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"La solution à la crise de la dette : un grand emprunt à l’échelle internationale"

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Entretien La crainte d'une contagion de la crise de la dette en zone euro à l'Espagne et à l'Italie se fait de plus en plus vive. De manière concomitante avec celle des Etats-Unis. Des crises qui pourraient être endiguées par l’instauration d’un grand emprunt de grande ampleur, selon Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE et co-auteur du "Manifeste d’économistes atterrés : crise et dettes en Europe".

La solution à la crise de la dette : un grand emprunt à l’échelle internationale

L'Usine Nouvelle - Aujourd’hui nous parlons de crise de la dette aux Etats-Unis et dans certains pays européens. Ces crises sont-elles comparables ?
Henri Sterdyniak - Les situations des dettes européenne et américaine ne sont pas assimilables. Les Etats-Unis ont eu une croissance vigoureuse les années précédant la crise de 2009 basée sur les bulles financière et immobilière. Aujourd’hui, ils sont obligés de financer leur croissance par la dette publique. Leur force réside dans le fait qu’ils peuvent faire appel à la Banque fédérale (Fed) qui produit de la masse monétaire pour financer ce déficit. La seule limite est la constitution qui impose au gouvernenment un plafond. C’est cette loi que les Républicains ont utilisée pour obliger le gouvernement à baisser les dépenses publiques.

Pour les pays de la zone euro, la situation est différente. Les pays n’ont plus le pouvoir de création monétaire depuis l’adoption de l’euro. Nous avons une monnaie commune mais pas de politique monétaire commune. Et les pays du nord ont des excédents et ceux du sud ont des déficits. Il y a une seule monnaie mais des situations diamétralement opposées.

Il y a néanmoins un point commun entre les Etats-Unis et les pays endettés de l’Union européenne. Ils ont besoin de dettes pour soutenir leur activité. Cela génère des inquiétudes sur le marché financier. Alors pour les rassurer, les gouvernements doivent réduire leurs dépenses publiques, ce qui engendre souvent une baisse de l’activité et des inquiétudes sur les marchés. 

Les industriels des pays endettés sont-ils touchés ?
Les industriels se retrouvent dans une situation de très grande insécurité. Ils suspendent leurs décisions d’investissement et d’embauche. Ces crises des dettes nationales peuvent provoquer d’un instant à l’autre une forte variation des taux de change. En plus de cette volatilité, les banques peuvent ne plus être en capacité de payer. Enfin, l’effondrement des cours en bourse n’est pas propice au développement de la consommation et la demande en biens manufacturés n’est pas assurée.

Le problème de fond pour moi vient de la dérive spéculative des investissements. Des pays ont décidé de générer des excédents. Or le moyen le plus sûr et le plus liquide est de les placer et d’acheter des dettes nationales. Ceux qui détiennent les fonds, comme la Chine, les pays nordiques, les pays de l’Opep, l’Allemagne ou même les fonds de pensions, n’investissent pas dans des actifs productifs (des investissements, Ndlr). A l'inverse, ils choisissent des actifs financiers beaucoup plus liquides et plus sûrs. Ils ne veulent pas prendre de risques.

Ce qui signifie que la crise est endémique à un système financier que vous jugez défaillant ?
Exactement. Bien sûr, elle est liée à la crise des subprimes car les Etats ont dû s’endetter pour soutenir leur activité malgré la récession. Mais c’est surtout une crise endémique de la globalisation financière. Il y a déjà eu la crise des dettes des pays de l’Amérique latine quand les pays arabes détenteurs de pétroles ont accepté de leur prêter. Puis il y a eu celle des pays asiatiques. Et c'est aujourd’hui le tour de l’Europe du sud et des Etats-Unis.

C’est toujours le même scénario. Au début, c’est du gagnant-gagnant. Les excédentaires placent leur argent et les pays qui empruntent peuvent financer leurs activités. Mais la lune de miel de la dette prend fin au moment où il y a un doute émis sur la solvabilité du débiteur. On se rend compte que la dette risque de ne pas être remboursée. C’est exactement ce qui s’est passé, dans une autre mesure, avec les ménages américains concernant les crédits des subprimes. On leur a prêté car le taux rapportait beaucoup. Chacun y trouvait son compte, jusqu’à la fin de la lune de miel.

Quelle serait la solution pour sortir de ce cercle vicieux ?
La solution pourrait être de faire un grand emprunt à l’échelle internationale, en commençant par l’Union européenne. Le vice du système est que les créanciers préfèrent des actifs liquides. Ils sont tout aussi responsables que leurs débiteurs de la crise qui arrive. Et on pourrait pallier ce choix court-termiste en encourageant les pays excédentaires à placer dans des investissements productifs plutôt que dans des produits financiers.

Par exemple, le grand emprunt français va dans la bonne direction. Il annonce une transformation nécessaire de l’appareil productif français en finançant l'investissement. Même s’il s’agit d’un emprunt, il est placé dans des projets rentables qui devraient rapporter financièrement et qui préparent le système productif pour l’avenir. On pourrait proposer un dispositif semblable au sein de l’Europe. Ceux qui souhaitent rester excédentaires pourraient placer leurs actifs dans un grand emprunt finançant des projets d'entreprises des pays membres de l’Union, ce qui leur rapporterait et stimulerait la croissance européenne de demain.

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1 commentaire

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03/08/2011 - 16h28 -

La solution au surendettement est-elle réellement de contracter encore plus de dettes? La vraie solution aux crises des dettes, en Europe comme ailleurs, est d'abord l'orthodoxie budgétaire. Quand on sait que la France récupère environ 350 milliards de recettes annuelles et en dépense 550, on se doute bien que ce système n'est pas durable.
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