La production électronique française confrontée à une pénurie croissante de main d’oeuvre

La filière de production électronique française peine à recruter pour remplacer la vague de départs massifs à la retraite. Un problème qui risque de freiner son développement si l’Education nationale ne réintroduit pas rapidement l’électronique dans ses cursus de formation initiale.

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La production électronique française confrontée à une pénurie croissante de main d’oeuvre
Eric Burnotte, président du syndicat de la sous-traitance électronique

Contrairement aux idées reçues, la production électronique française, représentée par le SNESE (Syndicat national des entreprises de sous-traitance électronique), n’a pas totalement disparu au profit des délocalisations en Chine. Elle conserve en France la fabrication des petites et moyennes séries. Une activité qui mobilise 515 entreprises et 28 000 personnes, et représente un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en 2016. Durant treize années consécutives, elle a bénéficié d’une croissance de 8 à 10% par an. Si ce développement tend à marquer le pas, ses besoins d’embauches sont en train d’exploser. Le problème, c’est que, du fait de la pénurie de main d’œuvre qualifiée dans la filière, elle peine de plus en plus à recruter.

Pénurie en production et aussi dans les fonctions de support

"Nos entreprises sont confrontées à une vague de départs massifs à la retraite, explique Eric Burnotte, président du SNESE et patron d’Alliansys, un sous-traitant de 70 personnes et 9 millions d’euros de chiffre d’affaires. A cause du manque de compétences sur le marché, elles ne pourront pas les remplacer. Les difficultés de recrutement se font déjà fortement sentir. Elles touchent non seulement des postes de techniciens et opérateurs de production, mais aussi des fonctions de support comme la qualité ou les achats où des connaissances en électronique sont indispensables."

Le SNESE ne dispose pas toutefois de chiffres montrant l’ampleur de la pénurie. Mais les entreprises sont nombreuses à se plaindre du problème. "Nous sommes une société de 50 personnes et nous allons avoir cette année cinq départs à la retraite, témoigne Jérôme Bootz, patron de Systech. Nous savons que nous aurons du mal à leur trouver des successeurs. Non seulement nous allons perdre un précieux savoir-faire, nous risquons aussi de ne pas pouvoir les remplacer."

Désaffection des jeunes envers la filière

Même tonalité chez AsteelFlash, premier sous-traitant électronique français. "Pour faire face à un bond d’activité de 12 à 13%, nous cherchons à étoffer nos équipes sur tous nos sites de production, confie Dominique Laymand, directrice commerciale. Pour chaque site, nous avons 10 postes de techniciens et 50 postes d’opérateurs non pourvus. Multipliez cela par le nombre de sites, cela fait beaucoup de postes à pourvoir." Le groupe, qui emploie 5 000 personnes, compte 18 sites dans le monde, dont six en France.

Le problème provient de la désaffection de la filière par les jeunes, convaincus à tort qu’il n’y a plus d’électronique en France. Mais le SNESE le met également sur le dos des pouvoirs publics. "Depuis la rentrée scolaire 2016, l’Education nationale n’assure plus de formation initiale en électronique en dehors des écoles d’ingénieurs, se plaint Eric Burnotte. Seules quelques formations de BTS subsistent encore. Mais elles ne sont pas toutes adaptées aux besoins de la filière. Il faut que l’Education nationale réintroduise l’électronique dans les formations de BEP et techniciens."

Tir de la sonnette d'alarme

Le SNESE a tiré la sonnette d’alarme auprès de la DGA, délégation générale à l’armement. "Nous sommes dans une situation paradoxale, constate le patron du syndicat professionnel de la filière. Alors que l’électronique se diffuse partout et devient une composante stratégique des équipements de défense, l’Etat ne forme plus personne dans le secteur."

Pour surmonter le problème, le SNESE met en place une plateforme d’e-learning de formation en ligne. Les entreprises tentent de trouver des alternatives au recrutement. "Nous tentons de reporter les départs à la retraite, témoigne Dominique Laymand d’AsteelFlash. Ce n’est pas toujours possible car ce n'est pas ce que souhaitent nécessairement les personnes concernées. Nous faisons aussi appel aux retraités pour des missions à durée déterminée. C’est un palliatif en attendant que le problème de recrutement se résorbe."

La formation au coeur de l'étude prospective sur la filière

Selha Group, un sous-traitant de 900 personnes et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, a choisi d’investir dans son propre programme de formation pour former 20 opérateurs par an. "Le projet vise à remplir les besoins du groupe jusqu’à chez les clients, affirme Jean-Bernard Buisson, PDG du groupe. Mais les opérateurs formés peuvent aller travailler aussi chez d’autres, y compris des concurrents."

La formation devrait figurer dans les axes de l’étude prospective que la DGA se prépare à lancer sur la filière électronique française.

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