Environnement

La Suède va enterrer ses déchets nucléaires

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C'est un tournant dans la gestion des déchets nucléaires à vie longue. Alors que la France cherche encore un lieu de stockage, et que les Etats-Unis se sont donné 6 mois pour y voir plus clair, la Suède a déjà localisé son sanctuaire de matières radioacti

La Suède va enterrer ses déchets nucléaires

L'annonce a été faite mercredi par le président de la Société suédoise de gestion de l'énergie et des déchets nucléaires (SKB), Claes Thegerström. Un des premiers sites de stockage permanents de déchets nucléaires au monde, destiné à abriter des déchets pendant plus de cent mille ans, va être construit dans l'est de la Suède. Destination Forsmark, près d'Östhammar, à 200 kilomètres au nord de Stockholm.

Les déchets les plus radioactifs y reposeront  sur 15 hectares, à 500 mètre sous la terre, dans des containers étanches durant cent mille ans, le temps que la radioactivité diminue suffisamment. Si cette dernière se réduit de 99% après plusieurs décennies, elle ne retrouve le niveau du minerai d'uranium brut qu'après cent mille ans, a fait savoir SKB.

Le chantier devrait débuter en 2016 et être inauguré entre 2022 et 2024, selon le porte-parole de SKB. Au moment le plus fort de la construction, trente à quarante camions (20 tonnes chacun) vont transporter des roches issues de l'excavation chaque jour.

Une réponse à trouver pour toutes les industries nucléaires

Le problème du stockage des déchets radioactifs à vie longue se pose pour toutes les nations privilégiant le nucléaire dans leur energy mix.  La Suède dispose d'une dizaine de réacteurs nucléaires qui produisent 45% de l'électricité du pays, contre 80% en France. Elle avait annoncé début février la relance de son programme nucléaire qu'elle souhaitait initialement abandonner progressivement.

Les déchets nucléaires hautement radioactifs suédois sont depuis 1985 stockés dans un centre temporaire à Oskarshamn, mais une solution devait être trouvée pour un stockage à très long terme, afin de désengorger le site. Le processus de sélection était en route depuis 2002. Le site finalement choisi, proche d'une centrale nucléaire existante, était en compétition avec un autre site à Oskarshamn, où se trouve le laboratoire expérimental destiné à développer le stockage permanent de déchets nucléaires.

La France quant à elle doit encore résoudre ce casse-tête. Pour les déchets hautement actifs et à vie longue, il est prévu de construire des centres de stockage à 500m de profondeur sous une couche d'argile datant de 150 millions d'années de 130 mètres d'épaisseur. Les autorisations pour construire ce type de sites seront délivrées dans le courant de l'année 2015 pour une mise en service en 2025.

A l'heure actuelle, seuls les États-Unis possèdent un tel lieu de stockage dans le Nouveau Mexique, dans la montagne du Yucca, mais ce stockage fait l'objet d'une polémique dense au sein de la population, et le ministre à l'énergie de l'administration Obama, Steven Chu, y est réticent.

Des centres de stockage sont également à l'étude en Finlande pour des inaugurations avant 2030. La méthode est la même : enfouis à 500 mètres de profondeur dans un sol granitique, les déchets seront placés dans des coffres en cuivre et doivent, selon le cahier des charges, y être stockés au moins cent mille ans.

Une solution risquée pour les générations futures

Cette solution laisse sceptique le chercheur indépendant John Large. Dans une interview à L'Usine Nouvelle.com, il pointait «  un manque total de coordination entre le concepteur de la centrale EPR, Areva, et les concepteurs des containers destinés à contenir les déchets radioactifs, tels que Posiva en Finlande, ou SKB en Suède.  Ces derniers sont bien en peine aujourd'hui de concevoir des containers apropriés » déclarait-il. Comme le montre la photo, les assemblages de combustibles usés seront enfermés dans des paniers de fer, à l'intérieur d'épais containers de cuivre, puis dans de l'argile, aux creux de blocs d'un tenant de roches étanches. La méthode, qui répond au doux nom de as KBS-3, a été sélectionnée en... 1983.

« En Finlande, en Suède, aux Etats-Unis, en Allemagne, le principe est de stocker les combustibles irradiés dans des containers en cuivre, à 400-600 mètres sous terre » rappelait-il. « Or ces containers ont été conçus pour pouvoir résister à toute fuite durant cent mille ans. Durant ce temps, la majorité des isotopes radioactifs auront perdu leur toxicité. Reste que l'129, un isotope radioactif de l'iode créé lors des réactions de fission (cassure des noyaux d'uranium ou de plutonium) dans un réacteur nucléaire, reste dangereux 5 millions d'années après pour l'être humain. Au bout de cent mille ans, quand le container le laissera échapper, il contaminera l'eau en sous-sol et aura une incidence sur les générations futures ». Si les pays utilisant l'énergie de l'atome ont fini par trouver une solution à l'épineux problème des déchets, il ne s'agit que d'une solution partielle.

Ana Lutzky

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