Kinéis lève 100 millions d’euros pour créer la première constellation française de nanosatellites

Kinéis a annoncé le 3 février une levée de fonds de 100 millions d'euros. Créée en 2018, cette jeune entreprise française veut lancer dès 2022 la première constellation française de nanosatellites.

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Kinéis lève 100 millions d’euros pour créer la première constellation française de nanosatellites
Kinéis a été créé en septembre 2018 par CLS (Collecte Localisation Satellites).

Il n'y a pas que les Américains dans le secteur des nanosatellites. Basé à Toulouse (Haute-Garonne), Kinéis espère aussi placer en orbite une constellation dédiée à l'internet des objets. Pour atteindre cet objectif, la jeune entreprise française a annoncé lundi 3 février une levée de fonds de 100 millions d'euros.

CLS reste l'actionnaire de référence

L'entreprise a réalisé cette levée de fonds auprès de partenaires publics et privés, dont CLS (Collecte Localisation Satellites), l’opérateur historique du réseau de balises Argos qui avait créé en septembre 2018 Kinéis. On retrouve parmi les autres investisseurs le Centre national d’études spatiales (CNES), Bpifrance (via le fonds "Sociétés de projets industriels"), la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), le groupe Thales, BNP Paribas Développement, l'entreprise toulousaine Hemeria, et d'autres partenaires industriels et financiers".

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CLS avait déjà apporté 25 millions d’euros d’actifs à la création de la société. À l'issue de cette nouvelle levée de fonds, l'opérateur reste l’actionnaire de référence avec 32 % du capital, contre 26 % pour le CNES et 20 % pour BpiFrance. Les parts des industriels et des investisseurs privés - dont Thales, Hemeria, Celad et BNP Développement - varient entre 1 % et 5 %.

CLS vient pour sa part de passer sous le contrôle de la société belge d’investissement CNP.

Lancement de la constellation prévu en 2022

Kinéis est depuis juin 2019 le nouvel opérateur, pour le compte du CNES, du système Argos de collecte de données et de localisation de balises dédié à l'étude et à la protection de l'environnement. Le réseau Argos s’appuie sur sept satellites actuellement en orbite. Actuellement, environ 8 000 balises Argos sont utilisées dans le monde pour le suivi d'animaux, 4 000 pour celui des bateaux de pêche et 5 000 équipent des bouées pour des programmes d'océanographie et de climatologie.

Cette flotte est complétée par l’instrument Argos-Neo embarqué à bord du nanosatellite toulousain Angels qui a été lancé le 18 décembre 2019. Dix fois plus léger (1,5 kg) et trois fois plus économe en énergie pour les mêmes fonctionnalités que la génération précédente, l'Argos-Neo intégrera la constellation de 25 nanosatellites Kinéis qui sera lancée fin 2022.

En 2019, Kinéis - qui emploie 25 personnes - a réalisé un chiffre d’affaires de près de 5 millions d’euros.

"Le système Argos va se démocratiser"

"Grâce à la connectivité apportée par Kinéis, au coût et à la consommation plus faible, le système Argos va se démocratiser", a déclaré à Reuters Christophe Vassal, président du comité de surveillance de Kinéis et président de CLS. "Jusqu’ici réservée aux institutions et aux élites, cette technologie va devenir accessible au plus grand nombre notamment parce que les émetteurs, miniaturisés, et le service mensuel seront moins chers", poursuit-il.

"Là où on suivait un renne et quelques bateaux de course, on va pouvoir suivre des troupeaux entiers et équiper tous les plaisanciers qui le souhaitent, prédit Christophe Vassal. Les 25 satellites de la constellation vont nous permettre de traiter 100 fois plus de balises qu’aujourd’hui pour parvenir à quelque 2 millions d’objets connectés."

L'entreprise assure déjà avoir noué des "partenariats commerciaux" et "rempli son carnet de commandes" avec des industriels tels que Bouygues Telecom, Suez et la société Arribada.

Le projet se veut "exemplaire sur l'aspect environnemental"

Première constellation française et européenne dans le "New Space", Kinéis sera développée à Toulouse par Thales Alenia Space. L'entreprise franco-italienne sera aussi responsable des stations sols, du centre de mission et du développement des charges utiles avec la société française Syrlinks. De son côté, l'entreprise française Hemeria assurera la construction des plateformes satellites et l'intégration des charges utiles dans les satellites. La construction des satellites se déroulera à Toulouse, dans les locaux de Hemeria.

La levée de fonds va financer la construction des 25 nanosatellites, de 20 stations au sol et de l’infrastructure informatique de pilotage de la constellation, de traitement et de distribution des données. Chaque satellite doit peser 25 kilos. Ils seront équipés d'un système de propulsion électrique pour sécuriser les désorbitations en fin de vie et éviter d'éventuelles collisions. "Le projet se veut exemplaire sur l’aspect environnemental avec des nanosatellites qui, au-delà de respecter la loi sur les opérations spatiales, ont pour objectif de de ne pas créer de débris spatiaux", fait valoir Kinéis.

L’industrialisation des 25 satellites devrait démarrer fin février pour un premier tir de lancement de quatre ou cinq satellites au premier semestre 2022. La totalité de la constellation devrait être mise en orbite fin 2022.

Avec Reuters (Johanna Decorse, édité par Bertrand Boucey)

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