La réforme de l'Etat, une question méthode

On confond trop souvent structure et fonctionnement

Partager

Depuis vingt ans, les gouvernements successifs font de la réforme de l 'Etat une priorité, et la volonté de rendre les administrations plus efficaces recueille un large consensus. Par contre,l a méthode pour conduire le changement pose toujours problème, ce qui a fait dire à Jean-Pierre Raffarin qu 'il faut faire attention à «ne pas se prendre les pieds dans le tapis ». Réformer l 'administration, il est vrai, est l 'une des tâches les plus complexes qui soient. Une véritable réforme exige la continuité dans l 'action. Elle s'inscrit dans le temps long. Or les politiques travaillent dans le temps court et veulent des résultats rapidement visibles. Cela les conduit à se livrer au petit jeu du «mécano » institutionnel en privilégiant des réformes de structures. Celles-ci sont faciles à décréter. Mais on les considère trop souvent comme des fins en soi, alors qu 'elles n 'offrent aucune garantie d 'amélioration des performances. Car une organisation, c 'est une structure,mais ce sont aussi et surtout des modalités de fonctionnement,de coopération, de décision, toutes choses qui renvoient à des compétences et à des comportements. Et si l 'on peut décréter un changement d 'organigramme, l 'évolution des compétences et des pratiques de travail exige des investissements lourds dans la gestion des ressources humaines. Dans ce domaine, il reste beaucoup à faire pour sortir d 'une logique de gestion souvent limitée à sa dimension administrative et toujours trop centralisée. Au niveau local, les données sont fréquemment inversées. Les élus le sont généralement longtemps. Les préfets, surtout dans les «petits » départements, ne font que passer et ne peuvent donner tout le poids souhaitable aux actions qu 'ils engagent ou soutiennent. Pour concilier les deux temps, il est essentiel d 'opérer un partage clair des responsabilités entre la sphère du politique et celle de l 'administratif, notamment entre le ministre et les responsables des administrations. En clair, pour réussir et passer des objectifs au concret, une réforme a besoin à la fois d 'un pilote politique et d 'un manager administratif. Le premier trace des perspectives d 'avenir et s 'implique dans la fixation d 'objectifs, le directeur de l 'administration conduit le changement. Piloter le changement ne s 'improvise pas. C 'est pourquoi il faut donner la priorité à la formation pour mettre en place dans les administrations centrales des équipes de professionnels connaissant le terrain, disposant de l 'expertise et de l 'expérience nécessaires pour mettre au point des stratégies de réformes adaptées à chaque administration. Cela suppose que l 'on gère des hommes et pas seulement des postes et des grades. Cette réforme reste à faire.

Serge Vallemont
Ingénieur général honoraire des Ponts et Chaussées,ancien président du Comité interministériel pour la réorganisation et la déconcentration des administrations, président de l 'Association services publics.

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS