La stratégie de Zodiac pour enrayer sa chute

L’équipementier aéronautique Zodiac vient d’annoncer qu’il lui faudrait encore 18 mois pour résorber ses retards de livraison. La question de l’efficacité de ses actions de redressement se pose. Décryptage. 

C’est à une grande opération de transparence que s’est livré le groupe Zodiac mardi 16 mars. A l’occasion d’une conférence téléphonique sur ses résultats du premier semestre de l’exercice 2015/2016, l’équipementier aéronautique a fait montre d’un souci du détail concernant ses dysfonctionnements industriels – et les solutions à y apporter – dont il était pour le moment peu coutumier.

Son patron, Olivier Zarrouati a annoncé "un délai de 18 mois avant un retour à la normale". Soit un retard d'environ deux ans par rapport au calendrier initial. Cela valait bien quelques explications de sa part.

"La transformation industrielle du groupe nécessite plus de temps et d’efforts que ce que nous avions prévu", a-t-il admis. Le mal est connu : victime d’une crise de croissance dû à des succès commerciaux à répétition et des acquisitions menées tambour battant ces dernières années, Zodiac ne parvient plus à livrer ses clients en temps et en heure.

La croissance de son chiffre d’affaires pour le premier semestre 2015-2016 (2,488 milliards d’euros), établit à 7,1%, est en trompe l’œil : elle s’explique avant tout par un taux de change euros/dollars favorable. A périmètre et taux de change constants, le chiffre d’affaires recule de 1,8%. Il est en baisse dans presque toutes les divisions du groupe.

Encore 300 places en retard

Les difficultés de la division Systems (-2,8% en organique, à 969,9 millions d’euros) s’expliquent par l’atonie réelle des secteurs de l’aviation d’affaires et des hélicoptères.

Quant à la seconde division de Zodiac, spécialisée dans l’aménagement intérieur des avions, elle reste aux prises avec de profonds dérèglements industriels, qu’un client aussi puissant qu’Airbus ne cesse de dénoncer par la voix de son patron, Fabrice Brégier, à chacune de ses apparitions publiques.

Comme pour regagner la confiance de ses clients, Zodiac a décrit par le menu les différentes actions de redressement de son outil industriel. Elles viennent compléter son plan Focus visant, entre autres, à améliorer le reporting et à généraliser les bonnes pratiques.

Côté production de sièges, Zodiac n’a toujours pas résorbé ses retards de livraison. "Ils s’élèvent en moyenne à 300 places depuis trois mois", a précisé Jean-Michel Billig, responsable de la branche. Une précision : un siège en classe éco équivaut à trois places (une banquette) mais un siège business une seule et unique place.

Les retards concernent essentiellement les sièges business pour l’A350 et un autre programme, pour lequel Zodiac ne donne pas plus de détails. L'industriel a nettement réduit les retards : de 6000 places en souffrance début 2015 à 2200 en avril, puis 1700 en juin. D’autant que chaque année, l’équipementier produit au total 150 000 places. Reste que l’objectif de résorber tous les retards en août, comme annoncé au printemps 2015, est définitivement tombé dans les limbes.

Des sites américains en cause

Le nœud du problème se situe, selon l'industriel, dans l’usine américaine de Santa Maria (1800 salariés), où la production des coques en matériaux composites des sièges business ne se fait pas sans problème. Ces coques concentrent à elles seules entre 50 et 60% de la valeur d’un siège. L'usine a doublé de taille en deux ans, et les embauches ont suivies. Mais, du côté de l'ingenierie du design des pièces et du savoir-faire, Zodiac rencontre des difficultés. Une croissance mal contrôlée qui se paie aujourd’hui par d’importants surcoûts de production.

Le groupe pointe aussi du doigt une exigence accrue des compagnies aériennes, soucieuses d'avoir chacune des produits différents, et une complexité croissante des opérations de certification. Pour y remédier, Zodiac a annoncé la création d’un centre de compétence de design de coques. Son site d’implantation n’est pas encore connu. L'industriel va également se tourner vers d’autres fournisseurs et mettre en œuvre des transferts internes de production pour délester le site de Santa Maria.

Autre activité, autres difficultés : la seconde branche de l’aménagement intérieur, dédiée aux équipements de la cabine et pilotée par Yannick Assouad, est aussi à la peine. Les retards se concentrent là encore sur l’A350 et concernent les cabinets de toilettes. C’est également un site américain qui fait des siennes, celui de Cypress (Californie). L'usine est confrontée à la fois à la montée en cadence du dernier-né d’Airbus et à la hausse des opérations de rénovation d’avions existants. Résultat, le site tire la langue, victime entre autres d’importants surcoûts de non-qualité.

L'effcicacité des mesures en question

Fin 2015, les dirigeants de Zodiac ont donc décidé de mettre en place une seconde ligne d’assemblage sur le site Canadien de Montréal. Il produit déjà des toilettes pour l’aviation d’affaires. La baisse d’activité dans ce segment autorise un surcroît d’activité venu de l’aviation commerciale. Objectif ? Passer d’une cadence de deux à huit shipsets (jeux de toilettes embarqués dans un avion). La cadence de cinq shipsets a été atteinte en février 2016.

La restructuration industrielle de cette branche concerne l’ensemble des sites américains où le plan Focus doit encore être mis en application. Le groupe compte aussi généraliser des plans de formation dédiés aux systèmes d’information de production (ERP).

Zodiac emprunte-t-il bel et bien la voie de la rédemption industrielle ? Si l’effort de clarté opéré donne enfin à voir les solutions concrètes que le groupe met en œuvre pour redresser la barre, son incapacité à résorber ses retards de livraisons posent questions.

Combien de temps encore faudra-t-il à Olivier Zarrouati et son équipe resserrée de dirigeants pour donner à Zodiac l’envergure industrielle correspondant à ses succès commerciaux ? Ont-ils enfin pris la mesure des dysfonctionnements, alors qu'ils estimaient que "le gros du combat avait été livré en 2014-2015"? Zodiac, dont les rumeurs de rachat vont bon train ces derniers temps, va devoir dans les prochains mois faire la preuve de l’efficacité de ses mesures.

Olivier James

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