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"La profitabilité est ma priorité numéro un", explique Paul Boudre le patron de Soitec

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Entretien Après avoir remis Soitec sur le chemin de la croissance, Paul Boudre, le directeur général de la société iséroise, mise sur la percée de la technologie FD-SOI.

La profitabilité est ma priorité numéro un, explique Paul Boudre le patron de Soitec
Paul Boudre, PDG de Soitec, entreprise sepecialisee dans la conception et la production de materiaux semi conducteurs, plaques de silicium sur isolant.
© Francois HENRY/REA

Sommaire du dossier

L'Usine Nouvelle - Soitec retrouve enfin la santé. Comment avez-vous réussi ce redressement ?

Paul Boudre - Il y a deux ans et demi, nous avons annoncé une nouvelle stratégie, avec la sortie du solaire et le recentrage sur l’électronique. Nous avons choisi de nous positionner sur les composants radiofréquences pour mobiles, les circuits de puissance dédiés notamment à l’automobile et les puces de traitement pour applications à forte exigence de performances, de coût et de consommation comme les mobiles d’entrée et moyenne gamme, les systèmes d’assistance à la conduite automobile et l’internet des objets. Cette stratégie porte ses fruits.

Le frémissement autour de la technologie FD-SOI se traduit encore peu dans vos résultats, pourquoi ?

Sur l’exercice 2016-2017, nous avons enregistré une croissance de 4 % à monnaie constante. Cela peut paraître modeste. Mais nous avons dû faire face au déclin de notre technologie historique PD-SOI, ancêtre de la techno­logie FD-SOI. Elle est tombée à 10 % de la capacité de Bernin 2, notre unité de production de plaques de 300 millimètres. Maintenant, notre croissance va s’accélérer. Nous avons repris les embauches, avec le recrutement cette année de 150 personnes à Bernin (Isère).

Qu’en est-il de la rentabilité ?

Quand j’ai pris la tête de l’entreprise, au début de l’année 2015, j’ai fait de la profitabilité la priorité numéro un. Tous les développements récents ont un impact positif sur nos résultats. Sur le dernier exercice comptable, nous avons dégagé un bénéfice net de 8,4 millions d’euros, contre une perte de 72,2 millions sur l’exercice précédent. Nous avons obtenu ce résultat en dépit de la chute plus rapide que prévu de l’activité PD-SOI, qui a fait tomber le taux d’utilisation de Bernin 2 à son niveau le plus bas : 14 % à la fin de septembre 2016. Le taux est remonté à 29 % un semestre plus tard, ce qui témoigne d’une dynamique favorable. Bien qu’ayant touché son point le plus bas, l’activité de plaques de 300 mm est restée à l’équilibre. Et celle de plaques de 200 mm, qui tourne à pleine capacité depuis plus d’un an, est bénéficiaire. Le modèle de Soitec est aujourd’hui ­profitable et pérenne.

Qu’est-ce qui vous rend si confiant ?

Jusqu’ici, nous étions portés par les plaques de 200 mm pour circuits radiofréquences de notre unité Bernin 1. Cette activité, qui a représenté 60 % du chiffre d’affaires du dernier exercice fiscal, a joué un rôle essentiel dans la stabilisation des résultats de l’entreprise ces dernières années. Elle va continuer de croître en raison de l’augmentation de la taille des composants et de l’inflation des bandes de fréquences dans les mobiles. En outre, nous disposons de quatre moteurs de croissance pour les plaques de 300 mm dans les années à venir. Le premier concerne les circuits radiofréquences que certains clients veulent passer sur 300 mm pour bénéficier de technologies de fabrication avancées disponibles uniquement en cette taille. Le deuxième réside dans la technologie FD-SOI dédiée aux circuits de traitement pour les mobiles, l’automobile et l’internet des objets. Les deux derniers sont liés à deux marchés émergents, les composants photoniques pour équipements de datacenters et les imageurs de nouvelle génération pour mobiles.

La technologie FD-SOI existe depuis des années. Est-ce qu’elle va enfin décoller ?

En plus de STMicroelectronics, à Crolles (Isère), il existe maintenant deux fondeurs de semi-conducteurs qui supportent cette technologie : GlobalFoundries à Dresde, en Allemagne, et Samsung, en Corée du Sud. La technologie est mature et les rendements de fabrication sont excellents. Beaucoup de produits sont au stade de test et qualification, comme les processeurs d’application de NXP, fabriqués chez Samsung en 28 nanomètres, et la puce d’assistance à la conduite automobile de Dream Chip Technologies, réalisée chez GlobalFoundries en 22 nanomètres. GlobalFoundries revendique 70 clients pour son procédé de 22 nanomètres, avec certains de ses produits déjà au stade de qualification. Tous ces développements sont prometteurs. Il est possible que certains voient leur commercialisation décalée de trois ou six mois. Mais d’autres vont franchir le seuil du marché d’ici à la fin de l’année. La question n’est plus de savoir si la technologie FD-SOI va décoller, mais quelle sera l’ampleur de son décollage.

De quoi dépendra l’ampleur de ce décollage ?

Elle dépendra de la nature des produits qui seront mis sur le marché. Si c’est une puce de petite taille comme le GPS de Sony, fabriqué chez Samsung en 28 nanomètres et embarqué dans les montres de Huami et Casio, la demande sera de quelques milliers de plaques par an. Ce sera intéressant en termes d’image car cela rendra notre technologie visible dans le grand public. Mais l’effet sur notre production restera limité. En revanche, si c’est un processeur de smartphones, cela pourrait générer une demande de 100 000 à 200 000 plaques par an. C’est pourquoi nous sommes très attentifs aux résultats de qualification des produits chez Global­Foundries et Samsung. En fonction des circuits qui seront lancés, nous adapterons le rythme de notre investissement d’accroissement de la production de plaques FD-SOI.

Il y a un an, vous avez fait entrer le fonds d’investissement chinois NSIG dans le capital. Pourquoi ?

Nous voulions nous ouvrir le marché en Chine. C’est pourquoi nous avons conclu le partenariat avec Simgui dans la ­production de tranches de 200 mm pour circuits radiofréquences et de puissance. En faisant entrer un actionnaire chinois au capital de Soitec, nous voulions positionner la Chine sur la technologie FD-SOI de 300 mm. C’est la technologie dont elle a besoin pour les circuits dans l’automobile, les mobiles et l’internet des objets. Ce pays va consommer et fabriquer la moitié des circuits intégrés dans le monde en 2020. Il y a une opportunité de l’amener à faire de la techno­logie FD-SOI un standard. NSIG a fait un travail de démarchage pour inciter les fondeurs et les concepteurs chinois de circuits intégrés à l’adopter. Parmi les circuits en qualification chez Samsung et GlobalFoundries, certains viennent de sociétés chinoises fabless [sans unité de production, ndlr]. L’idée est de les fabriquer chez ces deux fondeurs en attendant la mise en place d’une production FD-SOI en Chine, prévue en 2019 chez Huali Microelectronics à Shanghai et dans l’usine de GlobalFoundries en construction à Chengdu, dans la province du Sichuan. 

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