"La réforme des retraites risque d’être insuffisante", craint Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne. 

Lundi 26 et mardi 27 août, le gouvernement recevra les syndicats de salariés et les organisations patronales pour leur faire part de ses projets en matière de réforme des retraites. Le directeur de l’institut Montaigne, Laurent Bigorgne, juge cette réforme indispensable. Toutefois, il regrette une pris en compte trop importante des intérêts des retraités actuels. Il est urgent de réformer sans hypothéquer l’avenir. 

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L’Usine Nouvelle : Aujourd’hui et demain, le Premier ministre reçoit les partenaires sociaux à propos de la réforme des retraites. Cette dernière est-elle indispensable ?

Laurent Bigorgne : Elle est nécessaire. Sa nécessité a été "objectivée" par les travaux du conseil d’orientation des retraites qui a établi de façon indiscutable l’importance du déficit à venir. Les raisons sont multiples. A commencer par la crise économique qui contracte l’emploi, donc la masse salariale et donc les cotisations. Plus structurellement, la démographie déséquilibre le système. A sa création, quatre actifs cotisaient pour un retraité. Aujourd’hui, on en compte moins de deux. Or, l’équilibre d’un système par répartition dépend du rapport entre actifs et inactifs.

Au-delà de ces considérations, la réforme est rendue nécessaire car il faut, une fois pour toutes, donner un message clair aux Français. L’inquiétude sur l’avenir du système de répartition est un poison qui mine la cohésion sociale.

Une fois le principe de la réforme accepté, celle qui s’esquisse sera-t-elle enfin la der des der ?

Il m’est très difficile de me prononcer sur un texte qui n’existe pas. J’attends que le projet de Loi soit sur la table,

Deux choses peuvent être soulignées cependant : les mesures prises après l’élection présidentielle pour les carrières longues participent à la confusion. Cela donne l’impression qu’on réforme les retraites tous les ans. Ce n’est pas vraiment le message qu’il faut pour rassurer l’opinion.

Ensuite, les travaux de l’institut Montaigne indiquent que pour redresser durablement le système, il vaut mieux jouer sur tous les paramètres. A commencer par les pensions des retraités dont il faudrait revoir les modalités d’indexation. Nous avons montré qu’en remontant l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans en 2020 et en augmentant le nombre d’années de cotisations nécessaires à 43 ans pour avoir la retraite à taux plein, il est possible de financer le système sans avoir à augmenter les cotisations.

J’attire votre attention sur le fait qu’avant 1981 l’âge légal était à 65 ans. On resterait deux ans en-dessous, alors que l’espérance de vie a nettement augmenté depuis.

La prise en compte de la pénibilité vous semble-t-elle une bonne chose ?

L’idée de compte de pénibilité, telle qu’on en parle actuellement me semble totalement baroque. On peine à régler la question des poly-pensionnés, c’est-à-dire celle des personnes ayant cotisé à plusieurs régimes de retraite, et on veut mettre en place un compte qui devrait suivre les personnes tout au long de leur carrière !

Il est plus urgent d’assurer la convergence des différents systèmes en ayant pour objectif de basculer vers un système de retraite à points.

Revoir l’indexation des retraites ne risque-t-il pas de fragiliser les retraités, notamment les plus modestes ?

Sans ignorer des cas individuels difficiles, d’un point de vue macro-économique, je suis plus angoissé par la situation des jeunes chômeurs que par celle des retraités. Il faut arrêter de faire une société pour les plus âgés, il est urgent de penser, comme l’avait dit fort justement François Hollande pendant la campagne, aux jeunes.

A cet égard, une hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) serait envisagée pour financer les retraites. Il faudrait commencer par ramener le taux de celle payée sur les retraites au même niveau que celle payée sur les salaires.

Le gouvernement semble exclure les pistes que vous proposez, désindexation, recul des bornes d’âges. Pensez-vous malgré tout que sa réforme puisse réussir ?

Je crains qu’on réalise dans deux ou trois ans qu’il faut recommencer. Une fois encore, l’exécutif choisit d’augmenter les prélèvements obligatoires et les cotisations sociales pour continuer à financer des dépenses. Augmenter la CSG c’est peser sur la consommation. Taxer le capital et les dividendes est un message négatif envoyé aux investisseurs potentiels. Or je ne pense pas que la situation du capital en France est telle qu’on puisse encore augmenter la fiscalité. Au fond, je suis d’accord avec le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, le niveau des prélèvements en France est insupportable. Une vraie réforme des retraites devrait en tenir compte !

Propos recueillis par Christophe Bys

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