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L'Usine de l'Energie

La Pologne marque un point grâce à la France contre le gazoduc Nord Stream 2

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Publié le , mis à jour le 11/02/2019 À 17H08

Lundi 11 février, le quai d'Orsay a confirmé que la France soutiendrait, à Bruxelles, une directive fragilisant fragilisant le projet Nord Stream 2, appuyant les révélations du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung   jeudi 7 février. De quoi aller, délibérément ou non, dans le sens de la Pologne qui souhaite s'affranchir du gaz russe, comme l'expliquait notre enquête de décembre 2017.

La Pologne marque un point grâce à la France contre le gazoduc Nord Stream 2
La construction du gazoduc Nord Stream 2, piloté par Gazprom, a déjà commencé.
© Nord Stream 2

Le projet de gazoduc Nord Stream 2 ne doit pas aboutir ! Pour le gouvernement polonais, il donnerait un monopole au géant russe Gazprom sur le gaz en Europe et bloquerait tous les nouveaux investissements. Selon Michal Kurtyka, le secrétaire d’État polonais chargé de l’Énergie et des questions internationales, faire obstacle à ce projet, qui vise à doubler le gazoduc Nord Stream 1 qui relie Vyborg (Russie) à Greifswald (Allemagne), via la mer Baltique, serait même une question de sécurité énergétique pour le pays et toute la région. "La Russie utilise son gaz comme une arme", assure Michal Kurtyka, persuadé qu’avec Nord Stream 2, les Russes pourront stopper les livraisons de gaz passant par l’Ukraine, via le gazoduc BrotherHood, comme ils l’avaient déjà fait lors de la crise ukrainienne il y a deux ans.

La Pologne a bien essayé de passer par l’Europe pour stopper le projet, qui doit traverser les eaux territoriales du Danemark. Et ce, en arguant du fait que l’opérateur gazier tout intégré Gazprom ne respecte pas les règles du troisième paquet énergie, qui impose une séparation entre producteur et transporteur d’énergie en Europe. Mais la Commission, qui avait essayé d’obtenir un mandat pour négocier directement avec Moscou sur ce sujet, n’a pas obtenu l’accord à l’unanimité des 28, indispensable pour ce type de mandat. Les Allemands, au cœur du réseau de distribution du gaz en Europe, soutiennent massivement le projet Nord Stream 2. Ils ne sont pas les seuls. Cinq groupes européens – le français Engie, les allemands Uniper (ex-E.on) et Wintershall (BASF), l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell – se sont engagés en avril dernier à financer 50 % du projet, dont le coût est estimé à 9,5 milliards d’euros. La Commission européenne ne désarme pas. Et le 8 novembre dernier, Bruxelles a proposé tout simplement de modifier la directive sur le gaz. Insuffisant pour stopper le projet à temps.

Un autre projet de loi, au Danemark cette fois, pourrait réussir à ralentir le projet. Au nom de la sécurité nationale, le texte prévoit que tout permis de poser des câbles électriques et des pipelines pour le transport d’hydrocarbures dans les eaux territoriales danoises soit approuvé, non plus uniquement par le ministère de l’Énergie, mais par celui des Affaires étrangères. En discussion auprès du Parlement danois, le texte doit être voté ce mois-ci. Les Polonais misaient aussi sur les sanctions américaines, suite à l’ingérence russe en Ukraine, pour contrer Nord Stream 2. Début août, le Congrès américain a demandé au président Donald Trump de sanctionner les entreprises qui travaillent sur des pipelines venant de Russie. Dans ce cas, Engie sortirait du projet. Mais une note récente laisse apparaître que les entreprises européennes ne seront pas touchées.

L’après Yamal

Que le gazoduc Nord Stream 2 ouvre ou non en 2019, comme prévu, la Pologne entend bien jouer un rôle dans la sécurité des approvisionnements en gaz de ses voisins d’Europe centrale. Et Varsovie compte même s’affranchir totalement du gaz russe. Le gouvernement clame sur tous les toits que la Pologne n’achètera plus de gaz russe à la fin du contrat Yamal qui la lie à Gazprom jusqu’en 2022. À cette date, la Pologne n’aura probablement pas de solutions d’approvisionnement alternatives suffisantes pour compenser les 10,3 milliards de m3 de gaz russe qu’elle achète chaque année, soit 60 % de la consommation du pays (17,3 milliards de m3 consommés en 2016). Mais elle prépare l’après Yamal. En juin 2016, la société Polskie LNG, filiale à 100 % du transporteur de gaz national Gaz-System, a inauguré un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) à Swinoujscie, au bord de la mer Baltique, à quelques kilomètres de la frontière allemande. Cette installation d’une capacité de 5 milliards de m3 par an, qui devrait être portée à 7,5 milliards de m3 par an en 2020, a bénéficié d’un investissement de 1 milliard d’euros. En quinze mois, le terminal a déjà reçu 21 livraisons, dont 19 commerciales.

Le pays peut aussi compter sur une production domestique de gaz de 4 milliards de m3 par an par l’exploitant national PGNiG. Si elle décline de 500 millions de m3 par an, elle devrait être compensée par l’usage de nouvelles technologies pour exploiter d’anciens gisements et l’exploitation des gaz de houille. Enfin, si le gouvernement polonais n’hésite pas à afficher son désir d’indépendance vis-à-vis du gaz russe, c’est aussi parce qu’il compte sur un projet de pipeline qui relierait la Norvège à la Pologne via le Danemark. D’une longueur de 600 km, ce dernier aurait une capacité de 10 milliards de m3 par an, soit l’équivalent du contrat Yamal actuel. Il sera opéré par un consortium d’entreprises indépendant de Gazprom, comme le transporteur Gaz-System et le pétrolier PGNiG. Ce dernier produira 2,5 milliards de m3 par an de gaz naturel en Norvège en 2022. « On en est à la deuxième phase du projet. On vient de déclarer les volumes de gros qui devraient transiter sur le pipeline pour trouver des financements. L’objectif est d’ouvrir en octobre 2022 », explique Michal Kurtyka. Mais cinq ans, c’est bien peu pour mener un tel projet. 

Retour de l’option nucléaire

Le ministère de l’Énergie polonais rêve de mobilité électrique. Il annonce un million de véhicules électriques sur les routes polonaises en 2025. L’État s’engage à transformer 30 % à 50 % de sa flotte dès 2025. Le plan prévoit aussi que 30 % des véhicules et 1 000 bus électriques seront produits par an dans le pays. Mais aucun budget – ou stratégie – n’est attaché à ce programme. Certes, le pays compte un fabricant de bus électriques, Solaris, qui exporte déjà ses véhicules, mais il n’a pas de constructeur de voiture. Surtout, le pays est déficitaire en matière de production d’électricité (- 2 820 GWh en 2016). Et la mobilité électrique va de pair avec une augmentation de la consommation. La Pologne, qui produit 88 % de son électricité avec du charbon, étudie l’option nucléaire et la construction d’une centrale. Un programme d’énergie nucléaire en Pologne a été adopté en 2014. « Mais on ne choisira pas un montage comme celui mis en œuvre par EDF à Hinkley Point C au Royaume-Uni. Cela fait peser trop de risques sur les opérateurs », prévient Michal Kurtyka, le secrétaire d’État chargé de l’Énergie. Pour garantir son autonomie en électricité, la Pologne veut rester opérateur. 

 

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