chiffre d’affaires de moins de 3 milliards de dollars en 2016. S’il se place quatrième dans le monde, il reste dix fois plus petit que la référence absolue du marché : le taiwanais TSMC. Quant à HiSilicon Technologies, bras armé de Huawei dans les semiconducteurs et champion chinois dans le domaine fabless, il n’arrive qu’à la 20 e place mondiale des fournisseurs de puces électroniques en 2016 selon Gartner, avec un chiffre d’affaires de 3,8 milliards de dollars.

Pour IC Insights, il serait naïf de croire qu’on peut être autosuffisant à 40%, 70% ou tout autre pourcentage inférieur à 100%. Il suffit de maquer d'un seul élément essentiel - par exemple, un matériau, un produit chimique ou un gaz spécifique indispensable au processus de fabrication- pour être bloqué dans la production de circuits intégrés.

Pas de problème financiers

Selon le cabinet, le succès du plan “Made in China 2025” dépend de deux facteurs clés : l’argent et la technologie. Sans la combinaison de ces deux facteurs, les objectifs n’ont aucune chance d’être réalisés. Pas de problème coté argent. La Chine mobilise un fonds d’investissement national de près de 20 milliards de dollars dédié au plan. Il est complété par des fonds provinciaux, municipaux et privés d’un montant total de 100 milliards de dollars. De quoi financer la construction d’une bonne dizaine d’usines de fabrication de puces sur tranches de 300 mm de diamètre. A elle seule, Tsinghua Unigroup, une société holding contrôlée à 49% par des capitaux publics et à 51% par des capitaux privés, prévoit d’investir la bagatelle de 70 milliards de dollars en 4 ans dans trois méga usines.

Mais pour IC Insights, les Chinois se heurtent à un grand obstacle presque infranchissable : la difficulté à acquérir les technologies nécessaires pour faire tourner ces nouvelles usines. Un manque qu’ils ont essayé de combler depuis 2014 par l’acquisition de fournisseurs de circuits intégrés. Avec quelques succès au début dans le rachat de sociétés américaines fabless telles que Integrated Silicon Solution Inc (mémoires embarquées), OmniVision Technologies (capteurs d’image) ou Bridgelux (LED d’éclairage). Mais de Washington à Taipei, en passant par Berlin, Séoul ou Tokyo, les gouvernements de pays cibles sont maintenant sur leurs gardes. Ils veulent empêcher la Chine de mettre la main sur des acteurs qu'ils jugent stratégiques pour leurs intérêts économiques et leur sécurité nationale. En témoigne le veto américain au rachat de Lumileds, les LED de Philips, par le fonds Go Scale Capital, à l'acquisition du petit équipementier allemand Aixtron par le fonds Fujian Grand Chip, ou encore à l'entrée de Tsinghua Unigroup dans le capital de Western Digital. Il devient difficile aux Chinois de mener des acquisitions aux Etats-Unis, à Taiwan, en Allemagne, en Corée du Sud ou au Japon. "La fenêtre d'opportunité pour qu’ils acquièrent la technologie via l’acquisition d'entreprises étrangères est maintenant fermée", affirme le cabinet.

Risque de poursuites dans les brevets

Les projets de méga usines peuvent aller jusqu’au bout. Mais les Chinois se retrouveront en retard de deux générations technologiques sur des leaders mondiaux du secteur tels que lntel, TSMC et Samsung. Ils sont tentés d’acquérir la technologie et le savoir-faire en débauchant des ingénieurs chez Intel, Samsung et SK Hynix en Chine, comme l'avait fait dans son temps SMIC auprès de TSMC. Une voie dangereuse, prévoit IC Insights. Les Chinois s’exposeraient dans ce cas à des attaques dans le domaine de la propriété intellectuelle qui pourraient leur coûter cher et bloquer leur développement. Le pari de la Chine dans les puces est loin d’être gagné.

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