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L'Usine Agro

La Russie inonde la planète de blé

Franck Stassi , , , ,

Publié le

En route vers un nouveau record de production de céréales, la Russie, premier exportateur mondial de blé depuis trois ans, multiplie les succès commerciaux. Ses difficultés logistiques pénalisent cependant le secteur.

La Russie inonde la planète de blé
En 2001, la Russie est de nouveau devenue un exportateur net de blé. En 2015, elle s'est hissé au rang de premier exportateur mondial.

Qui l’eût cru ? Longtemps marquée par des soubresauts en termes de régularité, avec une alternance de campagnes soit très bonnes soit très mauvaise, la production de céréales dans la région de la mer Noire n’a cessé, ces dernières années, de grimper sous l’impulsion des agriculteurs russes, dont la moisson devrait osciller cette année, selon les estimations de Louis Dreyfus Commodities, entre 129 millions de tonnes (Mt), un niveau record atteint en 1978, et 130 Mt. 85 Mt de blé, 20,2 Mt d’orge et 13,2 Mt de maïs seraient récoltées à l’issue de la campagne 2017-18.

Les chiffres réunis par le courtier sont tous plus impressionnants les uns que les autres : en dix ans, les exports céréaliers russes ont progressé de 270%. En 2017-18, la Russie devrait représenter 23,1% des exports mondiaux de blé, sur un total 152 Mt. Depuis six ans, la progression semble inexorable : 8,9% du volume mondial exporté en 2012-13 (lors d’une campagne à faible production), 13,3% en 2013-14, 15,2% en 2014-15, 17,7% en 2015-16, 17,8% en 2016-17… Des quantités qui prennent principalement la direction de l’Egypte (18% des volumes de blé, d’orge et de maïs exportés), devant la Turquie (15%). "La tendance haussière va continuer avec une production agricole en hausse de 10 à 15 Mt dans les dix prochaines années en fonction de la hausse de la production de maïs", a observé Maria Mozgoyava, trader chez Louis Dreyfus Company et responsable du terminal portuaire d’Azov, inauguré en mai 2017, lors d’une session d’information organisée le 21 mars à Paris par France Export Céréales.

Des taux de protéines élevés

Ces performances sont aussi liées aux qualités produites dans le Sud, le Centre, la Volga, l’Oural et même en Sibérie. "L’arrivée du blé russe a permis de bénéficier d’un taux de protéines bien plus important que ce qu’offre le blé français. Si on trouve du blé compris entre 11,5% et 12,5% de protéines, on peut se permettre de l’utiliser sans problème à 100%. Toutefois, sur le blé russe, l’hétérogénéité pèse, tout comme la dureté, qui tend à renchérir le coût de l’énergie", précise Rachid Chamcham, directeur du développement de la Fédération nationale de la minoterie du Maroc. Au Sénégal, le groupe de négoce et de courtage Olam, qui importe chaque année 120 000 tonnes de blé dans le pays, est passé à un approvisionnement 100% russe chaque année. En Egypte, sur 21 entreprises sous contrat avec le Gasc, l’autorité publique en charge des céréales, 18 utilisent du blé russe. Sa dureté est notamment appréciée pour la fabrication de pâtes alimentaires, effectuée à 95% à partir de blé tendre.

La logistique à la traîne

Pourtant, tout n’est pas rose dans ce scénario. "Les coûts logistiques vont progressivement baisser dans les prochaines années", espère Maria Mozgoyava. Côté logistique intérieure, 60% des silos ont été construits il y a plus de trente ans et ne respectent pas les normes actuellement en vigueur. La moitié des capacités de stockage se trouvent dans les fermes. Pour l’acheminement des marchandises, le secteur routier (55,9% des volumes transportés) souffre de son atomisation. Le transport par rail (44,1% des volumes) pâtit quant à lui d’une pénurie de wagons. Il y a dix ans, 33 000 étaient disponibles. En 2010, ce chiffre a baissé à 28 000 wagons, et à 20 000 wagons en 2015. La faute au vieillissement du matériel et à l’usage de trains comme outils de stockage. Certains acteurs privés investissent toutefois dans la modernisation des ports pour traiter plus efficacement les céréales prêtes à quitter le pays.

Une situation qui n’a pas échappé à Pierre Duclos, directeur du trading chez Lecureur et président du Syndicat national du commerce d’exportation des céréales : "la proximité géographique des hinterlands et notre façade maritime qui dispose d’une forte capacité logistique sont des atouts majeurs en France. Nous disposons de quatre grands ports Panamax, contre deux en Russie. Nous pouvons exporter 3,6 Mt par mois, contre 2 Mt en Russie". Il en appelle aux pouvoirs publics pour amplifier leurs efforts afin de promouvoir la filière céréalière française.

 

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