La presse allemande sceptique sur le rachat de Monsanto par Bayer

Bayer aurait-il sous-estimé un changement de stratégie radical et la mauvaise image de Monsanto, son nouveau poulain, se demandent les observateurs allemands.

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La presse allemande sceptique sur le rachat de Monsanto par Bayer

C’est le rachat de tous les superlatifs ! Au lendemain de l'annonce du rachat de Monsanto par Bayer, pour 66 milliards de dollars, le scepticisme domine les commentaires de la presse allemande. Comment le groupe allemand va-t-il pouvoir gérer ce virage stratégique radical, s’interrogent les observateurs. "On est en droit de se demander si leurs cultures d’entreprise sont compatibles, s’inquiète la radio allemande Deutschlandfunk. D’un côté, un Allemand, riche d’une longue tradition dans la chimie et la pharmacie s’attaque de l’autre à un géant américain tape-à-l’œil, sur un marché aux pratiques agressives. Il est difficile de voir comment ils vont s’accorder." Conscient de ce défi, le président de Bayer Werner Baumann a lui-même déclaré, lors de la conférence de presse d’annonce de la fusion : "C’est le début d’un très long processus et non la fin."

L'image négative de Monsanto

Plus grave encore : une grande partie de la presse allemande se demande si leur champion n’a pas sous-estimé l’image déplorable du groupe américain, rendu célèbre pour son glyphosate, substance active de son herbicide Roundup, et pour ses OGM. Jusqu’à présent, Bayer, plus connu pour son aspirine et sa branche pharmaceutique que pour son activité Crop Science (qui représente pourtant 30 % de la division Life Science), jouit d’une excellente réputation outre-Rhin. Un sondage effectué en mai dernier, lors des tractations, avait même montré que 60 % des Allemands pensaient qu’il avait beaucoup à perdre dans l’opération. Mais à l’inverse, le respectable quotidien Süddeutsche Zeitung, qui soutient depuis le début le projet de Bayer, estime que le groupe de Leverkusen est le mieux placé pour gérer cette mauvaise image et redorer le blason de Monsanto. "C’est sa responsabilité", insiste le journal de Munich.

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Quoi qu’il en soit, la taille du nouveau géant n’inquiète pas seulement les autorités de régulation. En Allemagne, politiques et représentants du monde paysan s’alarment aussi de ce monopole. "Moins de choix et des prix en hausse", titre ainsi le Tageszeitung à Berlin. Désormais, les six grands (Monsanto, Syngenta, Bayer, DuPont, Dow et BASF) contrôlent 60 % du marché des semences. Avec un chiffre d’affaires de 23,1 milliards d’euros dans l’agrobusiness, Bayer/Monsanto dépasse de très loin ses concurrents, Syngenta/ChemChina (14,8 milliards d’euros) et Dow/DuPont (14,6 milliards d’euros). "Cette mainmise sur le marché peut entraîner une réduction de l’offre et une pression supplémentaire sur les agriculteurs", estime Bernhard Krüsken, secrétaire-général du groupement des agriculteurs allemands. L’inquiétude porte également sur une possible pression de Bayer en faveur de la culture en Europe des organismes génétiquement modifiés, en mettant en avant les intérêts et les emplois allemands. Au total, le nouvel acteur Bayer/Monsanto emploie 140 000 personnes dans le monde.

Un regard qui tranche toutefois avec celui du monde des affaires, qui se montre plus confiant. Pour le journal boursier Der Aktionär, dans un contexte de fusions-acquisitions, Bayer n’avait d’autre choix pour atteindre sa taille critique. Le renforcement de sa branche Crop Science lui offre un second pilier sur lequel s’appuyer, en cas de chute dans le secteur pharmaceutique ou de tentative d’offre de rachat. Par ailleurs, le groupe allemand peut compter sur la croissance mondiale pour financer son endettement. En raison de l’augmentation de la population et du changement climatique, "le marché mondial des semences et des pesticides va progresser de 85 milliards de dollars actuellement à 120 milliards de dollars à l’horizon 2020", estime ainsi le journal.

Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

DE BERLIN, PAR GWÉNAËLLE DEBOUTTE

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