Economie

La reprise menacée par la dette

Christophe Bys

Publié le

La reprise menacée par la dette © REUTERS

La dette et les amnésiques

Après la chute de Wall Street en 2008, dans le sillage du krach des désormais célèbres subprimes, de nombreuses voix s’étaient félicitées de la sagesse qui prévalût alors. Les banques centrales avaient tiré les leçons de l’expérience de 1929, disait-on. A l’effondrement du cours des actions, elles n’ajoutaient pas un resserrement du crédit aux conséquences forcément récessives. La politique économique post krach avait tiré cette leçon : gare aux remèdes qui aggravent le mal en croyant le résorber !

La frénésie de désendettement massif, rapide et brutal qui prévaut en Europe depuis quelques jours indique que les leçons d’il y à peine 2 ans ont déjà été oubliées. Souvenez-vous des éditos qui parlaient du retour à Keynes, de la main reprise par le politique sur les marchés... A peine 20 mois plus tard, les Etats européens réduisent leurs dépenses – ou plutôt annoncent qu’ils le feront – sous la pression des marchés justement et le désendettement est devenu le seul horizon de la politique économique, quels qu’en soient les conséquences. Qu’il faille réduire la dette n’est guère contestable, le rythme du désendettement paraît autrement plus sujet à discussion.

Le taux d’endettement des Etats rapporte la dette au PIB, sibien que la spectaculaire hausse actuelle de ce ratio doit pour partie à lahausse de la dette contractée pour financer les massifs plans de relance, mais aussi à la baisse du PIB l’an dernier. Il existe toujours en moyen de réduire le taux d’endettement : la croissance. Les actuels plans de désendettement ignorent complètement cette dimension. Tout se passe comme si il suffirait dese désendetter pour retrouver une économie en expansion. Une fois encore, la France se singularise en réussissant à annoncer un grand emprunt en 2009 et un programme de réduction des dépenses publiques en 2010. Vraisemblablement une manifestation du fameux génie français.

La reprise se confirme

En attendant, le timide redressement conjoncturel se confirme. En témoigne les commandes adressées à l’industrie française qui ont progressé de 2,6 % au mois de mars. Même mouvement au Japon, où la production industrielle a augmenté de 1,7 % au mois de mars, tandis que l’économie allemande confirme aussi son embellie au premier trimestre de2010, après une terrible année 2009.

Pour la France, cette amélioration est confirmée par les premières estimations de l’indice PMI du mois de mai qui scrute mois après mois l’activité économique française. L’industrie profite de la demande extérieure, notamment en provenance des Etats-Unis ou de l’Asie. En l’espèce,la baisse de l’euro pourrait donner un coup de fouet aux exportations françaises qui retrouveraient un peu de la compétitivité prix perdue.

La production de services est particulièrement bien orientée.Les données publiées par l’Insee sur l’emploi confirment cette orientation, l’emploidans les services étant reparti, au point que certains experts estiment qu’unereprise de l’emploi est pour bientôt en France. Pour l’heure, les entreprisesont recours à l’intérim : avant d’embaucher durablement, elles font faceau coup par coup face aux sursauts de l’activité. En attendant que les chefsd’entreprises anticipent une reprise durable et solide... Les mauvais résultats de la consommation en avril devraient les inciter à la prudence.

Christophe Bys


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Notre dossier spécial "Retraite: les défis des entreprises"p.16

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1 commentaire

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26/05/2010 - 22h04 -

Le désendettement est maintenant une urgence pour les entreprises. La demande extérieure existe mais nombre de projets sont abandonnés en raison du manque de crédit. La crise en 2008 avait fait disparaître des masses de crédit et cette situation a été aggravée par les états du fait de l'augmentation de leur endettement et de leur déficit budgétaire. Pire, sans mesure adéquate et immédiate, il existe un fort risque d'augmentation des taux d'intérêts dans la zone euro en particulier et dans les pays de l'OCDE en général. une telle augmentation aurait pour conséquence un aggravement des déficits publics et une pression sur les crédits devenant encore plus difficile à trouver.
La politique keynesienne a conduit à transférer la dette privée sur les états. Mais rien n'a été fait ensuite.
Et pourtant le mal est loin d'être purgé quand on connait les chiffres de croissance en Europe.
Alors oui, il est impérieux de réduire les déficits au plus vite si l'on ne veut pas aller vers une autre catastrophe.
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