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La réorganisation de Renault inquiète en interne

Pauline Ducamp , , ,

Publié le

Deux directeurs remplaceront Carlos Tavares. Leurs noms devraient être dévoilés lors d’un CCE extraordinaire le 9 septembre prochain. Une nouvelle organisation qui laisse perplexes les syndicats.

La réorganisation de Renault inquiète en interne © Nissan

"Ce n’est pas à proprement parler une réorganisation, c’est une simple adaptation". Si Renault tempère le nouveau projet d’organisation de sa direction, le remplacement de Carlos Tavares par deux directeurs, l’un délégué à la compétitivité et l’autre à la performance, pose beaucoup de questions.

Qui fait quoi ?

Dans cette nouvelle organisation, la direction de la compétitivité superviserait "toute la partie amont" du développement d’un modèle, des premières esquisses à la présentation officielle du véhicule. La direction de la performance regrouperait, elle, "la partie aval", soit la production, la commercialisation et le marketing. En résumé, la partie technique du poste occupé auparavant par Carlos Tavares se trouverait libérer des fonctions commerciales.

Une approche gestionnaire

A la clé, selon un observateur du secteur, l’occasion de mieux se concentrer sur la fabrication des voitures, en se dégageant de la pression du commerce, laissée sous la responsabilité d’une autre personne. "Nous aurions préféré un directeur général aux pouvoirs étendus qui s’occupe de la marque Renault, avec Carlos Ghosn au-dessus qui arbitre", déplore Bruno Mathiez, représentant de la CFE-CGC chez Renault.

"C’est une approche très gestionnaire de l’organisation, ajoute Bertrand Rakoto, analyste automobile chez RL Polk. On retrouve souvent cette approche managériale et financière en France ou aux Etats-Unis, au contraire de l’Allemagne ou du Japon, où les dirigeants ont une sensibilité automobile très forte et connaissent très bien le produit et sa prépondérance".

Diviser pour mieux régner ?

C’est justement le produit et les programmes qui assurent le succès d’un constructeur. A la tête de chaque nouvelle direction, les syndicats espèrent donc surtout voir arriver des "car guys", des managers qui ont la fibre automobile. "Comme pouvait l’avoir Carlos Tavares", souligne Bertrand Rakoto. La CDFT se montre cependant sceptique. "Des Patrick Pélata ou des Carlos Tavares, des purs produits Renault, partis du bas de l’échelle et qui savaient faire des voitures, il n’y en a plus beaucoup aujourd’hui", constate un représentant du syndicat.

Car la question semble être ailleurs. A quelques mois du possible renouvellement de son mandat, en 2014, Carlos Ghosn s’assurerait surtout la tranquillité. Pas question alors de faire monter un nouveau Carlos Tavares, très apprécié en interne pour sa passion de l’automobile. "A chaque fois qu'il y a eu un problème comme la fausse affaire d'espionnage, Carlos Ghosn a réaffirmé son emprise en faisant sauter le numéro 2, rappelle Nicolas Meilhan, consultant principal chez Frost & Sullivan. C'est un management assez autoritaire".

Comme chez Nissan

Le départ de Carlos Tavares a relancé le débat sur la gouvernance du groupe. "Nous avons un PDG qui est PDG de deux constructeurs, président des deux conseils d’administration, d’Avtovaz, de la joint-venture achats… Après le départ de Carlos Tavares, on aurait pu imaginer une réflexion plus large sur comment répartir tout ce pouvoir", regrette la CFDT.

Cette nouvelle organisation entérine aussi une transformation interne chez Renault. "Notre fonctionnement se rapproche de plus en plus de ce qui se fait chez Nissan, décrypte un cadre dirigeant. Les régions prennent un poids de plus en plus forts, elles développent leurs propres produits, gèrent leurs usines. C’est un changement pour Renault en Europe". Les représentants du personnel se verront détailler ce changement, lundi 9 septembre, lors d’un comité d’entreprise extraordinaire. Les noms des deux remplaçants de Carlos Tavares devraient alors être dévoilés.

Pauline Ducamp

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1 commentaire

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04/09/2013 - 15h30 -

Pelata et Tavares sont des enfants de Renault, des "gars avec un losange sur le coeur", respectés, parfois jusqu'à admirés, par tous ceux qui y travaillent. Par exemple tout le monde suivait les exploits du jeune Tavarès pilote de Rallye
On peut se demander si ce n'est pas la culture interne de Renault qui, finalement, ne plairait pas à Ghosn?
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