La relance du nucléaire proposée par Ségolène Royal ? Dangereuse, irréaliste et injustifiable !

Charlotte Mijeon est Porte-parole du réseau Sortir du Nucléaire. Elle juge que l’annonce de Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, de relancer la construction de réacteurs nucléaire est aussi irréaliste économiquement que techniquement et qu’elle prolonge le risque nucléaire de plusieurs décennies. 

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La relance du nucléaire proposée par Ségolène Royal ? Dangereuse, irréaliste et injustifiable !

Dans une interview accordée à L'Usine Nouvelle le 13 janvier, Ségolène Royal rappelait le soutien du gouvernement à la prolongation des centrales existantes… Tout en évoquant la construction d'une nouvelle génération de réacteurs ! "Il s’agit à la fois de tirer parti des retours d’expérience des réacteurs de troisième génération (EPR, ATMEA) et de travailler sur une quatrième génération de réacteurs consommant beaucoup moins de combustibles et les recyclant, générant des déchets en moindre volume et moins nocifs (démonstrateur Astrid du CEA)", a-t-elle précisé ensuite.

Or condamner la France à de nouvelles décennies de nucléaire afin que cette technologie assure toujours 50 % de l’électricité produite en 2025 n'est pas seulement dangereux ; irréaliste sur le plan industriel, ce choix est également incompatible avec une réelle démocratie.

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Envisager la prolongation des centrales jusqu'à 50 ans, comme le tolèrerait Mme Royal, c'est faire fi des limites physiques des réacteurs, conçus à l'origine pour un fonctionnement de trente ans à pleine puissance. Le coût délirant des travaux prévus pour cette prolongation (55 milliards selon EDF, 250 milliards pour des travaux extensifs selon Greenpeace) ne change rien à l'affaire : dans un réacteur, on ne peut changer l'enceinte en béton… ni la cuve, fragilisée par le bombardement constant des neutrons. Une fragilité qu'il serait suicidaire d'ignorer : quelques jours après les déclarations de Mme Royal, une note de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) rappelait discrètement qu'aucun réacteur en fonctionnement en France ne possède de cuve qui résisterait à un accident avec fusion rapide du combustible !

Prendre en compte les malfaçons de l'EPR

Les "nouvelles générations", censées répondre à un référentiel de sûreté plus exigeant sur le papier, ne sont pas pour autant plus sûres. Alors même que l'EPR de Flamanville est en construction depuis près de huit ans et aurait dû entrer en service il y a deux ans, son rapport de sûreté n'est toujours pas finalisé, et loin d'être validé : l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire vient d'ailleurs de signaler qu'EDF a omis de nombreux critères dans la prise en compte des accidents potentiels ! Et que dire des innombrables malfaçons identifiées sur le chantier de Flamanville (vanne montée à l'envers, béton mal coulé, acier de mauvaise qualité…), qui laissent présager le pire pour la sûreté ?

Quant à la "quatrième génération" représentée par le prototype Astrid, censée permettre le recyclage à l'infini des déchets, il ne s'agit que d'une version modifiée du surgénérateur Superphénix - qui n'a produit que 200 jours d'électricité en 12 ans, coûté 12 milliards d'euros et dont le démantèlement constitue un casse-tête. Comme Superphénix, Astrid utilisera du plutonium, substance artificielle hautement radioactive, toxique et proliférante, et du sodium, connu pour son extrême réactivité.

Une ministre de l'environnement digne de ce nom peut-elle décemment proposer de telles "solutions" énergétiques ? Passons par ailleurs sur le fait que tout programme de maintien du nucléaire (même basé sur la "4ème génération") signifie perpétuer l’accumulation de déchets dangereux pour une durée incommensurable avec le temps humain, et ce alors même que, depuis le lancement des premiers programmes nucléaires, aucune "solution" n’a été trouvée pour leur gestion.

Financer les vraies énergies d'avenir

Et même si le risque ne semble plus préoccuper outre mesure Mme Royal, comment peut-elle envisager sérieusement la faisabilité économique d'un maintien du nucléaire ? Au vu de la situation délicate d'EDF, demandons-nous déjà d’où proviendront les 55 milliards censés être dépensés pour prolonger le parc actuel. Sur quelles réserves supplémentaires seront alors prélevées les sommes dédiées à la construction de nouvelles centrales, sachant que la filière nucléaire, contrairement à l’ensemble des procédés industriels, se révèle une des seules au monde où chaque génération de réacteur coûte plus que la précédente ? Ce programme massif n'est réalisable qu'avec un fort soutien de l'État, donc l'argent du contribuable. Bien que Mme Royal prétende "ne pas opposer les énergies entre elles", tout ce qui sera dépensé pour soutenir le nucléaire fera défaut aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables. Il est anachronique d’investir massivement dans une industrie en perte de vitesse au niveau mondial au détriment des vraies technologies d'avenir.

Par ailleurs, avec quelles capacités industrielles sont censées se réaliser cette double campagne de prolongation et de nouvelles constructions, EDF peinant déjà à assurer le simple fonctionnement de ses installations ? Comme le rappelle Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire, "EDF a déjà des difficultés pour maîtriser ses arrêts de tranches et les opérations de maintenance des réacteurs. Ce défaut de maîtrise sera encore plus préoccupant dans 3 ou 4 ans, quand EDF envisage de faire ce qu'elle appelle le "grand carénage", des opérations encore plus lourdes. EDF semble débordée par les travaux qu'elle a elle-même décidés"*. Qu’en sera-t-il avec de nouvelles constructions, au vu du retard énorme du chantier de Flamanville (dont les ouvriers doutent d’ailleurs qu’il prenne fin dans les années à venir) ?

Enfin, quand bien même Mme Royal choisirait d'ignorer les risques et l'argument économique, comment soutenir cette relance du nucléaire tout en parlant de "démocratie écologique" ? Les Français sont une nouvelle fois placés devant le fait accompli : la filière EPR n'a fait l'objet d'aucun débat à l'Assemblée Nationale ; ce n'est qu'après l'annonce de leur construction que des "débats publics" ont été organisés sur les EPR de Flamanville et Penly, sans que soit offerte aucune possibilité de discuter de l’opportunité de ces projets ou de les remettre en question. Quant à la "4ème génération", elle bénéficie de financement depuis près de dix ans sans que cette filière n’ait jamais fait l'objet d'un débat. Le "Débat National sur la Transition Énergétique" ne l’a pas évoquée ; pas plus qu'il n'a permis de définir de manière transparente de quoi la "réduction de la part du nucléaire" était le nom. Si pour la quasi-totalité des Français qui se reconnaissaient dans cette promesse de campagne de François Hollande, il ne pouvait s'agir que de fermer des centrales, Mme Royal interprète cet objectif comme un blanc-seing pour prolonger le risque atomique de plusieurs décennies. Tromper les électeurs, les placer devant le fait accompli du maintien d'une technologie dangereuse qu’ils refusent majoritairement, est-ce cela qu’on appelle "mettre en pratique une nouvelle démocratie environnementale" ?

Au lieu de porter à bout de bras une filière chère, polluante et moribonde contre l'avis des citoyens, Mme Royal ferait mieux d'accorder tout son soutiens aux vraies solutions énergétiques que sont les économies d'énergie et les énergies renouvelables, non polluantes et seules à même de garantir notre indépendance énergétique tout en créant de l'emploi.

Charlotte Mijeon, porte-parole du Réseau Sortir du Nucléaire

*Auditions du 13 et du 20 février 2014 par la Commission parlementaire d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire

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