La réhabilitation énergétique en première ligne

Les mesures incitatives se multiplient : réglementation thermique, diagnostic de performance énergétique, labels pour bâtiments économes, crédits d'impôt... Et les industriels investissent dans la production de composants isolants. Reste à coordonner les

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La réhabilitation énergétique en première ligne

Les chiffres sont têtus. Sur les 30 millions de logements français, les deux tiers ont été construits avant 1975, en l'absence de toute réglementation thermique. A raison de 1 % de renouvellement du parc par an, cela veut dire qu'en 2050, il resterait encore 30 à 40 % de logements peu ou mal isolés. La construction de bâtiments neufs, supposés économes en énergie, ne suffira donc pas pour atteindre le « facteur 4 », soit diviser par quatre la consommation d'énergie d'ici à 2050.

La priorité est la remise à niveau des bâtiments existants. Le Grenelle de l'environnement a donné le ton. A l'issue de la première journée des tables rondes, Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie, vient d'affirmer que l'ensemble du parc public sera rénové en 2015. A l'aide d'un prêt bonifié de 20 milliards d'euros de la Caisse des dépôts et consignations. Quant aux particuliers, une loi prévue pour 2008 les obligera à rénover.

Le prix de la rénovation


>Le parc résidentiel français existant compte 31 millions de logements, dont les deux tiers datent d'avant 1975, avant toute réglementation thermique.
>Le coût moyen pour atteindre les objectifs du « facteur 4 » se situe entre 15 000 et 20 000 euros par foyer.
>Au total : une facture comprise entre 450 et 600 milliards d'euros, sur quarante ans.

Quand ? Comment ? On l'ignore encore. Le groupe de travail n°1, sur les changements climatiques et la maîtrise de l'énergie, a listé des mesures d'accompagnement sans lesquelles rien ne sera possible : création de filières professionnelles spécialisées, outils de financement adaptés, lancement de labels de certification, développement de l'assurance-qualité, recherche technologique, etc.

Cela fait beaucoup de conditions... Mais les industriels et entreprises de la rénovation, secteur qui représente la moitié du chiffre d'affaires du bâtiment, espèrent bien être à l'aube de « quarante Glorieuses ». La Capeb, le syndicat des artisans du bâtiment - 352 000 entreprises -, estime à 600 milliards d'euros sur quarante ans le coût de la remise à niveau énergétique des logements existants ! Un juteux marché... à condition qu'un contexte fortement incitatif pousse chaque foyer à consacrer 15 000 à 20 000 euros à la rénovation de son logement. Soit trois fois le montant moyen des travaux réalisés aujourd'hui. Les professionnels du secteur attendent donc avec impatience les mesures d'accompagnement adéquates.

2007 s'est déjà signalé par la parution de la première réglementation thermique applicable aux bâtiments existants (la RT 2005 s'est d'abord appliquée à la construction neuve). Elle impose notamment, dès le 1er novembre, des caractéristiques minimales aux composants ou équipements qui seront remplacés (fenêtres, isolation, chaudières...).

Depuis l'an dernier, tout vendeur d'un bien immobilier doit fournir un diagnostic de performance énergétique (DPE). Cette obligation est étendue aux locations depuis cet été. L'étape suivante est déjà envisagée : Philippe Pelletier, le président de l'Agence nationale de l'habitat (Anah), dans un rapport réalisé pour le ministère de l'Ecologie, propose de réaliser systématiquement à partir de 2012 un DPE dans les immeubles collectifs, et d'examiner les modalités qui permettraient de rendre obligatoires les travaux de rénovation thermique d'un logement lors de sa mise en vente.

Des labels inspirés des expériences de l'étranger

Les labels de qualité énergétique, inspirés des expériences allemandes et suisses, font aussi partie de la panoplie des mesures incitatives. Ainsi, l'association Effinergie veut reproduire en France, moyennant des adaptations, le succès du label suisse Minergie. Le niveau de performances énergétiques défini par Effinergie sert de base, depuis mai 2007, à l'attribution à des constructions neuves du label BBC (bâtiment basse consommation) créé par le ministère du Logement. L'adaptation du label aux bâtiments existants est en cours. Elle devrait se caler sur une consommation maximale d'énergie de 80 kWh/m2 par an (modulable suivant les régions), contre 50 kWh/m2 par an dans le neuf. A comparer aux 400 kWh/m2 par an, en moyenne, du parc actuel.

De son côté, Minergie s'est introduit en France, et fort de son expérience - dix ans d'existence, 7 500 bâtiments labellisés - propose une certification en performance énergétique, via Prioriterre, une ONG spécialisée. « Tout le monde sait que l'enjeu décisif est dans la rénovation, mais jusqu'ici Minergie s'est appliqué à 90 % dans le neuf », reconnaît Christian Chapuzet, le directeur du pôle Minergie France.

Les régions prennent l'initiative

Les outils de financement mis en place en France depuis 2005 (crédits d'impôt, tarif d'achat de l'électricité photovoltaïque...) sont un premier pas pour favoriser les travaux de réhabilitation énergétique. Mais ils sont loin d'être suffisants, vu l'ampleur des montants nécessaires. Les partenaires du groupe de travail du Grenelle ont souligné la nécessité d'innover en la matière et notamment de valoriser les économies d'énergie réalisées (prêts bonifiés...).

En attendant, les initiatives se multiplient en région. Le conseil régional de Bourgogne, après une première opération en 2006, a lancé cette année, avec l'Ademe, un appel pour la construction ou la rénovation de bâtiments au niveau du label BBC. La Franche-Comté a lancé en septembre son deuxième appel d'offres sur des projets exclusivement consacrés à la rénovation, dans le résidentiel et le tertiaire. L'opération « Bâtiments économes en énergie », en cours en Alsace, dans le cadre du programme Energivie destiné à promouvoir l'utilisation des énergies renouvelables dans la région, vise à produire des « références convaincantes pour les maîtres d'ouvrages et pour les banques ». Tout récemment, c'est la mairie de Paris qui a annoncé son plan d'action pour la rénovation énergétique avec l'Anah et les organisations professionnelles du bâtiment. La ville a aussi prévu d'engager un plan de rénovation de son propre parc immobilier, avec l'objectif de réduire au moins d'un tiers sa consommation énergétique d'ici à 2020.

Les moteurs de la rénovation


Un contexte de plus en plus incitatif
>Le diagnostic de performance énergétique s'étend aux locations
>Des labels de qualité énergétique se mettent en place
>Les crédits d'impôt et des outils de financement spécifiques (prêts bonifiés...) sont appelés à se développer
L'offre s'organise
>Les industriels investissent en production pour répondre à la demande
>Des projets débutent sur l'intégration cohérente des composants
>Un vaste plan devra former les centaines de milliers d'entreprises du bâtiment aux performances énergétiques
Les technologies progressent
>Les fabricants de matériaux et d'équipements adaptent leurs produits
>Des projets de recherche se focalisent sur le traitement des bâtiments existants
>Des technologies émergentes (dans l'isolation, le photovoltaïque...) pourraient être dynamisées par le boom de la rénovation


Cette prise de conscience n'est évidemment pas une spécificité française, loin de là. En Europe, les pays les plus avancés dans la construction basse consommation (la Suisse, l'Autriche et l'Allemagne), d'abord concentrés sur le neuf, mettent l'accent sur la rénovation. « A côté de ses projets d'expérimentation, qui visent à tester de nouvelles solutions, l'Allemagne a mis en place un véritable plan d'action pour la rénovation du parc existant », indique Jean Carassus, qui a dirigé au CSTB une étude comparative internationale sur le thème « Bâtiment et energie », dans le cadre du programme de recherche Prebat. Financé par l'intermédiaire de la banque publique KfW, avec des aides de l'Etat fédéral et des Länder, cet ambitieux programme prévoit la rénovation de 5 % du parc chaque année, pour un montant global de 1,5 milliard d'euros par an. En Autriche, Haus der Zukunft (la maison de demain), un vaste programme de R et D (plus de 150 projets), qui avait démarré principalement sur le neuf, se réoriente vers la réhabilitation énergétique.

En France, même si c'est avec un certain retard, les moteurs de la rénovation énergétique des bâtiments démarrent. Reste à alimenter, en matériaux et équipements, ce chantier que les professionnels voient, avec satisfaction, s'étaler jusqu'en 2050. Rénover une maison, un immeuble de logements ou des bureaux, c'est d'abord choisir une méthode d'isolation des parois, et les ouvertures qui vont avec (vitrages et menuiseries). D'autres composants (plaques de plâtre, tuiles...), accompagnent le mouvement. Sur tous ces matériaux, la demande, déjà à un haut niveau, s'annonce en croissance pour des décennies.

Les producteurs d'isolants confiants

Sur un marché tiré par un souci d'économie d'énergie, les producteurs d'isolants sont en première ligne. Saint-Gobain Isover avait importé 30 000 tonnes en France en 2006, pour compléter les 130 000 tonnes produites sur le territoire national. Pour faire face à une croissance de la demande qu'il estime entre 5 et 6 % par an, Isover a décidé de construire une usine à Chemillé (Maine-et-Loire), qui produira 35 000 tonnes de laine de verre à partir de 2009, et 70 000 tonnes à terme.

En septembre, Ursa, filiale du groupe espagnol Uralita, annonçait qu'à partir du 1er trimestre 2008 son usine de Saint-Avold (Moselle) disposerait d'une capacité de 33 000 tonnes (+37 %). L'allemand Knauf, lui, a choisi l'ex-site Pechiney (devenu Alcan) de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) pour bâtir sa première usine française de laine de verre. Démarrage prévu : fin 2008. Quant à Rockwool, il reconstruit l'une de ses lignes de production de laine de roche, à Saint-Eloy-les-Mines (Puy-de-Dôme), ce qui lui donnera, en avril 2008, 40 000 tonnes de capacité supplémentaires. Dans le sillage des marchés de l'isolation, la plaque de plâtre affiche des taux de croissance comparables. L'usine Placoplatre de Vaujour (Seine-Saint-Denis), verra sa capacité doubler à partir de 2008.

"Il faut initier la création d'un nouveau métier"

L'avis de Jean-Marie Carton, administrateur de la Capeb, représentant de l'Union professionnelle artisanale au Grenelle de l'environnement.

« Au sein du groupe de travail du Grenelle de l'environnement, nous avons tiré la sonnette d'alarme sur la formation. Pour les petites entreprises du bâtiment, le défi est double. Il s'agit, d'une part, d'apprendre à toutes les entreprises à diagnostiquer les performances énergétiques - qui ne concernent pas que l'isolation - en lien avec leur propre métier. Les premières formations démarrent en novembre 2007, et nous espérons former 10 000 entreprises en 2008.

D'autre part, il faut initier la création d'un nouveau métier, celui d'une sorte " d'animateur " capable d'avoir une vision globale et cohérente de la remise à niveau énergétique d'un bâtiment. Cette fonction est aujourd'hui prise en charge de manière informelle par certaines entreprises. Mais si l'on met en marche un plan de rénovation systématique, ce métier devra progressivement être formalisé, y compris à travers un cycle de formation initiale. »


La fenêtre est l'autre composant directement concerné par l'isolation thermique. Et par la rénovation, qui représente les deux tiers des 10 millions de fenêtres vendues en France cette année. Pour Tryba, dont le site de Gundershoffen (Bas-Rhin) a bénéficié d'une extension en 2006, la rénovation représente même 80 % des ventes ! La menuiserie industrielle K.Line vient d'inaugurer le doublement de capacité de l'usine des Herbiers (Vendée).

Chez Imerys Toiture (tuiles en terre cuite), on estime qu'il existe un mouvement de mise en valeur des combles et d'isolation du toit qui dope le marché de la rénovation des toitures.

Pour répondre à la demande, les industriels doivent également mieux comprendre le marché de la rénovation. Isover, par exemple, a recruté des équipes marketing spécialisées, dont l'objectif est d'analyser la structuration de ce marché et d'affiner l'offre en conséquence. Par ailleurs, l'ensemble de la filière, industriels et entreprises du bâtiment, doit relever un autre défi de grande ampleur : la formation. « Chaque métier participe à la performance énergétique, ne serait-ce que pour l'étanchéité à l'air de l'enveloppe du bâtiment », souligne Alain Charroud, le directeur de la stratégie et du développement pour les activités Gypse et Isolation de Saint-Gobain en France. Vu l'ampleur de la tâche - 350 000 entreprises artisanales du bâtiment ! - les partenaires du Grenelle de l'environnement ont souligné l'urgence d'un véritable plan de formation national. Sans attendre, et à l'initiative des organisations professionnelles (FFB, Capeb...), une première tranche de formations est lancée dès cet automne.



Thierry Lucas


Publié la semaine du 1er au 7 novembre 2007

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