Quotidien des Usines

La Poste : Gros défis, petits moyens

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Dossier Ecartelée entre sa mission de service public et son environnement concurrentiel, la Poste française avance à petits pas, quand ses homologues allemande et néerlandaise font des pas de géant. Pariant sur son savoir-faire, elle se lance dans les nouvelles t

La Poste : Gros défis, petits moyens

Sommaire du dossier

Effervescence sur le marché européen du colis et du courrier. La Poste néerlandaise, TPG, vient de s'allier au logisticien japonais Kintestu. La Poste allemande, Deutsche Post, a acquis en octobre Air Express International, devenant ainsi le leader mondial du fret aérien. De leur côté, les " expressistes ", profitant de la libéralisation et de la mondialisation des échanges, montent en puissance. Ainsi, le géant américain du transport express UPS (150 milliards de francs de chiffre d'affaires, 10 milliards de résultat) vient de faire une entrée fracassante à la Bourse de New York : il a été valorisé à plus de 350 milliards de francs ! Et s'est offert, le 13 décembre, sur le marché français, Finon Sofecome, spécialiste de la logistique industrielle (411 millions de francs de chiffre d'affaires). Pendant ce temps-là, notre Poste nationale traîne la patte. Elle n'a investi que 2,3 milliards de francs dans le rachat d'entreprises de messagerie et de logistique, contre 30 milliards pour la Poste allemande et 11,5 milliards pour la poste néerlandaise. Hors course ? Gérard Larcher, vice-président du Sénat et président du groupe sénatorial d'étude sur l'avenir de La Poste, ne cesse d'alerter. En 1998, il publiait un premier rapport : " Sauver La Poste : devoir politique, impératif économique ". Faute d'être entendu, le sénateur a récidivé en juin dernier. Titre de son dernier rapport : " Sauver La Poste : est-il encore temps pour décider ? ". Sa conclusion : " Demain, il n'y aura pas de réelles perspectives de développement pour une Poste nationale sans taille critique, sans réseau planétaire et sans capacité capitalistique. Les Postes néerlandaise, allemande et britannique l'ont compris, et elles ont pris les moyens de s'affirmer sur ce nouveau marché postal mondial. " Le privé se déchaîne sur les créneaux porteurs Pas de doute, l'étau se resserre autour de l'opérateur français. Le large monopole sur lequel il était assis fond comme neige au soleil. La directive postale européenne a réduit cette année de 1 kilo à 350 grammes le monopole postal sur les envois. Certes, la déréglementation totale du secteur postal n'est prévue que pour 2003. Et le courrier reste encore partiellement protégé par le monopole de la distribution. Mais, d'une part, les nouvelles technologies lui taillent des croupières (lire page 56). Et, d'autre part, sur les marchés de l'express et du colis, entièrement libéralisés, la bagarre redouble d'intensité. Les acteurs privés se déchaînent. Parce qu'il s'agit de créneaux à forte valeur ajoutée. Mais aussi parce que les taux de croissance dépassent les 10 %. Flux tendu, prestations à valeur ajoutée, nouvelles technologies génèrent une multiplication de commandes et de livraisons. Le marché du colis en Europe de l'Ouest est évalué aujourd'hui à 190 milliards de francs. Et celui de l'express, avec 148 milliards de francs, vient de dépasser les Etats-Unis. Enfin, sur ces marchés, la mondialisation s'accélère. Conscientes de l'enjeu, les Postes européennes ont eu tôt fait de passer à l'offensive. Partie en tête, la néerlandaise, transformée en société anonyme en 1989 et privatisée en 1994, a acheté l'intégrateur australien TNT en 1997. Devenue TNT Post Group (TPG), elle a été la première société postale au monde introduite en Bourse en 1998. En deux ans, TPG aurait racheté vingt-quatre entreprises d'express, colis et logistique pour 11,5 milliards de francs, augmentant son chiffre d'affaires de 11,8 milliards de francs. Sa stratégie est ciblée : disposer d'un réseau intégré et capitaliser ses savoir-faire sur des secteurs industriels comme l'automobile. La Deutsche Post, elle, ratisse tous azimuts, quitte à passer pour boulimique aux yeux de ses détracteurs. En trois ans, elle a acquis plus de 60 milliards de francs de chiffre d'affaires. Klaus Zumwinckel, son président, nourrit l'ambition d'en faire " la première entreprise mondiale de logistique ", avec une palette complète de services. D'où des rachats aussi différents que celui de Danzas, le logisticien suisse, du messager français Ducros Services rapides, ou encore la prise de participation de 22,5 % dans l'expressiste DHL, mais qui s'inscrivent dans la ligne d'une offre globale. Dès 1994, la Poste allemande s'est donné les moyens de son expansion en se transformant en société anonyme. Et, en juillet 2000, elle devrait faire son entrée en Bourse. Retardataire, la Poste britannique fourbit elle aussi ses armes. Début 1999, le Post Office Group, établissement de droit public dont les réserves financières sont estimées à 10 milliards de francs, a acquis German Parcel, quatrième réseau allemand de colis, pour 3 milliards de francs, et la société allemande de messagerie Der Kurier. " C'est un premier pas à l'international ", a annoncé son président, qui souhaite investir 15 milliards de francs dans des acquisitions à l'étranger. Et, pour ce faire, il prépare le Post Office Group à devenir une société anonyme à capitaux publics. Pourquoi La Poste française n'emboîte-t-elle pas le pas de ses concurrents européens ? Premier handicap : elle n'a pas d'argent. " Un étudiant en première année de CAP comptable est capable de voir notre problème en lisant notre bilan. Nous n'avons aucuns fonds propres ", reconnaît Claude Bourmaud, son président. Farouchement opposé à l'augmentation du droit de timbre pour financer son développement, il parie sur la seule marge brute d'autofinancement - estimée à 5 milliards pour 1999 - et sur le patrimoine immobilier. Deuxième handicap : non seulement La Poste n'est pas très riche, mais elle doit aussi faire face à des charges estimées à plus de 8 milliards de francs par an. Enfin, troisième handicap : son statut d'établissement public l'empêche de lever des fonds pour faire ses emplettes. Et l'oblige à en référer constamment à sa tutelle. " Nous n'avons pas le métronome. Nous ne sommes que gestionnaires. Cela dit, nous ne pouvons pas être différent des autres en Europe ", observe sobrement Claude Bourmaud. Façon de rappeler qu'il n'aurait rien contre un changement de statut. Las, celui-ci n'est pas à l'ordre du jour de l'actuel gouvernement. Pourtant, il existe des solutions. " Prendre 3 % du capital de France Télécom et le réinjecter à La Poste, suggère un proche du dossier, permettrait de sortir de l'impasse. " Une marge de manoeuvre limitée par son actionnaire Faute d'apport financier et d'une stratégie claire de son actionnaire, La Poste n'a d'autre solution qu'une politique de petits pas dans ses trois métiers : courrier, services financiers, colis et logistique. Côté courrier, mission de service public, 3 milliards de francs ont été investis en 1998 dans la modernisation du réseau, et 600 établissements ont été créés en zone urbaine, dont plus de 10 % dans des quartiers sensibles. Des " commissions départementales de présence postale territoriale ", composées d'élus et de représentants de La Poste, ont été mises en place par le contrat de plan pour trouver des formes de mutualisation nouvelle. " La Poste ne pourra rester seule partout sur l'ensemble du territoire et en supporter durablement seule les coûts ", reconnaît Claude Bourmaud. Bref, dans son métier de base, elle est écartelée entre sa mission de service public et un environnement de plus en plus concurrentiel. " Chaque Français lit dans la signature de La Poste ses propres attentes, et, dans le même temps, elle doit savoir répondre à celles de grands clients industriels ", reconnaît Claude Bourmaud. Rappelant que 90 % du chiffre d'affaires courrier sont réalisés avec les entreprises. Côté financier, même topo. D'un côté, une mission de service public : assurer la fonction de guichets bancaires pour les plus démunis. De l'autre, des activités d'épargne, de placements et d'assurances très concurrentielles. Exemple : en 1998, La Poste a pris 20 % de la CNP. La coopération entre les deux entreprises s'en trouve renforcée. Dans le domaine de l'assurance-vie, La Poste dispose désormais d'un encours de près de 260 milliards de francs. Et elle tente d'innover dans des domaines délaissés par les compagnies d'assurance, comme, par exemple, le lancement de nouveaux produits de prévoyance. Stratégie défensive en France et poussive en Europe Enfin, dans le colis et la logistique, son troisième métier, plus largement ouvert à la concurrence, La Poste cherche à défendre son territoire face à l'agressivité de ses voisins. Un premier pas a été franchi cette année avec la création du holding Colis et Logistique, regroupant toutes les filiales spécialisées (Chronopost, Tat Express, Publi-Trans, Eurodispatch, Soficolis). Objectif à court terme : ouvrir son capital et se rapprocher de la filiale transport et logistique de la SNCF, Géodis, cotée au second marché et jeune héritière du Sernam. Cette alliance, qualifiée " d'industrielle " par les patrons de La Poste et de la SNCF, en pleine discussion sur ses modalités, permettrait de trouver des synergies. Elle aurait également le mérite de placer La Poste sur des métiers que possèdent ses concurrents DPAG et TPG, notamment les prestations logistiques de haut niveau. Enfin, intérêt majeur, l'opération permettrait de lever des fonds et procéder à des acquisitions. Il y a urgence. Pour l'instant, sur le marché européen, La Poste a modestement riposté à la frénésie d'achat de ses voisins, en reprenant, l'an dernier, Denkhaus, pierre angulaire du réseau de transport monocolis Deutsche Parcel Distribution (DPD) et deux autres sociétés de ce réseau. Elle a également conclu un accord avec l'opérateur postal espagnol. Alliance internationale imminente Faute d'argent, mais pour ne pas se laisser trop fortement distancer, elle cherche aussi une alliance à l'international... depuis plus d'un an ! Car La Poste est exigeante : " Nous voulons garder notre place de troisième opérateur européen sur le colis et nous développer de façon intégrée. L'acteur mondial avec lequel nous souhaitons passer un accord doit respecter notre position en Europe, tout en permettant d'intégrer nos systèmes d'informations. De surcroît, cet accord ne doit pas permettre à l'opérateur de se positionner sur notre propre territoire et nous concurrencer ", déclare Bertrand de Mascarel, président du holding Colis et Logistique. Pour l'heure, La Poste fait les yeux doux à UPS, qui ne dispose pas encore d'une assise très solide en Europe. Est-ce du géant américain dont il est question quand Claude Bourmaud promet l'annonce d'une alliance internationale dans moins de cent jours ? Quoi qu'il en soit, La Poste sera encore loin des dizaines de milliards d'acquisitions de ses concurrentes. Alors, la direction générale, appelant à son secours Jean de La Fontaine, évoque la fable du lièvre et de la tortue ; elle assure que les dés ne sont pas jetés ; s'avoue bluffée par les rachats de la Deutsche Post, tout en lui prédisant une indigestion ; et rappelle avec fierté la création de Chronopost en 1986, bien avant ses voisins. On se console comme on peut... en attendant que les politiques veuillent bien fixer le cap. " Le gouvernement peut-il demander à La Poste d'autofinancer son développement international sans revoir ses charges d'intérêt général et ses spécificités juridiques ou statutaires ? ", interroge inlassablement le sénateur Gérard Larcher. Réponse de Christian Pierret, le ministre de tutelle : " La Poste doit être un service public à visage entrepreneurial, tourné vers l'international. " Traduction : " Il y a encore des gens au gouvernement qui pensent que La Poste peut devenir toute seule un géant ", ironise un spécialiste du dossier, qui a également suivi de près la privatisation de France Télécom. Et de rappeler que sur le front électoral, La Poste pèse deux fois plus lourd que l'opérateur de téléphone. Et que ses dirigeants sont bien davantage jugés sur le climat social que sur leurs résultats économiques. Sophie Peters Van Deinse Les boulets financiers de La Poste L'entretien du réseau : 3,2 milliards de francs par an. La mission de guichet bancaire aux plus démunis : 1,3 milliard de francs par an. La prise en charge du transport de la presse : 3,6 milliards de francs par an. Auxquels s'ajoutent 13,5 milliards de francs par an pour le financement des retraites et environ 3 milliards de francs pour le passage aux trente-cinq heures. CLAUDE BOURMAUD, président de La Poste Nommé en 1996 en Conseil des ministres, Claude Bourmaud, diplômé de l'ENSPTT, est entré à La Poste en 1971, où il occupait, depuis 1993, le poste de directeur général. " Nous investissons dans la limite de notre capacité d'autofinancement. Mais il n'est pas question de la faire croître par le biais de l'augmentation du prix du timbre. Je ne suis pas d'accord pour financer le rachat d'entreprises privées sur le dos des clients. " KLAUS ZUMWINCKEL, président de La Deutsche Post AG Nommé en 1995, lors de l'éclatement de l'Administration des postes et télécommunications, par l'Office fédéral des postes et télécommunications, Klaus Zumwinckel était président du leader allemand de la vente par correspondance Quelle et ancien directeur du cabinet Mac Kinsey en Allemagne. " La Deutsche Post construit un réseau logistique pour 330 millions d'habitants en Europe. L'environnement concurrentiel est tel qu'il impose aux opérateurs d'offrir une palette complète de services logistiques intégrés qui couvrent toute la planète. " L'ouverture différée du monopole postal Une directive européenne de décembre 1997 vise à créer les conditions d'harmonisation du secteur postal en vue de l'ouverture des frontières. A partir de 350 grammes, ou pour un tarif égal ou supérieur à cinq fois le prix du timbre rapide, la correspondance est dorénavant ouverte à la concurrence. En revanche, le courrier transfrontières (c'est-à-dire le courrier en provenance ou à destination d'un autre pays) et le publipostage (c'est-à-dire la publicité adressée, qu'elle soit nationale ou internationale) sont encore dans le monopole. Les pays ont commencé à traduire la directive dans leur droit national. La France n'en a transposé qu'une partie (service universel postal) dans la loi d'aménagement du territoire. L'Allemagne, elle, a traduit la totalité du texte. Elle a fixé à 200 grammes la limite du monopole du courrier et réclame une harmonisation rapide. L'ouverture se fait à petits pas. Le Parlement et le Conseil européen n'ont pas encore tranché sur les conditions dans lesquelles se poursuivra la libéralisation. Résultat : l'ouverture totale à la concurrence, prévue pour 2003, sera plus vraisemblablement pour 2010. LA POSTE PREND SES MARQUES SUR LE NET Loin de se sentir menacée par les nouveaux moyens de communication, La Poste entend s'appuyer sur son image de marque pour profiter de la montée en puissance d'Internet. Elle mise beaucoup sur le développement du commerce électronique. Internet va-t-il tuer La Poste ? En deux ans, le courrier électronique a séduit 4 millions de Français. Le courrier traditionnel, qui a représenté 66 % du chiffre d'affaires de La Poste en 1998 (61,4 milliards de francs), n'est-il pas menacé ? " Le problème s'était déjà posé avec l'arrivée des télécopieurs. A posteriori, les études ont montré qu'un fax sur trois remplaçait une lettre, qu'un fax sur trois correspondait à une nouvelle communication et qu'un fax sur trois générait une lettre ou un colis supplémentaire. Bref, le solde était nul ", rappelle Jean-Bernard de Cérou, directeur des nouveaux services au sein du groupe. A l'en croire, le courrier traditionnel résistera : " Actuellement, en France, son volume augmente de 3 % par an. Dans les pays en pointe en matière d'Internet, comme les Etats-Unis, la croissance est même supérieure. En fait, ce qui diminue, c'est la part relative du courrier dans l'univers de la communication ", explique Jean-Bernard de Cérou, s'appuyant sur une étude réalisée par l'Union postale universelle (voir graphique ci-dessus). Loin de considérer les nouvelles technologies comme une menace, La Poste y voit plutôt des opportunités. " Comme la plupart des entreprises, nous considérons le Net d'abord comme une formidable vitrine, martèle le président, Claude Bourmaud. Exemple à l'appui. La vente en ligne de timbres de collection, qui intéresse les philatélistes du monde entier, nous a permis de réaliser un chiffre d'affaires de plusieurs millions de francs cette année. " Le groupe La Poste fait donc migrer progressivement son offre sur le Web. Et profite, au passage, des nouvelles technologies pour améliorer ses services. Désormais, on peut suivre en ligne l'état d'acheminement d'un Chronopost sur le Web à partir de son numéro d'identification. Autre avancée, le " prêt-à-poster électronique ", qui permet de créer des cartes postales sur le site de La Poste. Imprimées à la demande, celles-ci peuvent être expédiées dans n'importe quel point du monde. Ce service, dont la mise en place a nécessité un investissement relativement faible, enregistre aujourd'hui plusieurs milliers de commandes par jour. De nombreux atouts pour se développer sur le Web Actuellement, toutes ces activités en ligne sont éclatées sur une petite dizaine de sites. " Demain, on peut très bien imaginer un site portail dont l'interface rappellerait un bureau de poste virtuel ", s'enthousiasme Jean-Bernard de Cérou. La Poste canadienne a déjà développé un tel " frontal ", baptisé ePoste. Celui de son homologue américaine ouvrira en janvier 2000. Face au boom du Net, La Poste a de nombreux atouts. Première qualité, elle s'adresse à tout le monde. " Cette universalité s'est traduite par le lancement d'un service de courrier hybride, baptisé Maileva, explique Jean-Bernard de Cérou. Il permet d'envoyer depuis Internet un même message vers une boîte aux lettres électronique, vers un fax ou vers une boîte aux lettres "physique", le seul terminal universel qui permet de communiquer par écrit avec 100 % de la communauté. " Géré par Télépost, une division qui emploie une trentaine de personnes, Maileva se veut une tour de Babel de l'écrit. " La multiplicité des plates-formes garantit la pérennité de ce service pour au moins trente ans ", prédit Jean-Bernard de Cérou. Une enseigne qui inspire confiance Deuxième qualité, La Poste est considérée par une majorité de Français comme un tiers irréprochable en matière de confiance. " Avec la réputation sulfureuse d'Internet, il était logique que nous offrions des services à forte garantie ", arguë Jean-Bernard de Cérou. La Poste a ainsi développé, en coopération avec les Postes canadienne et américaine, le service PostECS, qui est l'équivalent électronique de la lettre recommandée. Non content de crypter les messages, ce service offre la " traçabilité " et l'horodatage grâce à un journal de bord qui consigne en temps réel l'état d'acheminement des messages. Selon Jean-Bernard de Cérou, facturé à l'envoi sans abonnement, PostECS devrait rapidement peser une centaine de millions de francs en France. Dans le même esprit, La Poste a développé une autorité de certification, baptisée Certinomis. Après s'être assurée de l'identité du demandeur (société, site, internaute, etc.), elle délivre des certificats numériques qui permettent de signer et de chiffrer des documents électroniques. En cas de problème, la justice peut se tourner vers l'autorité de certification, ce qui donne une valeur juridique aux signatures. Le certificat de la Poste fait foi ! Dans la même logique de confiance, Pas.Rel, un service d'EDI sécurisé, permet le suivi et le paiement des factures. " Il s'agit de faire disparaître, entre clients et fournisseurs, le "trou noir" qui sépare l'envoi de la réception de factures ", explique Michel Vargoz, président de Postaxess, filiale de La Poste créée pour la circonstance. " Son objectif est ambitieux : équiper 20 % des entreprises d'ici à cinq ans. " Fort bien ! Mais La Poste a-t-elle une chance de faire son trou dans le commerce électronique, le plus gros marché généré par les nouvelles technologies. " Selon les étude américaines, le commerce électronique mondial pèsera plus de 6 000 milliards de francs en 2003. Or, on sait que 100 milliards de transactions en ligne génèrent 10 milliards en logistique ", s'enthousiasme Claude Bourmaud. Raisonnement du président : sur le plan mondial, le commerce électronique va générer plus de 600 milliards de francs en logistique en 2003. Sachant que, aujourd'hui, l'activité courrier pèse 750 milliards de francs dans le monde avec une croissance d'environ 3 % par an, on voit qu'en 2002, 2003, les activités courrier et colis vont s'équilibrer. Une logistique adaptée au commerce électronique Bref, il y a là une formidable opportunité à ne pas manquer pour les services postaux. Le commerce électronique, pour lequel La Poste s'est d'ores et déjà dotée d'une direction spéciale, s'appuie sur cinq briques d'activité : la confection des sites, l'hébergement et l'accès, le marketing direct, la livraison et le paiement. Ces trois dernières activités sont au coeur des métiers de La Poste. Pour les deux premières - création de sites Web et fourniture d'accès - La Poste préfère les partenariats (France Télécom, IBM, etc.) et développe deux types d'offres : du " sur mesure " pour les grandes enseignes, comme les VPCistes, et du " clé en main " pour les PME-PMI. " En France, nous devrions réaliser un chiffre d'affaires de plus de 100 millions de francs cette année et ce chiffre devrait doubler l'an prochain ", confie Claude Bourmaud. D'après ses estimations, l'activité commerce électronique tous marchés confondus devrait engendrer un chiffre d'affaires de 3,5 milliards de francs à La Poste en 2003. Une manne importante pour une entreprise publique qui ne peut compter pour se développer que sur sa seule capacité d'autofinancement. David Maume Avec Cyberposte, la poste expérimente le web sur le terrain Le plus gros défi de la Poste est sans doute d'intégrer Internet à sa culture. Pour y parvenir, elle a lancé cette année un vaste programme baptisé Cyberposte ; 1 000 bureaux de poste ont été équipés de bornes Internet dont l'accès est subordonné à l'achat d'une carte à puce. D'une valeur de 50 francs, cette dernière donne droit à une heure d'accès Internet. Les heures supplémentaires sont facturées 30 francs. Des agents spécialisés (5 000 emplois-jeunes ont été créés) aident les débutants à s'y retrouver. Avec la création d'emplois et l'initiation des Français à Internet, la Poste remplit ainsi au passage sa mission de service public. Elle sensibilise ses employés. Et elle en profite pour observer le comportement des internautes dans une logique de marketing direct. On trouve notamment sur les bornes Cyberposte un accès direct aux services de la Poste, comme Kadojaune.com, un site au nom évocateur qui rassemble les offres de commerce électronique de la Poste pour Noël. Un bon moyen d'évangéliser les foules. LA POSTE TENTE D'ALLÉGER SES CHARGES SALARIALES Dans un contexte européen concurrentiel, La Poste veut diminuer sa masse salariale grâce à la réduction du temps de travail et à l'embauche de contractuels. Centres de tri de Bobigny ou de Bordeaux, bureaux en Corse du Sud... Depuis plusieurs mois, la liste des grèves à La Poste ne cesse de s'allonger. Toutes ne sont pas de la même ampleur, mais toutes ont la même origine : les négociations locales autour de l'application de l'accord-cadre portant sur la réduction du temps de travail. L'un des objectifs de l'accord national signé le 17 février dernier par la direction de l'entreprise publique et quatre syndicats consiste en effet à faire passer les agents de La Poste aux trente-cinq heures à moindre coût. En tant qu'établissement public, La Poste ne peut bénéficier des aides prévues dans le cadre de la loi Aubry. Sa direction a donc tenté de limiter au minimum les créations d'emploi. Ainsi, l'accord cadre ne prévoit qu'une stabilisation des effectifs sur deux ans. Le coût n'est pas anodin, puisque, depuis plusieurs années, La Poste supprimait - par non-renouvellement des postes libérés par des départs en retraite - environ 3 500 emplois par an. Mais il n'y a pas de créations nettes. Priorité aux métiers stratégiques Surtout, La Poste entend bien profiter de la réduction du temps de travail pour réorienter son personnel vers les métiers qu'elle considère comme stratégiques. " Nous souhaitons que, d'ici à deux ans, 65 % des postiers soient en contact avec le public, contre 60 % aujourd'hui. Il nous faut donc réorienter 30 000 personnes vers les fonctions commerciales, les guichets ou la distribution ", souligne Georges Lefebvre, directeur des ressources humaines de La Poste. A effectif global égal, ce sont les services financiers, les services d'appui à la production ou les centres de tri qui fournissent les gros bataillons de personnels à reconvertir : " Dans ces domaines, nous faisons d'importants investissements de mécanisation qui nous permettent des gains de productivité ", résume Georges Lefebvre. Et c'est sur ces sites où aucun emploi n'est créé (voire des postes supprimés) que le mécontentement éclate. Des conflits attisés par les questions de statut. Sur les 20 000 recrutements prévus d'ici à la fin de 2000 pour compenser les départs en retraite, seuls 6 000 concernent des postes de fonctionnaires. Le solde porte sur des contrats de droit privé. Depuis la loi du 2 juillet 1990, qui l'a fait passer du statut d'administration à celui d'entreprise publique et qui l'a autorisée à employer des agents de droit privé, La Poste a largement utilisé les " contractuels " pour alléger ses charges salariales. A tel point qu'ils représentent aujourd'hui près du quart de ses effectifs (voir ci-contre). L'enjeu est de taille, notamment pour les activités telles que le colis ou la logistique, sur lesquelles les opérateurs européens se livrent une concurrence acharnée. " Sur ces métiers, nous avons une politique importante de recours au marché du travail, car il nous faut nous positionner à la hauteur de nos concurrents ", souligne Georges Lefebvre. 70 % de contractuels à temps partiel Pour La Poste, recourir aux contractuels présente plusieurs avantages. Tout d'abord, des économies à court terme sur les salaires : par exemple, sur les emplois d'exécution - les plus bas de la grille -, la rémunération mensuelle moyenne brute des contractuels est de 2 700 francs inférieure à celle des fonctionnaires. Ensuite, c'est une solution à moyen terme pour alléger les charges de retraite : les pensions des contractuels sont prises en charge par le régime général, contrairement à celles des fonctionnaires, autofinancées par La Poste. Enfin, embaucher des contractuels lui permet de gagner en flexibilité. Car, si la loi lui interdit de recruter des fonctionnaires à temps partiel, rien ne l'en empêche pour les agents de droit privé. Et La Poste ne s'est pas privée cette possibilité. Près de 70 % des contractuels ont en effet des contrats à temps partiel hebdomadaires ou des contrats à durée indéterminée intermittents (CDII), qui permettent une annualisation. Avec l'ouverture d'une nouvelle partie de ses activités à la concurrence en 2003 et une accélération du nombre de départs en retraite de ses fonctionnaires dès 2001, La Poste va poursuivre cette stratégie de recrutement. Mais elle devra aussi veiller à limiter les risques de conflits sociaux. Echaudée par les critiques portant sur la précarité de ses contractuels, elle a d'ores et déjà fait quelques gestes pour améliorer leurs statuts. Ainsi, le 17 juin, un accord a été signé avec la CFDT, FO, la CGC et la CFTC dans ce sens. Il prévoit, par exemple, de garantir aux contractuels au moins huit cents heures de travail par an, le minimum pour bénéficier d'une couverture sociale. Mais aussi de faire passer au moins 50 % des contractuels à temps plein d'ici à la fin de 2000 et de réduire de 20 % le nombre de CDD. Autre mesure symbolique d'apaisement à l'égard des syndicats : la décision de fermer définitivement le centre de tri privé d'Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), géré à l'origine par la STAA, une filiale de La Poste et d'Alcatel. Une décision qui sera effective fin décembre.

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