Economie

"La suppression de l’aide à l’apprentissage, un signal négatif", selon Jean-Michel Pottier

Cécile Maillard ,

Publié le

Entretien Tollé patronal après l’annonce de la suppression d’une aide à l’accueil des apprentis en entreprise. Jean-Michel Pottier, président de la commission Formation Education de la CGPME, fustige une mesure qui "fera des dégâts considérables" sur l’emploi des jeunes.

La suppression de l’aide à l’apprentissage, un signal négatif, selon Jean-Michel Pottier © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L’Usine Nouvelle - Le Comité interministériel de modernisation de l’action publique a proposé mercredi  de supprimer l’indemnité compensatrice de formation versée aux entreprises qui accueillent des apprentis, de 1 000 euros minimum par an et par apprenti. Or les TPE-PME signent plus de la moitié des contrats d’apprentissage. Quel sera l’impact pour elles ?

Jean-Michel Pottier - Pour les plus petites structures et les entreprises artisanales, cette aide est importante. D’autant que ce sont elles qui acceptent de prendre les apprentis les plus jeunes, qui sont aussi les moins bien rémunérés. Le rapport entre l’aide et la rémunération est très intéressant pour elles. Si cette suppression est confirmée, elle fera des dégâts considérables. Je pense que le gouvernement n’en a pas mesuré l’impact...

Cette indemnité vise à compenser l’investissement de l’entreprise pour la formation du jeune en apprentissage. La remettre en cause, au-delà de l’aspect financier, c’est envoyer un signal négatif sur le rôle de formateur de l’entreprise. Dans un contrat d’apprentissage, le centre de formation et l’entreprise concourent tous les deux à la formation. Demandez à un ancien apprenti où il a appris son métier ! Il vous répondra forcément que c’est en entreprise. Il n’y aura pas de développement de l’apprentissage si on ne respecte pas un équilibre dans le financement de chacune de ces deux branches.

Etiez-vous au courant de cette suppression ?

Absolument pas ! Et les bras m’en tombent… Cela me laisse d’autant plus perplexe qu’on est  dans un contexte où l’on affirme un soi-disant volontarisme pour lutter contre le chômage des jeunes et faire progresser les chiffres de l’apprentissage (NDLR : de 450 000 aujourd’hui à 500 000 d’ici 2017). Et on nous présente ça sous l’angle de la simplification administrative… Personne n’est dupe ! En plus, cette prime est financée par la taxe d’apprentissage des entreprises ! Toutes cotisent, mais seules celles qui font l’effort d’accueillir un apprenti sont aidées dans leur démarche. Ce principe est remis en cause.

Le gouvernement annonce une réforme de la taxe d’apprentissage cet automne. Une façon, pour les entreprises, d’être aidées autrement ?

Pour le moment, l’idée est de flécher l’argent de l’apprentissage sur les structures qui font de l’apprentissage proprement dit, comme les centres de formations des apprentis. Et un peu moins sur les établissements de formation professionnelle qui n’en accueillent pas, mais peuvent bénéficier de la taxe d’apprentissage. Rien ne se dessine pour compenser la perte de cette indemnité compensatrice.

Cécile Maillard

550 millions d’économies pour l’Etat

Selon le Comité interministériel du 17 juillet, la suppression de cette indemnité compensatrice de formation rapporterait 550 millions d’euros par an, sur un ensemble de 2,8 milliards d’euros d’aides ciblées sur l’apprentissage. Financée par l’Etat, cette indemnité est versée par les régions, et son montant dépend de leur politique propre. Elle oscille par exemple entre 1600 et 2500 euros dans le Nord/Pas-de-Calais.

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