"La taxe sur les panneaux chinois plonge le solaire dans l’incertitude" selon le cofondateur de Tenergie

Le français Tenergie développe et exploite depuis 2008 des centrales photovoltaïques. Fin 2013, il devrait compter 60 MW à son actif, sur 80 sites. Pour cet acteur de la filière solaire placé en aval des panneaux, la taxe européenne sur les modules chinois est à la fois une erreur et une menace. Marc Watrin, cofondateur de Tenergie, s’insurge contre un "remède pire que le mal".

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L’Usine Nouvelle - La Commission européenne a décidé mardi 4 juin de taxer les panneaux solaires chinois. Que pensez-vous de cette mesure ?

Marc Watrin - Je suis atterré ! Les soupçons de dumping sont certainement fondés mais cette taxe ne sauvera pas les rares survivants européens du panneau. C’est trop tard ! La Chine a réussi à confisquer cette industrie en quelques années. C’est un "business case" éclatant qui sera étudié en école de commerce. Les Chinois ont investi tellement de milliards de dollars dans les usines de panneaux qu’aucun industriel ou banque européennes n’est capable de suivre. Le panneau silicium "de base" est définitivement parti en Chine.

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Au fond, L’Europe aurait dû taxer plus tôt…

Oui, l’Europe aurait dû agir il y a trois ans. Aujourd’hui ça n’a plus de sens, et le remède proposé est pire que le mal. La taxation des panneaux chinois met en danger le reste de la filière, qui représente la majeure partie de la valeur d’une installation photovoltaïque. Prenez les onduleurs solaires : les acteurs dominants sont européens et américains. Ce sont ces positions et ces industriels qu’il faut protéger. Sinon, demain, ce sont eux qui tomberont face aux chinois. Pour les exploitants comme nous, les conséquences de cette taxe vont être dramatiques.

Comment allez-vous être touchés ?

Nous le sommes déjà. Nous avons des difficultés pour mener à leur terme des projets sur lesquels nous travaillons depuis deux ans. Depuis que cette taxe se profile, tous les développeurs-exploitants n’ont plus de visibilité sur les achats des panneaux, qui sont leur matière première. Depuis ce matin, par exemple, je suis harcelé par des brokers [ courtiers] qui me poussent à acheter des panneaux tant que la taxe n’est que de 11%... Grimpera-t-elle vraiment à 47% après l’été ? Sera-t-elle prolongée en décembre ? Cette taxe plonge le secteur dans l’incertitude. Le niveau de prix des panneaux conditionne la viabilité des projets. Et avec des tarifs de rachat français à 100 euros par MWh, il faut des prix chinois.

Faut-il se résigner à ne plus avoir d’industriels du panneau européens ?

Non, mais il faut se tourner vers l’avenir. On ne fera pas revenir la production des panneaux "de base" en Europe. Il faut miser sur l’innovation, les prochaines générations technologiques. Comme partout, les ruptures ne viendront pas des ce ne sera pas des acteurs présents mais de nouveaux entrants, de start-up qui existent et qu’il faut pousser. Plutôt que de taxer les panneaux chinois, mieux vaut subventionner l’innovation, comme le font les appels d’offres qui favorisent les produits innovants, et donc le made in France et le made in Europe.

Propos recueillis par Manuel Moragues

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