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La révolte douce des salariés

Christine Kerdellant

Publié le

Vidéo L'éditorial de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

La révolte douce des salariés
Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.
© DR

Au beau milieu du hall le plus connecté de Global Industrie, une petite annonce comme celles des baby-sitters sur les portes de boulangerie était scotchée, côté allée, sur la paroi du stand d’Igus, leader mondial des systèmes de chaînes porte-câbles : "Igus recrute : un assistant logistique H-F, un assistant commercial H-F, un comptable H-F, un technico-commercial région Normandie H-F, un technico-commercial région Paca H-F. Déposez vos CV sur le stand."

A l’heure des Monster, LinkedIn, Apec ou Leboncoin.fr, sur ce salon XXL où toutes les marques alignaient la semaine dernière leurs équipements numériques ultra-smart, les vieilles méthodes reprenaient du service. Le manque de compétences est désormais une préoccupation si lancinante que les 2 700 exposants auraient tous pu y aller de leur affichette.

Malgré un taux de chômage double de celui de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, les entreprises françaises souffrent de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Notre chômage est, on le sait, "structurel", car lié aux dysfonctionnements du marché : la France ne forme pas les gens dont elle a besoin. Pourtant ne laissez pas entendre, devant des fonctionnaires de l’éducation nationale, que le système éducatif devrait mieux s’adapter aux besoins des entreprises, vous vous feriez traiter "d’adéquationniste"

Pour les économistes, cette pénurie de main-d’œuvre aurait dû entraîner des pressions sur les salaires : les salariés devraient faire jouer la loi de l’offre et de la demande pour obtenir davantage, ou changer de job pour être mieux payés ailleurs. Force est de constater qu’à quelques secteurs près (traditionnellement, l’informatique ou l’internet), ce n’est pas le cas. Est-ce la concurrence, réelle ou fantasmée, des robots, ou les habitudes de frilosité prises pendant les années difficiles ?

Au moment où la croissance est de retour, cette stagnation des salaires provoque déjà des tensions sociales. Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, et la journaliste Marie-Paule Virard en explicitent les raisons dans leur dernier opus "Et si les salariés se révoltaient ?" : les humains ont peur d’être "débranchés" par des machines ; la rente liée à l’augmentation de la productivité qui en découle est captée par le capital ; la mondialisation lamine les classes moyennes occidentales ; la "winner-take-all-society" (la société où le gagnant rafle tout) fait des ravages et accroît les inégalités de revenu ; le prix de l’immobilier est une injustice invisible mais tout aussi mortifère ; l’absence d’avenir radieux pèse sur la psyché collective… Et de rappeler que même le FMI s’inquiète d’une "inégalité excessive qui compromettrait la cohésion sociale conduisant à un affaiblissement de la croissance économique".

Tout cela peut mener à une révolte violente ou une révolte douce : dans la première hypothèse, nous assistons à un mai 68 des salaires, fulgurant et corrosif. Dans la seconde, la capacité à vivre ensemble de notre démocratie se dégrade, et les populistes sont peu à peu portés au pouvoir. Préférez-vous la peste ou le choléra ?

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