La start-up Brain Power "hacke" les Google Glass pour aider les enfants autistes

La start-up américaine Brain Power a customisé les Google Glass pour les adapter aux besoins des enfants autistes. L’outil les encourage à établir un contact visuel avec leur entourage, les aide à comprendre les émotions et peut même détecter en amont l’arrivée d’une crise. A l’occasion de la conférence EmTech sur les technologies émergentes, organisée à Toulouse par la MIT Technology Review, Industrie & Technologies a pu rencontrer son créateur, le professeur Ned T Sahin. 

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La start-up Brain Power
Le fondateur de la start-up Brain Power, Ned T Sahin, porte les Google Glass à la conférence EmTech organisée à Toulouse.

Les Google Glass, un gadget sans utilité ? Le professeur Ned T Sahin est loin de partager cet avis. Chercheur spécialisé dans les neurosciences, il a fondé il y a deux ans la start-up Brain Power pour développer l’usage des lunettes connectées au service des enfants autistes. « Avec ma femme, nous sommes partis pendant un an. Nous avons visité 23 pays. J’ai beaucoup réfléchi pendant cette période. En revenant, nous nous sommes installés à Boston et j’ai assisté à un symposium sur l’autisme organisé au MIT. Pendant la conférence, je portais des Google Glass. C’est à cet instant que j’ai réalisé qu’elles pouvaient constituer un excellent outil pour les enfants autistes, qui peinent à créer un contact visuel », raconte-il, les Google Glass sur le nez, lors d’une interview accordée à l’occasion de la conférence EmTech.

D’après ce neuroscientifique, les Google Glass sont beaucoup plus pertinentes qu’une application sur mobile ou sur tablette parce qu’elles permettent d’engager l’enfant avec son environnement. « Avec une tablette, l’enfant va rester concentré sur l’écran et se renfermer », note-t-il. Il décide donc de modifier les Google Glass en ajoutant un module supplémentaire doté d’un processeur et une partie logicielle spécifique pour donner plus de flexibilité à l’outil. « Cela nous permet de traiter plus de données en temps réel et de les chiffrer. En fait, nous voyons les Google Glass comme un simple ordinateur pour, ensuite, développer les fonctionnalités de notre choix », résume-t-il.

Des algorithmes pour comprendre le comportement de l’enfant

La start-up a misé sur l’aspect ludique pour encourager les enfants à créer un contact visuel avec leur entourage. Une petite pastille représentant un héro de dessin animé s’affiche ainsi sur le visage de l’interlocuteur pour attirer le regard de l’enfant. Si celui-ci regarde effectivement dans la bonne direction, il obtient un point. Pour l’aider à comprendre les expressions faciales, les lunettes, dotées d’un système de vision par ordinateur, lui proposent de choisir entre deux émotions lorsqu’il regarde une personne. L’enfant doit alors incliner sa tête d’un côté ou de l’autre pour indiquer son choix.

Le dispositif permet également de prédire si l’enfant est sur le point de faire une crise grâce à l’analyse en temps réel des données issues de différents capteurs qui mesurent les basculements de l’enfant, le clignement de ses yeux ou encore sa respiration. Enfin, le logiciel apprend à comprendre le comportement de son utilisateur et évolue en fonction de ses progrès grâce à des algorithmes de Machine Learning.

Bientôt une campagne Kickstarter et des premiers essais cliniques

Pour l’heure, le dispositif a été testé par environ 200 enfants. Ned T Sahin compte, à présent, lancer une campagne de financement participatif sur Kickstarter pour permettre aux familles concernées de se procurer cet outil pour environ 2 000 dollars (Google Glass, accessoire et logiciel compris). « L’objectif est d’obtenir leur retour, pour apporter les ajustements nécessaires et continuer à développer notre solution », explique le professeur. Pour comprendre les besoins spécifiques des enfants autistes, Ned T Sahin et ses équipes ont d’ailleurs parcouru les Etats-Unis en camping-car l’été dernier pour rencontrer les patients et leur famille.

Brain Power

Brain Power prévoit également de commencer, dès le début de l’année 2016, ses premiers essais cliniques en partenariat avec différentes universités et le Massachusetts General Hospital de Boston. « Nous aimerions mener ses essais sur 500 à 700 enfants aux Etats-Unis », précise l’entrepreneur. A plus long terme, le dispositif pourrait être décliné pour aider d’autres types de patients touchés par des problèmes comme l’hyperactivité et des lésions cérébrales. Les malades d’Alzheimer et de Parkinson pourraient également être concernés.

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