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La ruée vers l'or numérique

Publié le

Enquête L'open data français est en marche. Et avec lui, tout un écosystème économique. En Europe, ce marché est évalué à 34 milliards d'euros.

La ruée vers l'or numérique peut commencer ! Après le lancement, en décembre 2011, du portail data.gouv.fr, l'équipe d'Etalab, chargée par le Premier ministre François Fillon d'organiser la mise à disposition sur internet des données publiques de l'État, vient d'inaugurer son dispositif Data Connexions. Le site permet à qui le veut - développeurs, entreprises, associations - d'accéder aux 350 000 jeux de données publiques issus de 75 administrations, quatre établissements publics et quatre collectivités territoriales. Et ce n'est qu'un début. « L'ouverture des données est un enjeu de compétitivité », a expliqué Séverin Naudet, le directeur d'Etalab, lors du lancement de data.gouv.fr. Les villes de Rennes et Montpellier ou le département de Saône-et-Loire l'ont bien compris. Depuis plus d'un an, ces collectivités publiques ont ouvert les vannes, quelques mois après les pionniers en ce domaine, américains et britanniques.

Avec l'open data, on assiste à l'émergence de tout un écosystème dans l'Hexagone. Le principe de l'open data, qui consiste à rendre accessible à tous, en ligne, certaines informations détenues par les institutions et les collectivités, peut être une source de business. Les revenus fiscaux de l'État, les budgets municipaux, les listes de sites classés ou de bâtiments accessibles aux handicapés, par exemple, se révèlent de vraies pépites pour ceux se donnent la peine de les récolter, analyser et valoriser (création de services, d'applications mobiles). À lui seul, le marché de la réutilisation des informations publiques aurait déjà généré 34 milliards d'euros dans l'Union européenne en 2011, selon un rapport de la Commission européenne. D'après ce document, il connaît une croissance annuelle de 7 %. Quant aux impacts directs et indirects sur l'économie européenne, ils s'élèveraient à près de 140 milliards d'euros par an.

De la transparence des pouvoirs publics...

Data Connexions, les nouveaux redez-vous de l'Open Data
Une communauté Pour créer de la valeur, le portail de données publiques data.gouv.fr a besoin d'un écosystème. Pour le développer, Séverin Naudet, le directeur d'Etalab, a lancé mi-février une communauté, Data Connexions. Composée à l'origine d'une trentaine de partenaires privés (éditeurs, opérateurs, écoles...), elle est ouverte à tous. Une plate-forme En attendant les API de data.gouv.fr, ces petits programmes qui serviront à se connecter directement aux jeux de données du portail, la communauté Data Connexions disposera d'une plate-forme électronique pour centraliser les échanges et les projets (services, outils) autour de data.gouv.fr et de l'open data français. Des événements Durant l'année 2012, Data Connexions organisera quatre concours. Les lauréats seront sélectionnés par un jury de professionnels et pourront présenter leurs projets d'open data lors de quatre grands événements publics financés par l'un des grands de la communauté. Premier appel à candidature fin février.

 

Pourtant, pour l'instant, l'open data est surtout l'apanage d'institutions ou de collectivités locales, et vise principalement à apporter plus de transparence sur le fonctionnement des institutions. Sa rentabilité n'est pas un objectif prioritaire. Reste que ces administrations deviennent les premiers maillons d'une nouvelle chaîne de valeur qui se met progressivement en place. L'émetteur de données choisit, trie, formalise a minima les informations qu'il livre ensuite aux internautes. « Une activité de service se créera forcément autour de l'accompagnement de ces collectivités qui publient leurs données », prédit François Bancilhon, le fondateur et PDG de Data Publica, plate-forme de traitement de l'open data.

En fait, deux catégories d'acteurs sont en train d'apparaître. Ceux qui traitent et mettent en forme les données, et ceux qui les exploitent pour inventer de nouveaux services. Les premiers repèrent et récupèrent les pépites dans la masse des données ouvertes, les rendent accessibles au plus grand nombre et en extraient la substantifique moelle. Outre la transformation des fichiers d'origine - souvent des tableurs ou des documents PDF - en formats plus lisibles, ils réalisent un premier traitement des données à l'aide de robots d'indexation ou d'outils de traduction des données brutes dans un langage compréhensible par chacun. Ils ne développent que rarement leurs propres outils, leur valeur provenant surtout de l'interprétation des données. Data Publica fabrique ainsi des jeux de données sur mesure pour ses clients. Il a établi une base des appels d'offres publics français à partir de 8 000 sources environ. Il propose également un annuaire public de l'open data dans lequel il a aspiré le contenu de data.gouv.fr et d'Eurostat.

D'autres start-up se concentrent sur l'une des étapes essentielles du processus : la visualisation des données. Elles combinent des compétences d'analyse et de mise en forme graphique des contenus. Tri, contextualisation, hiérarchisation, visualisation riche et incarnée... La journaliste Karen Bastien, cofondatrice avec un infographiste de WeDoData, définit son activité en termes de « design d'informations ». Pour l'instant, ce sont de petites entreprises ou des médias, souvent des agences de communication, qui se tournent vers ces prestations.

...au marché des services

L'autre branche d'activité qui émerge avec l'open data s'articule autour des services liés aux transports, à l'énergie, à l'accessibilité, au logement... Un écosystème de start-up si prometteur que l'ancien directeur des systèmes d'information de Barack Obama, Vivek Kundra, a conseillé aux investisseurs de s'y intéresser de très près. Dans un texte paru en janvier, il évoque le site Zillow (immobilier) valorisé 1 milliard de dollars ou encore Garmin (cartographie pour GPS) et sa capitalisation de 7,24 milliards de dollars. « Autant d'entreprises qui se sont bâties à partir des données brutes de l'administration », rappelle-t-il. En France, les services sont encore souvent créés par des associations ou des individus. À l'instar de Handimap, un outil d'aide à l'accessibilité, à Rennes, ou de Boussole, un guide de la mobilité douce, à Montpellier. Mais Jean-Marie Bourgogne, le directeur du programme Montpellier Territoire numérique, cite ce dernier comme l'illustration d'un nouveau type d'entreprise hybride : l'association Mandarine et la société Modulaweb, qui ont réuni leurs compétences sur le projet Boussole, s'apprêtent en effet à créer une troisième structure spécialisée dans l'open data.

Quant aux géants de l'informatique, SSII ou éditeurs de data mining (exploration de données), ils restent à l'écart. « Les éditeurs du big data ne seront pas intéressés. Le nombre de fichiers disponibles est trop faible, estime Henri Verdier, le directeur de la start-up MFG Labs. Néanmoins, l'open data bénéficiera, à n'en pas douter, des innovations en cours dans le big data, en particulier autour de l'algorithmique. » Jean-Marie Bourgogne ajoute que les éditeurs des environnements du data mining, de même que Microsoft ou Google, ne comprennent pas suffisamment la démarche de l'open data : découvrir des tendances nouvelles à partir d'une masse de données non défrichées. Selon lui, ils cherchent ce qu'on leur demande de trouver. Ils s'engagent pourtant en parrainant des concours d'innovations, comme celui de Data Connexions [lire l'encadré page 30]. Car l'open data, n'est pas une fin en soi. C'est dans l'hybridation avec d'autres données - privées, issues des réseaux sociaux... - que résidera sa valeur ajoutée.

Mais extraire et valoriser ces données publiques n'est pas si simple. Il faut tenir compte de sujets sensibles : respect de la vie privée, problèmes de formats de fichiers, qualité des données, licences... Des points sur lesquels réfléchissent les membres de la toute récente chaire de l'Institut Télécom sur les données personnelles. « Il faut quand même se lancer. Il existe de nombreux jeux de données de qualité, déjà exploitables », rassure François Bancilhon. En tout cas, rien n'arrêtera cette ruée vers l'or numérique. D'autant que de nombreux gisements restent à explorer.

Les pionniers français de l'open data
Data Publica, le façonneur Née en 2011, cette start-up parisienne trouve les données publiques dont les entreprises ou les institutions ont besoin, les transforme dans un format directement accessible et leur applique un premier niveau d'analyse. Elle gère aussi en ligne un annuaire des données disponibles en France. WeDoData, le designer La journaliste et l'infographiste qui ont fondé cette pépite à Paris éditorialisent et mettent en forme les données publiques ou privées. Ils s'efforcent de trouver les représentations graphiques les plus pertinentes aux tendances qu'elles révèlent. OpenDataSoft, l'hébergeur La société propose aux collectivités qui veulent créer leur portail d'open data des outils prêts à l'emploi, en mode locatif. Ses clients installent leurs fichiers dans un cloud avant de les analyser puis de les publier. KelQuartier, le service Sur le site kelquartier.com de la start-up éponyme, les internautes choisissent leur futur quartier d'habitation en fonction de plusieurs paramètres : transports en commun, logement social, attrait touristique, etc. La start-up pioche dans quelque 400 sources différentes.

 

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