La psychologie sociale, compétence clé de l'industrie du futur

L'École nationale supérieure des arts et métiers de Lille a organisé, vendredi 2 juin, une journée dédiée aux nouveaux besoins en formations et compétences liés à la robotique collaborative et à l’industrie du futur. Au centre des discussions : la transdisciplinarité et l’approche psycho-sociale.

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La psychologie sociale, compétence clé de l'industrie du futur
Dans l'usine-école de l'Université de Technologie de Compiègne.

"L'industrie 4.0, c'est la collaboration de plusieurs technologies et la collaboration de l'homme avec la machine." En définissant ainsi ce concept phare, le directeur de l'innovation et de la production de Kuka France, Christian Verbrugge, souligne en une phrase les compétences clés dans l'usine de demain, à savoir la transdisciplinarité et la psychologie sociale. C'est en effet autour de ces deux enjeux que se sont cristallisés les échanges entre acteurs de l'enseignement supérieur et industriels le 2 juin lors d'une journée organisée par l'École nationale supérieure des arts et métiers de Lille (ENSAM Lille) sur le thème des nouveaux besoins en formations et en compétences liés à la robotique collaborative et à l’industrie du futur.

Kuka, entreprise allemande spécialisée dans les robots industriels et solutions de production automatisées, ressent ces besoins autant en interne que chez les clients auxquels s'adressent ses solutions. "L'industrie ne demande plus aux roboticiens de fabriquer un robot mais de l'utiliser afin de créer une application, un usage, explique Christian Verbrugge. Nous avons donc besoin de couteaux-suisses qui puissent créer un système robotique en l'adaptant à son environnement, à la fois humain et technologique. Les ingénieurs en robotique doivent désormais être polyvalents. Ils doivent connaître la mécanique mais aussi savoir développer des logiciels en java ou imprimer des pièces en 3D par exemple."

Ce besoin de transdisciplinarité vient de l'évolution de la robotique, avec des machines à la fois plus complexes et plus intégrées, à l'image des cobot, ces petits robots qui travaillent en collaboration avec les humains. "Avec les nouvelles technologies et moyens de communications utilisés dans la robotique collaborative, le robot n’est plus seulement une machine à programmer mais une machine ouverte sur un univers humain et connecté ; les industriels ont donc besoin d’ingénieurs formés en mécanique, mais aussi en informatique et en mathématiques pour qu’ils puissent s’occuper de la gestion de signal, des systèmes de bus de terrain, etc.", appuie Richard Bearee, enseignant chercheur en robotique et directeur du nouveau mastère spécialisé "Colrobot - Expert en robotique collaborative pour l'industrie du futur", proposé pour la première fois cette année par l'ENSAM Lille. Cette nouvelle offre de formation (un an, accessible après un diplôme d'ingénieur) répond aux besoins et à la sollicitation de douze industriels qui ont participé à l’élaboration de son contenu.

"Travailler sur l’acceptabilité de la machine par l’homme"

Au-delà de mixer les disciplines scientifiques et techniques, ce mastère revêt une caractéristique plus surprenante : l'enseignement d'un psychologue, également diplômé en robotique. "L’ensemble de l’industrie veut s’engager dans la robotique collaborative mais pour l'instant personne ne l’a vraiment fait, justifie Richard Bearee. C’est pourquoi les jeunes que nous formons doivent être prêts à travailler sur l’acceptabilité de la machine par l’homme. Mettre en place une cellule robotique dans l’usine, c’est aussi prévoir son intégration."

Une problématique confirmée par les industriels. "Nos difficultés ne sont pas tant technologiques que sociales car liées à la question de savoir comment nous pouvons intégrer nos machines dans les usines", souligne Pascal Freyburger, directeur Machine Design Center chez Schneider Electric, qui a introduit un premier robot collaboratif dans l'une de ses usines, co-développé avec l'ESAM Lille.

"Nous avons des difficultés à trouver des profils qui maîtrisent l'intégration et la connectivité ainsi que des profils qui ont des compétences en sciences humaines, témoigne de son côté Guy Caverot, directeur Innovation et robotique au sein de BA Systèmes. Aujourd'hui, les ingénieurs que nous recrutons doivent pouvoir comprendre les humains qui travaillent dans les usines et savoir identifier ce qu'il faut ou non robotiser." Face à cette problématique, la PME française, spécialiste de solutions pour chariots automatiques (AGV), a décidé d'innover en interne. "Les trois quart de nos projets en robotique sont menés avec des anthropologues et des sociologues et nous avons pu faire le constat de la richesse de leur approche en terme de compréhension de la structuration humaine", développe Guy Caverot. Et de prendre en exemple le travail réalisé par BA Systèmes lorsqu'elle a choisi de se diversifier en concevant des robots de rééducation. "Nous avons été accompagnés pendant trois ans par une équipe de chercheurs en psychologie sociale. Elle a interrogé les patients, leurs familles et les directions des centres de rééducation et nous a accompagné durant tout le projet, de la conception des robots jusqu'à leur implantation." Si l'industrie du futur crée de nouveaux métiers, elle pourrait aussi signifier l'arrivée dans les usines de disciplines jusque-là peu représentée dans le monde industriel.

Marion Garreau Cheffe du service innovation et industrie du futur
Marion Garreau

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