L'Usine Agro

La recherche variétale en ordre dispersé

Franck Stassi , , ,

Publié le

INRA, CIRAD, CTPS, GEVES, INOV… Nombreux sont les organismes liés à la recherche et à la sélection de nouvelles variétés de semences. Certains de leurs représentants en appellent à une clarification.

Le monde de la recherche agronomique n’est pas si petit qu’il n’y paraît. "Dans le modèle actuel, il y a énormément d’acteurs différents, qui ont des visions différentes, et des façons différentes de partager l’information. La France présente une très forte hétérogénéité de structures. Cela représente vraiment un obstacle majeur pour nos partenaires du Sud, qui ne savent pas à qui s’adresser", a déploré, mardi 13 octobre, l’adjoint scientifique au directeur du département Bios-Systèmes biologiques du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Jean-Louis Noyer. Invité à participer à une audition organisée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), il a, au même titre que d’autres acteurs présents, mis en valeur l’atomisation de la filière.

"Les ressources phytogénétiques sont un volet essentiel de la production de semences. En France, nous sommes dans une situation de multiplicité des acteurs, des modalités et des objectifs de conservation: 27 réseaux de partenariat public-privé de conservation ex situ et plus de 120 acteurs institutionnels ou non recensés dans le cadre d’un travail d’enquête", a ainsi rappelé Alain Tridon, sous-directeur de la qualité et de la protection des végétaux au Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

Le CTPS et le GEVES sélectionnent et contrôlent les variétés

Pour mener à bien l’inscription de chaque nouvelle variété au Journal officiel, le ministre de l’Agriculture recourt au Comité technique permanent de la sélection (CTPS), qui associe les partenaires de la filière des variétés et des semences, ainsi que des représentants des consommateurs d’organisations environnementales. "Le CTPS est un comité consultatif qui a un rôle opérationnel en examinant les demandes des obtenteurs", a expliqué son président, Alain Moulinier. Créé en 1932, le catalogue officiel français des variétés de semences compte 9000 variétés et 250 espèces végétales. Après s’être focalisé sur la sécurité alimentaire et le développement de la filière, celui-ci est le reflet, depuis 2010, "d’une montée forte des demandes environnementales et sociétales". Le CTPS n’agit toutefois pas de façon isolée.

"Le GEVES entretient des liens étroits avec le CTPS", a en effet rappelé son directeur général, Arnaud Deltour. Constitué du ministère de l’Agriculture, du Groupement national  interprofessionnel des semences et plants (GNIS) et de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des semences doit pour sa part "assurer l'expertise sur les nouvelles variétés végétales et l'analyse de la qualité des semences". La recherche représente 6% de son budget. Comme l’a rappelé Arnaud Deltour lors d’une précédente audition spécifiquement consacrée à la filière semencière, en janvier dernier, ce groupement d’intérêt public abrite également l’Instance nationale des obtentions végétales (INOV), qui délivre les certificats d'obtention végétale (COV). Ce système d'enregistrement permet de rétribuer le concepteur d'une nouvelle variété tout en laissant d'autres acteurs libres d'améliorer à leur tour la semence.

L’INRA et le CIRAD se concentrent sur la recherche

Dans ce concert d’organismes, l’Institut national de la recherche agronomique se distingue quant à lui par ses missions purement scientifiques. "Nous avons donné la priorité aux ressources génétiques liées aux projets de recherche", avec de nombreux partenariats à l’échelle européenne, affirmait, le 13 octobre, son directeur scientifique adjoint en charge de l’agriculture, Christian Huyghe. "Notre expertise agronomique est reconnue par le GEVES ou le GNIS, pour lesquels on fait des prestations de services", a abondé Cyril Bauland, détaché par l’INRA au sein de l’unité mixte de recherche "Génétique quantitative et évolution" gérée avec l’Université Paris-Sud, le Centre national pour la recherche scientifique (CNRS) et l’école AgroParisTech.

Des succès de partenariat public-privé

La collaboration entre acteurs publics est donc possible, mais pas la seule voie : les projets menés avec le secteur privé permettent depuis de nombreuses années, dans le secteur des ressources végétales et des semences, d’aboutir à des résultats concrets, comme le prouve l’exemple de PalmElit. Créée en 2009 sous l’égide du Cirad, actionnaire à 78%, cette société de droit privé est spécialisée dans la mise au point de variétés de palmier à huile. Le groupe Avril (ex-Sofiproteol) en est actionnaire à hauteur de 34%. "Le palmier à huile est la première plante oléagineuse au monde. […] Il faut augmenter la valeur ajoutée pour l’ensemble de la filière (production de fruits, efficacité des intrants, teneur en huile des fruits, caractéristiques de l’huile)", précise son directeur scientifique, Tristan Durand-Gasselin. L’entreprise détient environ 25% du marché mondial des semences de palmier à huile.

Eviter l'éparpillement des ressources

"Compte tenu de l’importance du secteur des semences" (dont la France est le premier producteur mondial), la filière doit davantage se structurer, a conclu la vice-présidente de l’OPECST, Anne-Yvonne Le Dain. La question des ressources allouées aux différents organismes publics - qui amène, pour certains, celle de la nécessité de conserver l’ensemble de leurs collections - a notamment été posée à plusieurs reprises durant l’audition. "On constate la débrouillardise des chercheurs français en matière de conservation des ressources génétiques. Il est temps d’avoir une politique publique puissante sur ce domaine-là !", a-t-elle insisté.

Franck Stassi

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