La reprise de l’acier européen menacée par les taxes américaines sur l’acier, affirme Eurofer

La taxe de 25% annoncée par le président américains Donald Trump sur l’acier importé pourrait stopper la modeste reprise de la filière européenne, prévient Eurofer, l’association européenne de l’acier.

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La reprise de l’acier européen menacée par les taxes américaines sur l’acier, affirme Eurofer

L’association européenne de l’acier, qui espérait encore mi-février conserver un quota d’exportation vers les Etats-Unis correspondant presque aux deux-tiers des volumes exportés en 2017 par les aciéristes européens, est désormais très inquiète. "L’Europe ne doit pas permettre que la reprise modeste survenue dans notre secteur cette année soit détruite par son allié politique le plus important", prévient Axel Egger, président d’Eurofer. Il est soutenu en cela par le président français Emmanuel Macron, qui estimait le 5 mars qu’il était "important que l’Union européenne réagisse rapidement et de manière proportionnée, dans le cadre de l’OMC" si les annonces américaines de taxation des importations d’acier (25%) et d’aluminium (10%) étaient confirmées.

En février, un rapport réalisé à la demande de Donald Trump affirmait que les importations d’acier et d’aluminium menaçaient la sécurité nationale américaine. Le ministre américain du Commerce Wilbur Ross proposait alors plusieurs réponses possibles, allant de l’instauration de quotas par origine sur la base des volumes importés récemment à la mise en place de barrières fiscales à l’entrée des produits concernés.

La sécurité nationale américaine menacée ?

Mi-février, l’Association européenne de l’acier Eurofer espérait encore, comme d’autres partenaires commerciaux historiques des Etats-Unis, bénéficier de quotas d’exportation proches des volumes exportés en 2017. "N’appuyez pas sur la gâchette de la guerre commerciale", suppliait alors Axel Eggert, qui rappelait que "l’industrie européenne de l’acier est depuis longtemps un fournisseur fiable d’aciers de qualité des Etats-Unis."

Eurofer soutient que la hausse des importations et les distorsions de la concurrence par des pays tiers (à mots couverts, le dumping) a affecté tant le marché européen que le marché américain, et insiste sur le fait que "l’Europe et les Etats-Unis sont tous deux membres du forum du G20 sur les surcapacités de production d’acier", où ils se battent ensemble pour "éliminer la source de ces distorsions : la surcapacité de production mondiale".

Mais c’est en vain qu’Eurofer rappelle aux Etats-Unis leur partenariat historique avec l’Europe. Le président américain ne fera pas plus de cas de ce dernier que du traité de libre-échange nord-américain (Alena), la zone de libre-échange établie avec ses pays limitrophes le Canada et le Mexique. Le 1er mars, Donald Trump choisit d’activer la plus radicale des différentes réponses proposées par Wilbur Ross à cette "menace de la sécurité nationale" pour la sidérurgie américaine qu’est la concurrence des métaux étrangers. En vertu de la section 232 de la Loi sur le Commerce de 1962, il annonce la mise en place en quelques jours d’une taxe de 25% à l’importation sur les aciers, toutes origines confondues. A moins que la renégociation en cours de l'Alena permette au Canada, premier fournisseur des Etats-Unis en acier comme en aluminium, de bénéficier d'une exemption, une possibilité évoquée par le président américain. La 7e session de renégociation de cet accord de libre-échange devait s'achever le 5 mars à Mexico. "Les investisseurs se demandent après les dernières remarques de Donald Trump si ses prises de positions sur les taxes à l'importation ne sont pas juste une façon pour lui de négocier le traité", a commenté Art Hogan de Wunderlich Securities.

Des coûts renchéris pour l’industrie américaine

La décision de mettre en place de nouveaux tarifs douaniers est mal comprise y compris aux Etats-Unis, où plusieurs observateurs rappellent que les dernières mesures de protection de l’acier américain, prises par Georges W. Bush en 2002, avaient certes favorisé la sidérurgie nationale mais qu’elles avaient également pénalisé les utilisateurs d’aciers importés comme l’automobile, le pétrole qui l'utilise à toutes les étapes de la chaîne de production, les machines-outils, le BTP et la défense, en renchérissant leurs coûts. Cette hausse des coûts serait sans aucun doute répercutée sur les consommateurs américains, et l'industrie perdrait en compétitivité face aux fabricants étrangers comme la Chine, qui "a depuis longtemps renoncé à ses ambitions d'exporter de l'acier brut vers les Etats-Unis au bénéfice d'expportations indirectes" de produits contenant de l'acier, comme l'électroménager, relève Marcel Genet, président de Laplace Conseil. La hausse des prix des combustibles et carburants, enfin, pénaliserait l'ensemble de la population américaine.

7,5 milliards de dollars de recettes douanières en cas d'application stricte

Les importations d’acier aux Etats-Unis "représentent au total 35 millions de tonnes et une valeur de 30 milliards de dollars" sur l’année 2017, précise Eurofer. En 2011, elles n’étaient que de 26 millions de tonnes. Les exportations européennes d’acier vers les Etats-Unis se sont élevées la même année à 5 millions de tonnes. Elles pourraient en cas d’application de cette mesure du jour au lendemain baisser de moitié.

L’Europe importe annuellement, quant à elle, 420 millions de tonnes d’acier. Des volumes venus principalement d’Inde, de Turquie, de Chine, de Corée du Sud et de Russie. Ces cinq pays fournissent 80% de l’acier importé par l’Union européenne.

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