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La "prime Macron" réveille les tensions sociales chez STMicroelectronics

Ridha Loukil , , ,

Publié le , mis à jour le 07/03/2019 À 18H12

Les salariés de STMicroelectroncis en France réclament une "prime Macron". La direction penche plutôt pour un supplément d’intéressement à négocier avec les syndicats. La question tend à cristalliser les tensions sociales en germe chez le fabricant franco-italien de semi-conducteurs pourtant au meilleur de sa forme.  

La prime Macron réveille les tensions sociales chez STMicroelectronics
Le site industriel de STMicroelectronics à Crolles, un des hauts lieux de la mobilisation des salariés.
© STMicroelectronics

Les tensions sociales montent chez STMicroelectronics. Après avoir fait circuler une pétition en interne le 5 mars 2019, les trois syndicats représentatifs, CFDT, CFE-CGC et CGT, lancent le 7 mars une journée de mobilisation sur tous les sites du groupe en France. Ils veulent protester contre le non versement de la prime d’amélioration du pouvoir d’achat connue sous le nom de "prime Macron". Ce sera la troisième journée de mobilisation sur la question après les deux journées d’action menées à l’appel de la CGT le 21 janvier dernier sur le site de Crolles, près de Grenoble (Isère), et le 4 février sur le site de Rousset, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Chantage de la direction

Les syndicats réclament une prime de 1 000 euros pour tous les salariés gagnant jusqu’à 54 000 euros brut par an, soit trois fois le Smic. La CGT demande en plus une augmentation générale de 150 euros par mois. Sur un effectif de 10 300 salariés en France, environ 4 200 seraient concernés par cette demande de prime selon la CFDT (6 000 selon la CGT).

La direction penche plutôt pour un supplément d’intéressement à négocier dans le cadre de l’accord d’intéressement conclu il y a un an avec la CFDT et la CFE-CGC. Elle propose de verser un supplément de 800 euros pour les salaires de moins de 25 000 euros, 500 euros pour les salaires de 25 à 35 000 euros et 300 euros pour les salaires de 35 à 40 000 euros. Une offre rejetée par les trois syndicats représentatifs mais que la direction maintient sur la table pour signature.

"Nous ne voulons pas que la prime d’amélioration du pouvoir d’achat proposé par le gouvernement soit mêlée à l’intéressement ou à l’augmentation annuelle des salaires, explique à L’Usine Nouvelle Marc Leroux, délégué CGT. Ce sont des dispositifs différents qui doivent être traités séparément. La direction fait du chantage. Elle menace, en cas d’échec des négociations, de décider unilatéralement d’un supplément d’intéressement, voire de ne rien donner du tout." Direction et syndicats ont jusqu'au 31 mars pour trouver un accord.

La CFDT se montre plus nuancée. "L’intéressement se décide sur la base de réalisation de l’objectif de marge du patron du groupe pour l’année écoulée, rappelle à L’Usine Nouvelle son délégué Eric Potard. Comment négocier un supplément alors que nous ne connaissons pas encore ce résultat ? Nous sommes ouverts à la négociation mais nous continuons à demander la prime de 1 000 euros. ST a engrangé en 2018 des bénéfices record. La prime demandée n’en représenterait que 1 %. ST est la seule entreprise du CAC 40 à ne pas l’avoir accordée."

La direction renvoie la balle dans le camp des syndicats

Après six années de recul et de marasme, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs, qui compte aujourd’hui près de 46 000 personnes dans le monde, a connu un rebond spectaculaire ces deux dernières années. En 2018, il affiche une croissance de 15,8 % du chiffre d’affaires à 9,66 milliards de dollars, de 40 % du bénéfice d’exploitation à 1,4 milliard de dollars et de 60 % du bénéfice net à 1,3 milliard de dollars.

Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général du groupe, accepte le principe de partage des fruits de ces performances avec les salariés. "Durant les années de bons résultats, il est normal que les salariés en bénéficient, affirmait dans l’interview accordée à L’Usine Nouvelle dans la foulée de la présentation des résultats annuels le 24 janvier dernier. La direction de STMicroelectronics France prend acte des soucis exprimés par les employés notamment sur les bas salaires, sachant que les plus bas salaires chez ST sont loin du Smic. Elle a décidé de booster l’intéressement. Les usines en France se sont comportées de façon adéquate au quatrième trimestre 2018. Il est normal que les salariés soient récompensés." Mais il renvoie la balle dans le camp des syndicats qu’il presse de conclure un accord de supplément d’intéressement avec la direction de STMicroelectronics France.

Les syndicats attendent la réunion de la commission d’évaluation de l’intéressement le 13 mars prochain pour ajuster leurs revendications. "Nous connaîtrons alors le montant de l’intéressement  à distribuer cette année, précise Eric Potard. L’an dernier, l’intéressement de base était de 1 100 à 1 850 euros selon le niveau de salaire. Un supplément a été négocié, portant le montant à 2 000 euros pour tout le monde. Avec l’augmentation des bénéfices en 2018, l’intéressement de base pourrait se situer entre 1 500 et 3 500 euros cette année. Nous sommes prêts à négocier un supplément de façon à parvenir à un montant comparable à celui proposé par PSA. Nous pouvons même englober dans les discussions la négociation annuelle obligatoire pour une augmentation générale des salaires de 2 à 3 %." En raison de performances exceptionnelles en 2018, le constructeur automobile, dirigé par Carlos Tavares, a décidé de verser une prime de 3 810 euros bruts à tous ses salariés en France, dont la part de la "prime Macron" varie de 400 à 600 euros selon le niveau de salaire.

Peur de la contagion

Chez les salariés de STMicroelectronics en France, c’est l’incompréhension. "Ils sont surpris par le refus de la direction d’accorder la prime, confie Marc Leroux. Ils ne comprennent pas pourquoi elle refuse ce que la plupart des grandes entreprises ont décidé de faire sans que personne ne le demande. ST, dont l’Etat français est un actionnaire de référence, se trouve dans une situation curieuse de ne pas appliquer une recommandation du gouvernement."

Le motif invoqué souvent est la peur de la contagion. "La direction craint de voir les revendications s’étendre à des salariés dans d’autres pays, notamment l’Italie", précise le délégué CGT. STMicroelectronics est en effet une entreprise franco-italienne créée en 1987 par fusion du français Thomson Semiconducteur et de l’italien SGS Elettronica. Elle compte, de l’autre côté des Alpes, près de 10 300 salariés, presque autant qu’en France.

Jean-Marc Chéry en a pris les commandes en juin 2018 après deux dirigeants italiens. En tant que premier français à la tête du groupe, il ne veut pas donner l’impression à la partie italienne d’accorder un cadeau à la partie française. Il joue donc sa crédibilité en tant que patron au-dessus des intérêts régionaux particuliers. Selon la CFDT, il serait également prisonnier des tensions politiques entre les Etats français et italien, qui détiennent ensemble à parité 27,5 % du capital. "Le contexte politique actuel n’est pas favorable, estime Eric Potard. Le gouvernement italien est contre l’attribution de la prime à la seule partie française."

Cette histoire de prime est-elle en train de réveiller les vieux démons ? "Elle cristallise les tensions sociales en germe et annonce des difficultés à venir chez ST, estime Marc Leroux. Elle est en train de faire remonter à la surface les vieux griefs à l’égard de la direction, comme la distribution d’actions gratuites à une frange limitée de collaborateurs ou la poursuite d'une politique privilégiant les actionnaires avec une distribution généreuse de dividendes et le plan d’achat d’actions de 750 millions de dollars en trois ans. Les salariés ne comprennent pas pourquoi ils sont moins bien récompensés."

 

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