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La recette qui a sauvé St Mamet 

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Racheté en 2015 en quasi faillite, le spécialiste des fruits en conserve est sorti de sa léthargie, en optimisant la production et en lançant des produits innovants.

La recette qui a sauvé St Mamet 
Thierry Meynier de Salinelles, président de Conserve Gard?; Matthieu Lambeaux, PDG de St Mamet?;et Joël Derrien, responsable marketing de St Mamet.
© PHOTOPQR / MIDI LIBRE / AGATHE BEAUDOUIN ; D.R.

Les entreprises citées

L’histoire de la renaissance de St Mamet débute en 2013,quand trois dirigeants du groupe Findus – Matthieu Lambeaux, Cécile Williot et Éric Nemorin – décident de s’associer pour reprendre une entreprise. La banque d’affaires Transcapital est mandatée pour trouver la perle rare : une activité implantée en France, une marque connue dans l’alimentation et un challenge à relever. Après presque deux ans de recherche, la marque de fruits au sirop St Mamet leur est proposée. Le groupe italien Conserve Italia, spécialiste des conserves de légumes, désire se défaire de sa branche française spécialisée dans les fruits au sirop, en difficulté. Un compromis de vente est signé en juin 2015 et une structure juridique séparée est créée. Elle intègre l’usine de Vauvert (Gard), qui emploie près de 110 salariés. Un contrat de sous-traitance est mis en place entre la nouvelle société St Mamet et Conserve Italia pour maintenir certaines activités, dont la logistique. Pour financer le rachat, les associés font appel à la société financière Florac, fondée en 2009, détenue par Marie-Jeanne Meyer, actionnaire historique du groupe Louis Dreyfus, et dirigée par Léopold Meyer.

Pour relancer l’activité, les associés prévoient d’investir 10 à 15 millions d’euros sur trois ans, financés principalement par Florac. « Nous pensions améliorer les équipements existants. Mais quand nous avons pris les clés de l’usine, nous avons un peu déchanté », précise Cécile Williot, la directrice administrative et financière de St Mamet. Tous les coûts industriels sont passés en revue. Les installations sont remises aux normes, grâce, notamment, à l’ajout de portes coupe-feu, d’alarmes incendie et d’éclairages de sécurité. « Nous avons paré au plus urgent. L’usine était en léthargie depuis trois ans », souligne Éric Boythias, nommé directeur de l’usine de Vauvert le 1er décembre 2015.

La PME a également investi dans des équipements afin d’augmenter la productivité. Elle a fait l’acquisition d’un concentreur de fruits qui permet de diminuer les déchets par deux. La maintenance des lignes a été internalisée, ce qui a généré des économies. Les méthodes de production des deux lignes (fruits au sirop, compotes-confitures) ont été revues afin de réduire les temps de rotation, les arrêts sur les lignes et les coûts liés à la « non-qualité ». Enfin, des formations sur la conduite des machines ont été mises en place pour permettre aux équipes d’effectuer une maintenance élémentaire, participer aux révisions et instituer l’autocontrôle.

Le « Zara model » appliqué aux produits

Pour motiver les salariés, une prime à la performance a été instaurée, proportionnelle aux économies réalisées. « Notre objectif est de gagner en flexibilité et de réduire l’emploi de personnel saisonnier », détaille Éric Boythias. Résultat, 1,4 million d’euros a pu être économisé au bout d’un an. Dans le même temps, les achats, hors matières premières agricoles, ont été passés au peigne fin. Tous les fournisseurs ont été mis en concurrence. « Il a fallu, là aussi, convaincre pour pouvoir payer de nouveau à soixante jours, car personne ne nous faisait confiance. Nous avons fait le tour des assureurs-crédits », se rappelle Cécile Williot. Ce travail a permis de réaliser un gain de 10 % sur les dépenses, notamment sur les emballages. St Mamet a par ailleurs lancé la réindustrialisation de son site. Le projet prévoit un bâtiment plus fonctionnel et économe en énergie, ainsi que de nouvelles lignes de conditionnement dédiées aux oreillons de pêches et aux cocktails de fruits. Il devrait être achevé à l’horizon 2018 et représentera au total 10 millions d’euros d’investissements.

Parallèlement à la refonte industrielle, la PME gardoise a mis en place un plan produits baptisé « Zara model », du nom de la marque de prêt-à-porter. « Cela consiste à sortir de nombreuses innovations pour relancer la marque et créer de la valeur ajoutée, comme nous l’avions fait chez Findus », explique le PDG, Matthieu Lambeaux. Pour piloter ce plan, la direction a fait appel à Joël Derrien, le responsable marketing France de Conserve Italia. De cinq nouveaux produits par an en moyenne avant le rachat, St Mamet est passé à une quarantaine. La stratégie consiste à monter en gamme et à lancer des offres innovantes pour se démarquer. Des filières qualité ont été mises en place avec les arboriculteurs du Languedoc-Roussillon, pour la fourniture des pêches et des poires notamment, mais aussi avec l’approvisionnement étranger de certains fruits comme l’ananas. La PME a signé un partenariat avec le philippin S & W pour de l’ananas de qualité, avec des critères de durabilité qu’elle met en avant sur ses produits. Par ailleurs, la marque a multiplié les innovations de « rupture ». Après les coupes individuelles de fruits au sirop et les bâtonnets d’ananas associés à de la mangue ou à de la papaye, St Mamet part à l’assaut du marché du snacking, en plein développement. Une gamme de compotes à boire, conditionnées dans des bouteilles plastiques de 250 grammes, « Ze Compot », est proposée depuis l’automne dernier, en même temps que des compotes veloutées proposées dans des bouteilles Tetra Pak de 800 grammes. « Notre atout est de savoir réagir très vite. Nous avons conçu ces innovations en seulement quelques mois. Nos recettes ont été retravaillées pour avoir une texture suffisamment liquide, veloutée, proche du smoothie », se félicite Matthieu Lambeaux.

Pour fabriquer ces nouveaux produits en limitant les coûts, St Mamet s’allie à des sous-traitants, comme Conserve Italia. « Si les volumes de ventes sont importants, nous pourrons les fabriquer chez nous », affirme le PDG. En attendant, l’activité de la marque convalescente se redresse peu à peu. D’un Ebitda négatif en 2015, la PME est repassée dans le vert [lire encadré]. Si les ventes suivent, St Mamet aura sorti la tête de l’eau dans un an. Prochaine étape : atteindre 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, contre 100 millions en 2016, notamment grâce à l’exportation.

Le besoin en fonds de roulement,nerf de la guerre

Si l’on en mange toute l’année, la récolte des fruits et légumes ne dure que quelques mois. Il revient aux industriels de s’organiser pour financer une activité saisonnière. Mais ce n’est pas toujours facile de s’attirer la confiance des banques. Entre août et novembre, St Mamet fabrique douze à quatorze mois de stock de produits finis. « Cela nécessite un besoin enfonds de roulement important », souligne Cécile Williot,sa directrice administrative et financière. Problème : en 2015, aucune banque ne voulait prendre le risque, seule, de prêterà St Mamet, une entreprise moribonde, qui se retrouvait,dès sa reprise, avec un Ebitda négatif de 3 millions d’euros. « Six mois de travail ont été nécessaires pour convaincre un pool de six banques de prêter quelques dizaines de millions d’euros à rembourser sur cinq ans », se rappelle Cécile Williot. L’expérience des repreneurs venus de grands groupes tels que Findus et Coca-Cola a permis de gagner la confiance des banquiers. Mais St Mamet sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. Son Ebitda doit passer à 2,5 millions d’euros en 2017. 

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