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L'Usine Auto

"La promesse 'zéro accident' du véhicule autonome est dangereuse", selon Jean-François Bonnefon

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Entretien Dans une étude publiée par " Nature ", le docteur en psychologie Jean-François Bonnefon explore les dilemmes moraux posés par le véhicule autonome.

La promesse 'zéro accident' du véhicule autonome est dangereuse, selon Jean-François Bonnefon
Jean-François Bonnefon, créateur du site "Moral Machine".

L'Usine Nouvelle - Le site Moral Machine, que vous avez lancé avec des experts du Massachusetts institute of technology et de Harvard, permet aux citoyens de choisir entre différents scénarios mortels impliquant un véhicule autonome. Quelles conclusions tirez-vous de cette expérience ?

Jean-François Bonnefon - Notre objectif était de confirmer le résultat d’une première étude qui montrait que lorsqu’ils devaient faire un choix, les citoyens privilégiaient la solution permettant de sauver le plus de personnes. Nous avons obtenu 40 millions de réponses émises par 2,3 millions d’internautes de plus de 200 pays. Cela nous a permis de montrer que les particularismes culturels jouent sur la force des préférences, mais jamais sur leur direction. Partout, les citoyens préfèrent sauver le plus de personnes possible, les humains plutôt que les animaux, et les enfants.

La présence de sans-abri ou criminels dans vos scénarios interpelle, comme certaines réponses vis-à-vis de ces critères. Pourquoi les avoir fait figurer ?

Nous avons obtenu des réponses contestables. Les personnes à haut niveau social sont plus souvent sauvées que les sans-abri, ainsi que celles qui respectent la loi et traversent la rue au vert. Notre objectif était d’avoir de bons exemples de biais dans la société pour montrer qu’il ne faut pas prendre naïvement les données de Moral Machine et appliquer aveuglément les préférences des citoyens pour programmer les voitures. C’est au contraire un moyen de lancer la discussion pour les gouvernements souhaitant anticiper les points de friction à venir sur le véhicule autonome.

Certains experts estiment que les gains en sécurité permis par la voiture autonome rendent ces dilemmes obsolètes. Vous n’êtes pas de cet avis ?

Je crois que les voitures autonomes feront baisser le nombre d’accidents. Mais il risque hélas d’y en avoir encore. L’accident d’Uber l’a déjà montré, et pourtant les prototypes ont encore très peu conduit au regard du nombre de kilomètres ­parcourus par les humains chaque année ! La promesse qui consiste à dire que les véhicules seront tellement fiables qu’il y aura zéro accident me paraît donc dangereuse. Cela met la barre tellement haut dans l’esprit des consommateurs qu’il sera ensuite difficile d’expliquer pourquoi un ­accident aura eu lieu.

L’Allemagne a mis en place en 2017 une commission sur ces questions éthiques. Comment analysez-vous les recommandations émises ?

Elles illustrent les contradictions à l’œuvre. Tout le monde est d’accord sur le fait de ne pas faire de différence entre deux vies humaines. Mais cela peut mettre mal à l’aise de voir une voiture tuer une petite fille pour épargner des adultes... On comprend très bien la position de la commission allemande, qui vise à couper court à toute dérive en interdisant les distinctions entre personnes. Mais si les gouvernements vont dans ce sens, ils devront faire preuve de pédagogie s’il leur faut un jour expliquer pourquoi un enfant a péri dans un accident impliquant une voiture autonome.

Pensez-vous que l’acceptation des véhicules autonomes par les citoyens soit susceptible de décider du sort de ces systèmes ?

Je ne pense pas. Ce qui va vraiment décider de l’avenir de la technologie, c’est le pourcentage d’accidents. C’est sur cela que les constructeurs doivent se concentrer. Les questions éthiques pèseront plus lourd dans le cas de l’autonomie complète, parce que le véhicule sera en contact avec des usagers variés. Mais elles devraient avoir in fine un effet modéré sur l’adoption de la technologie.

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