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La sortie de crise en quatre temps par le président du conseil de surveillance de Bayard Presse

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Tribune Ghislain Lafont, président du conseil de surveillance de Bayard Presse et des Entretiens de Valpré appelle les politiques à cesser de ne penser qu'au court terme et à faire preuve de davantage de transparence. Il appelle les média à davantage d'analyses et de profondeur. Il appelle les patrons à élever la voix pour faire aimer leurs entreprises. Ainsi se fera, selon lui, la sortie de crise.

La sortie de crise en quatre temps par le président du conseil de surveillance de Bayard Presse © D.R.

Beaucoup de littérature et de réflexions de tous horizons tentent de répondre à la question de la gestion de la crise, dont on ne sait pas bien comment la prendre. Je voudrais y contribuer, très modestement, par quatre repères : le rapport au temps, les faits, le courage de la vérité et le travail.

Quel rapport au temps avons-nous dans la société aujourd’hui ?

Demain on rase gratis ? Après moi le déluge ? C’est de l’immédiateté du court terme dont nous sommes victimes par une spirale infernale dont nous sommes complices aussi. Même sans le savoir. Nous oublions que nous sommes les acteurs de notre propre changement et que nous devons remettre le temps à l’honneur. Du temps court au temps long.

Dans une entreprise, pour bien gérer, on raisonne en plan moyen terme pour anticiper des tendances et réagir. Même si c’est bien compliqué de prévoir aujourd’hui. C’est lorsque nos élus nationaux, de tous bords, auront compris qu’ils n’ont plus d’autre choix que de projeter au-delà de leurs échéances électorales égoïstes, alors les choses pourront commencer à évoluer.

Quelle vision à long terme ? Qu’est ce qui compte pour nous ? Avons-nous conscience de notre poids dans les décisions et les évolutions ? C’est nous qui élisons nos représentants et leurs déléguons le vote des lois. Quelles sont nos priorités dans nos actions et nos décisions, que nous soyons en activité ou en retraite ?

On rachète du temps en urgence. Les marchés et les Bourses passent leur temps à perdre leur sang froid et évoluent en fonction des annonces micro ou macro économiques. Et il n’existe aucune entente réelle entre les Etats. Ou en tous cas, loin d’être optimisée. Il faut sortir du court terme et s’engager dans une révolution mentale drastique de travailler en profondeur avec les Etats européens pour une politique coordonnée dans la durée.

C’est bien de la recherche d’un leadership économique commun dont il est question. Nous le faisons déjà avec Airbus et savons le faire sur d’autres secteurs industriels, comme la pharmaceutique, etc. Le courage de prendre les décisions difficiles et nécessaires pour purger et rebâtir sur de nouvelles bases devrait être la feuille de route des gouvernements et du nôtre actuel en particulier.

Les faits et les chiffres sont têtus

La dette française représente près de 80% du PIB (63,7% en 2006). La croissance française est au point mort. On parle de 0,1% ou 0,2% de taux de croissance. Le PIB stagne. L’investissement des entreprises recule au fil des ans et l’investissement public régresse.

Le gouvernement continue de miser sur une croissance positive et cette tendance "n’est pas remise en cause". Le président Sarkozy, il y a moins d’un an, proposait d’inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits publics à partir de 2012. Martine Aubry promettait de laisser la retraite à 60 ans si elle était élue en 2012. Le gouvernement Hollande pare au plus pressé et ne sait plus où donner de la tête.

On nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Certains osent encore affirmer que la France résiste mieux que ses voisins (Italie, Grèce, Espagne, Portugal, etc.) alors que l’Allemagne caracole en tête. Discours électoraliste. Clientéliste ? Qui est dupe ?

Certains médias, tous supports confondus presse, radio, tv, internet, amplifient, annonent les dépêches AFP, ce qui en rajoute à l’ambiance anxiogène que nous connaissons particulièrement en ce moment. Un quotidien comme La Croix voit sa diffusion augmenter paisiblement dans un contexte de baisse généralisée de pratiquement tous ses confrères. La diffusion qui augmente c’est le juge de paix du rédacteur en chef et du propriétaire. La recette, pas facile, est bien d’aider le lecteur à chercher à comprendre, expliquer, prendre du recul et ne pas forcément plaire.

C’est le courage de la vérité dont nous avons besoin.

De dénoncer en construisant, en proposant et en expliquant sont les chemins de traverses qu’il nous faudra emprunter. Nous avons trop tendance à nous comporter comme des machines à dire non. Aujourd’hui notre pays manque cruellement d’investissements de production qui créent de la valeur ajoutée, c’est-à-dire du PIB. Quels discours politique osent le dire et le faciliter en profondeur, hormis des effets d’annonce électoralistes en fonction des échéances qui n’arrêtent pas de se succéder ?

Ayons le courage de ne pas nous taire, nous chefs d’entreprise. C’est là une de nos plus belles missions. Là où nous sommes placés. Par notre rôle social dans nos entreprises. Faisons aimer nos entreprises par nos salariés et commençons par les aimer eux-mêmes. Ils nous le rendront. L’exemple vient d’en haut. A nous d’avoir le courage de proposer des nouvelles pistes et de lutter contre le prêt à penser, le fatalisme. Si français par moment. Alors que nous avons toutes les cartes en main.

Repenser notre rapport au travail

Le travail c’est la santé disait Henri Salvador. Quels rapports au travail, à la production, à la compétitivité, avons-nous et pouvons-nous remettre en cause pour nous-mêmes d’abord et pour ceux et celles qui nous été confiés ? On ne parle que des retraites et des RTT alors qu’une partie de la jeunesse est au chômage. Quel appétit au travail aujourd’hui proposons-nous aux jeunes ? à part le "Care", l’économie du bien être ? Pas très motivant pour un jeune de 25 ans qui a l’avenir devant lui et qui ne devrait rêver que d’une chose : se dépasser. A nous de lui en donner les moyens.

C’est l’innovation de la  technologie, de la recherche et du management de la pyramide inversée, qui débouchent sur la production et la croissance : Airbus, Michelin, Alsthom et ses TGV, Dassault, Lafarge et bien d’autres le prouvent. Notre pays doit poursuivre sa démarche innovante industrielle, qui créera de l’activité et donc de la croissance. Si l’Etat nous facilitait la vie par moins de règlements, de taxes ou de codes décalés par rapport à l’évolution à la fois du monde, des mentalités et du contexte interconnecté par le numérique envahissant et incontournable.

L’Inde, la Chine, le Brésil et autres pays émergents dans le sud est asiatique nous encerclent par leur travail et leur détermination. Et surtout leur volonté, leur flexibilité et leur ténacité. Sans oublier leur fierté. Oui, aimons la France, notre pays. Et nous dans notre vieille Europe pouvons nous encore être enthousiaste et optimiste ? Oui en nous faisons confiance, à nous-mêmes d’abord et dans ceux qui nous entourent. Prenons du recul pour mieux agir dans le long terme et mutualisons nos forces par nos syndicats professionnels nos différentes unions par métier, par secteur et par marché.

La valeur travail doit être remise en première priorité de discours et d’objectifs : politique, économique, éducation (école, université). Et non notre civilisation de loisirs avec nos 35 heures qui vont à l’encontre des objectifs à atteindre. Quel gouvernement aura le courage de le dire, sans pour autant revenir drastiquement en arrière ? Mais en adaptant la loi, par métier, par activité, par entreprise, etc. Pourquoi tant de sujets tabous dont on a à peine le droit de parler sous peine d’être taxé de réactionnaire ?

Sommes-nous bien armés politiquement pour faire face au défi de la crise ? En Angleterre une nouvelle génération de politique prend les manettes. A quand la nouvelle génération des 40/45 ans en France, qui oserait nous emmener dans des directions plus exigeantes et donc plus rentables à terme ?

Je rêve que les médias au sens large, et surtout la télévision, développent leur rôle d’informations critiques, vérifiées et analysées, leur engagement au service du bien commun et non du voyeurisme stérile qui flatte l’audimat. Et fassent aimer l’entreprise ! Et surtout soient le relai d’une volonté et d’une ambition des politiques et des chefs d’entreprise, pour entrainer  notre pays à se dépasser pour aller plus haut, plus fort, plus loin.

Impossible n’est pas français ! Aimons la France !

Ghislain Lafont

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