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La recherche se prépare au big bang européen

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AERONAUTIQUE ET SPATIAL

LA RECHERCHE SE PREPARE AU BIG BANG EUROPEEN

A quelques semaines d'intervalle, le Cnes se dote d'une stratégie et l'Onera retouche son organisation. La recherche aéronautique et spatiale française doit faire peau neuve pour soutenir le choc de l'européanisation. Elle découvre la compétition.



Ce 6 novembre à Toulouse, tout le monde ne parle que de cela : l'avenir du Cnes. Alors que son plan stratégique, le premier de son histoire, est présenté ce jour-là à Paris devant un parterre de décideurs politiques et de gourous du spatial, on s'interroge sur la nouvelle organisation dans l'établissement de Midi-Pyrénées. A quelques encablures de là, à l'entrée de l'Onera-Cert, une banderole dit clairement " Non aux liquidateurs ". L'office national d'études et de recherches aérospatiales attend, lui, son nouveau plan d'entreprise avant la fin de l'année. Coïncidence ? Pas tout à fait. Si les deux organismes mènent leur révolution culturelle en parallèle, c'est d'abord parce que l'européanisation de leurs activités, l'espace et l'aéronautique, les y oblige. La part du budget spatial civil consacrée aux programmes européens est devenue majoritaire. Et les budgets de programmes nationaux comme Spot 5 et Stentor sont désormais sacrifiés sans hésitation sur l'autel de la cohésion européenne, comme l'a montré la dernière conférence des ministres européens de l'Espace. Pour François Fillon, ministre en charge de l'espace, " la vocation du Cnes doit être celle d'un centre d'excellence technique au service de l'Europe spatiale ". Une restructuration s'impose, selon lui, à l'image de celle entreprise par les industriels. " Certes, l'intégration complète n'est pas une solution envisageable avant longtemps. Le Cnes n'en doit pas moins engager dès à présent, en liaison avec les centres techniques de ses partenaires, une rationalisation des ressources et des charges afin d'optimiser l'outil technique européen. " La même évolution se profile pour la recherche aéronautique. En 1999, les partenaires d'Airbus mettront en place une société plus intégrée. " Si les Etats acceptent une société Airbus avec une seule entité de recherche-bureaux d'études, ils accepteront nécessairement une entité pour l'amont ", reconnaît Michel Scheller, le président de l'Onera. Déjà, les grands moyens d'essais européens sont mis en concurrence par les avionneurs. Boeing a ainsi préféré la soufflerie de Farnborough, quasi identique à celle du Fauga, près de Toulouse, pour les essais de son Boeing 777.

Pas de Nasa à la française pour l'instant

Pour le Cnes comme pour l'Onera, l'heure de vérité a donc sonné : vérité sur leurs compétences techniques, mais aussi sur une certaine forme d'" efficacité ". Traumatisant sans aucun doute pour les personnels des deux organismes, qui comprennent mieux le langage des chercheurs que celui de Bercy. Le soutien de l'Etat, vital pour leurs activités, est pourtant de plus en plus ténu. L'Etat a beau assurer au Cnes qu'il maintiendra constante, pour les cinq ans à venir, sa subvention d'investissement (8,35 milliards de francs en 1996), l'agence n'a-t-elle pas enregistré une baisse de 15 % de ces crédits entre 1994 et 1995 ? Le financement de l'Onera par le ministère de la Défense (via sa subvention et les contrats de la Délégation générale pour l'armement) dégringolera de son côté de 20 % d'ici à 2002. C'est écrit noir sur blanc dans la nouvelle loi de programmation militaire. Face aux restrictions budgétaires, il est prévu que l'effectif soit ramené à 1 650 personnes en 2002, avec une forte réduction du personnel indirect. Pour Michel Scheller, " le moment est sans doute venu de se poser la question d'une double tutelle "ministère des Transports et ministère de la Défense", le secteur civil tirant désormais davantage les recherches que le militaire. Le gouvernement aurait pu être tenté de régler l'avenir du Cnes et l'Onera dans un même geste, comme l'avaient d'ailleurs envisagé François Fillon lorsqu'il était ministre de la Recherche, ou le député PR du Var Arthur Paecht. La question reste posée par la simple évolution des technologies, estime un scientifique. " On parle de plus en plus de systèmes de navigation aéronautique basés sur des satellites. Qui sera l'expert ? " Pour l'instant, les voies choisies pour l'évolution des deux organismes bifurquent. Michel Scheller a proposé la création d'un comité de liaison qui se réunira tous les ans pour s'assurer que le Cnes utilise au mieux les compétences de l'Onera et que celle-ci (qui tire 7 % de ses ressources du Cnes) lui donne satisfaction. Voilà pour assurer la paix aux frontières. Mais point de Nasa à la française pour l'instant. " La Nasa entretient des équipes concurren- tes, estime-t-on au ministère de la Défense. C'est bien. Mais autant une compétition bienveillante est stimulante, autant une compétition à outrance est mauvaise pour la recherche et pour les deniers de l'Etat. "

L'Onera veut améliorer sa productivité

Les cinquante ans d'existence de l'Onera et les 43 ans de moyenne d'âge de son personnel suffisent d'ailleurs à expliquer la nécessité, pour l'office, de rajeunir ses structures. " Aujourd'hui, le management est assez lourd, et, on ne peut pas parler d'une véritable unité de l'office en ce qui concerne sa mission principale, qui est la recherche ", diagnostique Michel Scheller. Son objectif : une organisation qui permette une " meilleure productivité " de l'office, c'est-à-dire " que sa valeur scientifique soit reconnue sur le plan mondial ". La création d'une vingtaine de départements de 60 à 80 personnes répartis entre quatre branches (mécanique des fluides, matériaux et structures, physique et traitement de l'information) sera proposée dans le plan d'entreprise remis au ministre de la Défense le 15 décembre. Chacune sera gérée comme une PME par son directeur, responsable de l'élaboration et de l'exécution d'un programme annuel. Pour les souffleries et les moyens industriels, le président de l'Onera souhaite également " avoir une réalité des coûts et une transparence sur la réalité des coûts. En matière de coûts, je considère qu'on a des progrès à faire ". Ce que ne dira pas le plan d'entreprise, c'est le sort qui est réservé aux sites. L'une des trois implantations de la région parisienne est sur la sellette. Le président de l'Onera se donne six mois de plus pour trancher entre Chalais-Meudon et Châtillon, sur la base d'une véritable étude économique. La rationalisation des grands moyens d'essai prendra également du temps. Les discussions menées entre sept offices de recherche européens, dans le cadre de l'Aera, sont dans l'impasse. La France vient de décider de négocier en bilatéral avec les Britanniques. Mais, pour le ministère de la Défense, l'Onera doit aussi être le pôle d'essais aérodynamiques français. " Il est certain que les installations de la DGA peuvent venir gonfler le parc des installations de l'Onera, reconnaît Michel Scheller. Le délégué général pour l'armement m'a demandé, avant d'aller plus avant dans cette discussion, que sa propre réorganisation soit sur les rails. "

Le Cnes propose un partenariat à l'industrie

Le nouvel organigramme du Cnes sera en revanche en place cette semaine. Le président Alain Bensoussan s'entoure de trois directeurs généraux adjoints, chargés respectivement de la stratégie, de la technique et des affaires intérieures. Et la grosse direction des programmes et de la politique industrielle disparaît au profit d'une direction de programmes qui se rapproche de Toulouse. But de la manoeuvre : donner au Cnes " une vraie stratégie au sens des programmes, qui soit construite autour du partenariat avec l'industrie , renforcer ses compétences techniques et relancer le dialogue européen ", explique Jean-Yves Le Gall, directeur chargé de l'élaboration du plan stratégique au Cnes. Cette volonté de sortir du rôle de bailleur de fonds illustre bien, en fait, la crise existentielle que traverse le Cnes. Son image dorée de concepteur et d'architecte système sur le programme Ariane 5, qui en fait une agence à part dans le paysage européen, a pris un sacré coup avec l'échec du premier tir, en juin dernier. Aérospatiale doit voir son autorité d'architecte industriel renforcée. Que va faire le Cnes ? Le plan stratégique ne le dit pas clairement. De la recherche ? C'est le rôle de l'Onera. Du développement d'applications ? L'industrie spatiale, parvenue à maturité, estime qu'elle peut s'en charger. " Le Cnes peut amener le financement et ses compétences techniques, l'industrie apportant sa connaissance des marchés ", selon Jean-Yves Le Gall. Ces orientations doivent certes être précisées dans un document final qui sera remis fin novembre au ministre chargé de l'espace. Mais personne n'ignore que ce plan ne sera, comme pour l'Onera, qu'un rapport d'étape, avant une rationalisation européenne plus poussée.



Les organismes français sont en crise

Le Cnes
(Centre national d'études spatiales)

· Effectif total : 2 500 personnes.

· Placé sous la tutelle du ministère délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace, il propose au gouvernement des programmes spatiaux, qu'il conduit ensuite, et supervise les recherches développées par des laboratoires extérieurs.

· Doté d'un budget de 12,2 milliards de francs (fourni à 76 % par l'Etat).

· 44,6 % du budget est consacré aux programmes Ariane 5 délégués, 20,1 % à l'observation de la Terre, 1,7 % aux sciences de l'univers, 1,5 % aux sciences en micropesanteur, 1,2 % aux radiocommunications et 4,5 % à d'autres programmes (les 26,4 % restants vont au fonctionnement général et à la TVA).

Questions à résoudre

· L'amputation des programmes nationaux. n Le rôle croissant de l'Agence spatiale européenne.

L'Onera (Office national d'études et de recherches aérospatiales)

· Effectif total : 2 287 personnes.

· Placé sous la tutelle du ministère de la Défense, il est chargé des recherches en amont et appliquées dans l'aéronautique et l'espace.

· Doté d'un budget de 1,1 milliard de francs (fourni à 43 % par l'Etat).

· 31 % des ressources sont consacrés aux activités " avions ", 28 % aux systèmes militaires et missiles stratégiques ou tactiques, 15 % à l'espace, 10 % aux turbomachines, 9,5 % à des études à finalités multiples, 5 % aux hélicoptères, 1,5 % à des études hors aérospatial et armement.

Questions à résoudre

· La baisse de la subvention étatique. n La mise en place de projets de recherche européens.



Alors que les Allemands et les Britanniques s'adaptent

En Allemagne (Chiffres 1995)

La DLR (institut de recherches aéronautiques et spatiales)

· Effectif total : 4 000 personnes.

· Missions comparables à celles de l'Onera avec un rôle d'architecte des systèmes spatiaux, plus des activités de recherches dans l'énergie.

· Dotée d'un budget de 2,5 milliards de francs.

La Dara (Agence spatiale allemande)

· Effectif total : 263 personnes.

· Missions comparables à celles du Cnes sans les missions techniques du Centre spatial guyanais et avec moins d'expertise technique.

· Dotée d'un budget de 4,8 milliards de francs.

Ce qui est prévu

· Transfert des activités de la Dara à la DLR.



Au Royaume-Uni

La DRA
(Agence de recherche de la Défense)

· Effectif total : 6 500 personnes.

· Mission de recherche de base et d'expertise dans les systèmes aériens, terrestres et navals, recherche fondamentale dans les matériaux, recherche appliquée et support technique dans les systèmes d'armes ainsi que dans les systèmes de commande et d'information.

· Dotée d'un budget de 5 milliards de francs.

Ce qui a été fait

· Depuis avril 1995, la DRA et trois autres laboratoires de recherches non nucléaires du ministère britannique de la Défense (PLSD, CDA et DTEO) ont été regroupés dans la Dera.

USINE NOUVELLE N°2570
 

 

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