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L'Usine Energie

La démission de Nicolas Hulot ou l’échec d’une vraie politique pour l’environnement

Olivier Cognasse , ,

Publié le

Analyse Le ministre de la Transition énergétique et solidaire a mis fin au suspense ce mardi 28 août matin. Il ne poursuivra pas sa mission au sein d’un gouvernement tiraillé par des intérêts contraires. En un an, il aura obtenu quelques succès honorables, mais aussi subi quelques échecs retentissants comme sur le nucléaire et les pesticides.

La démission de Nicolas Hulot ou l’échec d’une vraie politique pour l’environnement
Nicolas Hulot a finalement décidé de quitter le gouvernement mardi 28 août.
© photo pascal Guittet

Selon que l’on regarde le verre à moitié vide ou à moitié plein, on pourra se satisfaire ou non du bilan de Nicolas Hulot à la tête d’un grand ministère de la Transition énergétique et solidaire.

Deux succès sont sans conteste à mettre à son crédit durant les quinze mois qu’il aura passés à l’hôtel Roquelaure (boulevard Saint-Germain, à Paris) : l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et la fin de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures, sans oublier l’inscription de la préservation de l'environnement et de la lutte contre le changement climatique dans l'article 1er de la Constitution (les députés ont donné leur feu vert).

Il a également pris des mesures pour favoriser une mobilité propre et l’utilisation de véhicules électriques, mais la loi d’orientation des mobilités qu’il portait avec la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a été sans cesse reportée et les premières mesures annoncées cet été laissent augurer d’une réforme à l’eau tiède.

Toujours dans le domaine des transports, Nicolas Hulot confiait, lors de l’inauguration de la LGV Paris-Bordeaux, le 1er juillet 2017, vouloir abandonner une politique du tout-TGV au profit du train du quotidien et de la relance du fret ferroviaire. Nous attendons encore des actes concrets.

Le nucléaire, une couleuvre trop grosse à avaler

Mais l'un des véritables échecs concerne le nucléaire et la réduction de sa part dans le mix énergétique français. L’objectif des 50% de production électrique nucléaire a été repoussé aux calendes grecques. La faute en revient, certes, en grande partie au précédent gouvernement qui n’a rien mis en place, mais le ministre a dû avaler des couleuvres et notamment annoncer lui-même le report de ces objectifs.

A l’époque, le député européen EELV Yannick Jadot avait déclaré dans nos colonnes, en novembre 2017, "les Etats généraux de l’agriculture, les perturbateurs endocriniens, le CETA, et maintenant le nucléaire. Nicolas Hulot devait être le ministre qui fixe le gouvernement vers plus d’écologie, qui engage une transition énergétique qui crée plus d’emplois et plus propres. Il est en fait le porte-voix des renoncements." Et que dire de la fermeture de Fessenheim, éternellement suspendue à la mise de service de l’EPR de Flamanville…

Bras de fer avec Stéphane Travert

Si la loi sur l’Alimentation a permis d’obtenir quelques progrès, notamment dans les relations grande distribution – fournisseurs –, force est de constater que les avancées pour aller vers une agriculture biologique ou du moins raisonnée avec l’abandon progressif des pesticides – dont personne ne peut nier la nocivité pour la biodiversité et les êtres humains – sont plutôt timides. Nicolas Hulot a perdu son bras de fer contre le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. Il s’est d’ailleurs plaint ce matin sur France Inter de ne pas avoir été soutenu par le gouvernement et de se "sentir seul à la manœuvre." Il a encore été désavoué quand il a soutenu un amendement visant à inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate.

Il est aujourd’hui particulièrement amer face à "la politique des petits pas" du gouvernement en matière d’environnement, et plus particulièrement sur la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. L’été extrêmement chaud que nous venons de vivre n’a pu que le conforter dans sa vision et dans la nécessité de prendre les problèmes à bras-le-corps. Il est sur la même longueur d’ondes que l’économiste Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel, qui réclament un plan Marshall du climat au niveau européen. Car il ne reste qu’une dizaine d’années pour agir. Or, malgré les annonces du président de la République Emmanuel Macron en décembre dernier lors du One Planet Summit, peu de choses ont changé.

Quid de son successeur ?

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, apporte d’ailleurs son soutien à Nicolas Hulot dans un communiqué de l’ONG : "Nous avons malheureusement perdu une année cruciale pour défendre les enjeux environnementaux. L’été a encore montré l’ampleur inédite des dérèglements climatiques. Nicolas Hulot fait finalement le choix courageux de quitter un gouvernement dont il ne veut plus être la caution écologique, condamné à l'impuissance et à justifier les contradictions d’un Président qui refuse la transition énergétique et écologique."

Avis confirmé par la plupart des ONG et associations environnementales. "La démission de Nicolas Hulot met fin à une parenthèse écologique qui ne s’est jamais véritablement ouverte, sauf dans les discours, dénonce Agir pour l’Environnement. La bulle verte a fait pschitt et le greenwashing de ce gouvernement apparaît désormais au grand jour."

Pour le gouvernement, cette démission est un nouveau camouflet, après les affaires qui ont fait l’actualité cet été. Nicolas Hulot était un ministre très populaire. Le nom de son remplaçant donnera sans doute des indications sur la volonté ou non du gouvernement d’effacer cet échec et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. C’est-à-dire mettre un coup d’accélérateur dans la lutte contre le dérèglement climatique, la préservation de la biodiversité, le développement accéléré d’une agriculture sans pesticides et la qualité de l’air – la France est régulièrement condamnée par l’Europe pour la pollution en ville.

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