"La rationalisation du secteur minier en Chine va durer", avertit Christian Mion d'EY

Le nombre de transactions (fusions, acquisitions et levées de capitaux) dans le secteur des mines et métaux a chuté de 34% entre 2014 et 2015, indique le cabinet EY. L'an passé, 46 entreprises du secteur ont fait faillite. L'or est, pour sa part, le métal le plus convoité, s'arrogeant 29% de la valeur totale des opérations. Christian Mion, associé spécialiste du secteur Mines et métaux chez EY, décrypte ces chiffres pour L'Usine Nouvelle.

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L'Usine Nouvelle.- Quelles raisons expliquent la chute des transactions en 2015 ?
Christian Mion .- Il y a eu une résilience plus grande des sociétés. On savait que la situation serait compliquée, qu’elle pourrait être fatale pour certains, mais les sociétés ont économisé le cash dont elles disposaient, et ont essayé de tenir le plus longtemps possible. Les transactions que l’on attendait en 2015 devraient être décalées en 2016. En fin de semaine dernière, les sociétés minières Perseus Mining (Australie) et Amara Mining (Grande-Bretagne) ont notamment fait l’actualité, en annonçant un rapprochement possible.
Les opportunités d’éliminer des concurrents ou de s’agrandir à faibles coûts sont reportées sur 2016. Il y a aussi des reports d’investissements significatifs. Les risques demeurent néanmoins nombreux, faute de cash, d’où une sélection plus accrue des projets. Il ne faut pas non plus écarter les risques de faillite.

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La remontée des cours de l’or, depuis le début de l’année, peut-elle favoriser les investissements dans ce secteur ?
Les aurifères se redressent un petit peu, mais manquent de cash. De grandes aurifères se sont déclarées prêtes à faire des acquisitions, mais qualitatives. Il faut corréler ce qui se passe sur les aurifères avec le fait que la Chine a continué à acheter de fortes quantités d’or sur les marchés. La demande en or a augmenté, mais est dopée en partie par des banques centrales qui se renforcent compte tenu du faible prix de la tonne d’or. Sur les cinq dernières années, le prix de l’once d’or a perdu la moitié de sa valeur, passant d’environ 2000 dollars à environ 1000 dollars. Actuellement, le prix se redresse – il s’agit la seule matière, avec la bauxite, qui est sur une tendance positive.

Pourquoi le secteur du charbon semble-t-il plus fragile que les autres ?
Il est égal aux autres secteurs à peu de choses près (l’offre supérieure à la demande, un désintérêt global pour les commodities, la baisse de la consommation de la Chine), mais pâtit de l’arrivée sur le marché de mines lancées en 2009-10. Celles-ci ont contribué à une hausse de l’offre. L’essor des préoccupations environnementales fait, par ailleurs, que le charbon est considéré comme un gros émetteur de carbone qui contribue à l’effet de serre et s’inscrit en rupture avec les pratiques de bonne gouvernance notamment à la suite de la COP21 dont on ne peut pas négliger l’impact.

Quel est l’impact du contexte économique difficile en Chine ?
Les Chinois ont officiellement annoncé l’absolue nécessité, pour le secteur minier, de se rationaliser. Cela avait été annoncé en filigrane par le gouvernement chinois au travers de la restructuration des SOE (State Owned Enterprises, sociétés d’Etat). Le secteur de l’acier chinois a annoncé une coupe de 15% des effectifs (1,5 à 1,8 million de destructions d’emplois). Il y a aussi une restructuration attendue des secteurs du fer et du charbon. 5 à 10 millions de personnes dans les années à venir devraient être dans une situation de perdre leur emploi sur ce secteur. On parlait déjà, il y a trois ans, de telles annonces ! Nous en sommes qu’au début des annonces négatives sur la Chine.

Comment les producteurs sont-ils affectés par le ralentissement économique chinois ?
Nous n’attendons pas, avant la fin 2017 au minimum, une reprise des cycles haussiers sur certaines matières, à l’exception de la bauxite et du zinc. Il est probable que cela dure au-delà de 2017. Toutes les informations communiquées aujourd’hui sur l’atterrissage significatif de la Chine auront un effet durable sur la demande. Cela pourrait éliminer un certain nombre d’acteurs. Même les plus grosses sociétés publient des pertes extrêmement significatives. La plus étonnante et la plus intéressante à suivre va être Vale (qui a annoncé des pertes nettes de plus de 12,1 milliards de dollars en 2015). En-dehors des facteurs macro-économiques globaux, le contexte global du Brésil va affecter cette société (les BRIC connaissent des difficultés économiques significatives). Dans un autre registre, à partir du moment où l’Australie vend une tonne de fer à 35 dollars au lieu de 180, elle ne bénéficie plus des mêmes recettes.

Propos recueillis par Franck Stassi

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