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L'Usine de l'Energie

"La taxation écologique est inéluctable", persiste et signe Brice Lalonde

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Entretien Président de l’association Équilibre des énergies, l’ancien ministre de l’Environnement Brice Lalonde estime qu’il faut se préparer au changement climatique. A l'heure de la COP24, Il fustige les Verts et défend... le nucléaire.

La taxation écologique est inéluctable, persiste et signe Brice Lalonde
L’ancien ministre de l’Environnement Brice Lalonde est président de l’association Équilibre des énergies (Photo: Pascal Guittet)

L'Usine Nouvelle - Pourquoi, après une carrière bien remplie, avoir accepté de prendre la présidence de l’association Équilibre des énergies (EdEn) en janvier dernier ?

Brice Lalonde - C’est le prolongement de mes activités de toujours : la lutte pour l’environnement et contre le changement climatique. On réunit des gens qui fabriquent des automobiles, des bâtiments et des énergéticiens... Avec un comité scientifique, tout ce petit monde travaille ensemble et fait du lobbying.

Vous avez été ministre de l’Environnement de 1988 à 1992. Qu’en retenez-vous ?

J’ai été enchanté de cette expérience, car j’ai fait beaucoup de choses avec Michel Rocard, alors Premier ministre. Le changement climatique était le fil directeur. En 1989, tout le monde l’a oublié , il a organisé une conférence mondiale à La Haye en appelant à la création d’une organisation supranationale de l’atmosphère… mais cela n’a pas été suivi d’effet. Une quarantaine de pays, dont le Brésil, avaient signé. Ils l’ont oublié depuis.

Pourquoi avez-vous arrêté la politique ?

J’ai arrêté la politique, car je trouve cela vraiment effroyable. Je me sentais devenir méchant. C’est quoi la politique, c’est préparer la

prochaine élection, car si vous n’êtes pas élu, vous ne servez à rien. Il faut être dans un parti politique. Après vous oubliez l’écologie, vous ne vous occupez que du parti et des élections.

Le dernier rapport du Giec a montré que le temps est compté pour limiter la hausse des températures à 1,5°C. Pensez-vous que cela soit encore possible ?

Je ne crois pas à ces histoires de délais. Plus on agit vite, mieux c’est. Mais on ne sait pas ce qui va arriver. Une chose est sûre, il va falloir s’adapter. Il faut prévoir des logements qui résistent à des vents de 200 ou 300 km/h, que les fonds des vallées soient inondés et de ne pas installer les services informatiques dans les caves et les parkings en sous-sol. En bord de mer, l’homo « littoralis » a du souci à se faire. C’est une espèce d’expérience à l’échelle de la planète avec un pôle Nord qui n’existe presque plus... C’est difficile, car cela ne rapporte pas beaucoup. Quand vous érigez des digues pour lutter contre la montée du niveau de la mer, le retour sur investissement est limité.

Les Gilets jaunes semblent privilégier le pouvoir d’achat au détriment de la transition écologique. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ?

Pour les Gilets jaunes, la question de la taxation écologique n’est que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’inquiétude sur la baisse du pouvoir d’achat pèse. Mais la taxation écologique est inéluctable. Pour la première fois, la question de l’environnement devient centrale. Elle est discutée par l’ensemble des partis politiques et n’est plus seulement le monopole des écologistes. C’est très important. On va enfin discuter de la meilleure manière de faire, celle qui n’écrase pas les pauvres ou les faibles. Et n’essayons pas de nous épuiser à sauver la planète avec nos 2 % d’émissions de CO2 et faisons, en France, les choses que nous devons faire. Débarrassons-nous des énergies fossiles, agissons sur le transport et les logements…

Il ne faut donc pas céder aux Gilets jaunes ?

Il faut écouter. Il y a un sentiment d’injustice et ce n’est pas nouveau. Il faut décourager l’usage des énergies fossiles, mais il faut redistribuer d’une manière ou d’une autre. C’est ce que fait le gouvernement. Peut-être pas assez et peut-être n’est-ce pas suffisamment expliqué. C’était une idée de Nicolas Hulot quand il a créé son ministère de la Transition écologique et solidaire. Alors pourquoi est-il parti ? Il n’aurait pas dû partir ou alors il ne fallait pas qu’il accepte d’être ministre. En fait, il n’était pas fait pour être ministre. C’est un excellent communicant. Il a fait énormément pour que les gens prennent conscience que l’on ne peut pas détruire la nature.

Justement, comment analysez-vous le parcours de Nicolas Hulot ?

Son pacte écologique a eu pour conséquence de créer, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le plus puissant ministère de l’Écologie qui n’ait jamais existé avec Jean-Louis Borloo. Il y a eu le Grenelle de l’environnement. Ensuite, il a conseillé François Hollande et Laurent Fabius avec qui il a fait la COP21. Les forces politiques classiques se sont emparées du sujet. Les Verts ont été déclassés, marginalisés.

Vous aviez créé Génération écologie pour leur faire obstacle…

Le principal défaut des Verts, c’est d’avoir été gauchistes et de ne pas avoir voulu concilier écologie et économie. Or si vous n’associez pas les entreprises, vous n’arrivez à rien. Les entreprises, c’est la relation des hommes à la nature qu’on le veuille ou non.

Vous dites que les écologistes se sont trompés sur le nucléaire. Pourquoi ?

Une partie du mouvement écologiste pense que le changement climatique est une manœuvre pour éclipser le nucléaire. Je pense qu’une grande partie d’entre eux s’est trompée ou se trompe encore en faisant de la sortie du nucléaire une priorité avant celle des énergies fossiles. Le plus dangereux, c’est le changement climatique, car c’est une autre planète qui s’ouvre à nous avec des dégâts absolument considérables. Il faut continuer le nucléaire. Les anti-nucléaire ne veulent pas savoir pourquoi ni comment on peut l’améliorer pour le rendre plus sûr. Moi, je pense au contraire qu’il faut regarder. Il faut voir les problèmes, savoir ce qui se passe en Chine par exemple, voir quelle sera la prochaine génération de réacteur.

Il y a eu Fukushima et certains pays ont renoncé au nucléaire…

Le problème de l’Allemagne c’est qu’il nous envoie maintenant deux fois plus de gaz à effet de serre. Les éoliennes, c’est 200 000 oiseaux morts chaque année en France. Il n’y a pas de repas gratuit. Elles vont laisser dans le sol du béton pour toujours… Le solaire est ce qu’il y a encore de moins pire. Mais cela ne produit pas beaucoup.

Quel regard portez-vous sur Emmanuel Macron ?

Macron, c’est une incroyable réussite électorale à la présidentielle. On est content d’avoir un jeune qui présente bien et a un écho international. Mais il est menacé par l’isolement avec sa majorité écrasante. Il a fait le One planet summit c’est une bonne chose, mais il faut qu’il puisse prendre d’autres initiatives.

Trouvez-vous que les entreprises françaises en font assez en matière de lutte contre le changement climatique ?

Nous n’avons pas à rougir de notre CAC 40. Regardez Total. Son business model, c’est le pétrole, mais il passe au gaz, il fait du solaire. Je ne crois pas que cela soit du green washing. Quand vous commencez à faire du green washing, vous êtes prisonnier. Ensuite, on va vous demander des comptes. Vous êtes obligés d’agir. Aux États-Unis, les entreprises, c’est je détruis la planète la semaine et, le week-end, je fais de la philanthropie, des bonnes œuvres. En France, les entreprises intègrent les préoccupations environnementales dans leur business model.

La COP24, qui se tient en Pologne du 3 au 14 décembre, peut-elle déboucher sur des avancées ?

Je pense que les COP ne servent plus à rien dans la mesure où les négociations ont donné ce qu’elles pouvaient donner de mieux lors de la COP21 à Paris. Après, les diplomates ont toujours quelque chose à négocier. Ce qui est important, c’est l’arrivée des acteurs non étatiques, les entreprises, les collectivités locales, les coalitions qui se créent y compris avec les ONG.

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