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La pollution n'est pas une fatalité

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La pollution n'est pas une fatalité
En décembre, l’Ile-de-France a connu quatre jours d’affilée de circulation alternée due à une concentration élevée de microparticules.

Le plus important épisode de pollution aux particules fines en période hivernale depuis dix ans ! Impossible, compte tenu des conditions météorologiques, de mettre ce mauvais air sur le dos des Allemands et des Polonais, et de leur charbon, ou des agriculteurs du Bassin parisien et de leurs épandages de produits phytosanitaires comme c’est souvent le cas au printemps. Les coupables sont connus : le diesel, le chauffage au bois et au fioul, les rejets de l’industrie. La tardive mise en place de la circulation alternée, à Paris et à Lyon, restera comme la seule mesure d’urgence validée par le gouvernement. Une inaction qui confine à l’irresponsabilité !

Bannir le diesel et taxer les camions

Selon Airparif, le trafic routier en Ile-de-France est responsable de plus de la moitié des émissions d’oxydes d’azote (NOx) régionales – dont 94 % proviennent des véhicules diesel –, de 28 % des émissions directes de particules PM10 et de 35 % pour les PM2,5 – dont 96 % des émissions à l’échappement émanent des véhicules diesel. La Ville de Paris veut bannir le diesel de la capitale d’ici à 2020. Tokyo l’a fait en sept ans. Cette solution radicale permettrait d’éliminer une grande part des particules. En attendant, la circulation alternée peut réduire la pollution de l’air… si elle est respectée. Pour limiter la circulation des véhicules polluants, les villes ont la possibilité de délivrer des certificats de qualité de l’air matérialisés par des vignettes de couleur. Celles-ci seront obligatoires à Paris à partir du 16 janvier. « Au-delà d’une réaction rapide aux pics, nous devons réussir à prévenir les pics, en investissant dans les transports en commun, en soutenant les mobilités douces et électriques, et en réduisant la place de la voiture en cœur de ville comme le fait Paris avec la reconquête des berges de la Seine rive droite », a indiqué Anne Hidalgo, la maire (PS) de la capitale. Autopartage, covoiturage, utilisation de véhicules électriques, tout est bon à prendre.

Aux abonnés absents, le gouvernement a eu la faiblesse de suspendre l’application de l’écotaxe qui validait le principe du pollueur-payeur pour le transport routier. En Ile-de-France, ce dernier est responsable de 32 % des émissions d’oxyde d’azote de l’ensemble du transport pour 5 % des kilomètres parcourus. Un poids lourd émet 60 fois plus qu’une voiture à essence. Combien de morts supplémentaires faudra-t-il dénombrer avant d’interdire la circulation des poids lourds en transit sur le périphérique parisien, d’imposer une écotaxe et de revoir le principe des livraisons en mutualisant les moyens et en favorisant les véhicules propres ? La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, souhaite que le bonus accordé aux particuliers pour l’achat d’un véhicule électrique soit étendu aux véhicules utilitaires. Sur le plus long terme, la question du fret ferroviaire sacrifié par les pouvoirs publics et la SNCF se pose.

Le chauffage au bois particulièrement visé

L’autre secteur important dans la contribution à la pollution atmosphérique est le chauffage résidentiel et tertiaire, qui représente 26 % des PM10 et 39 % des PM 2,5. Il concerne le fioul et le bois. De tous les modes de chauffage, le bois est le plus émetteur. Il compte pour 5 % des combustibles utilisés mais pour 84 % des émissions de particules. À comparer au gaz naturel qui représente 80 % du chauffage et 3 % des particules et au fioul qui compte pour 15 % du chauffage et 13 % des particules. La préfecture d’Ile-de-France avait interdit en 2015 l’utilisation des feux de cheminée dans des foyers ouverts. Ségolène Royal avait alors jugé cette décision trop extrême et était revenue sur l’interdiction, arguant que l’écologie ne doit pas être punitive. En retour, elle a pris en compte la question des microparticules dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte. La loi prévoit que le gouvernement remette au Parlement « un rapport sur l’opportunité d’aides fiscales à l’installation de filtres à particules sur l’installation de chauffage au bois pour particuliers ». La mise en place de tels outils serait très efficace. Elle est déjà obligatoire en Allemagne, où ce mode de chauffage est beaucoup plus répandu qu’en France. Mais ce rapport n’a pas encore vu le jour… et le temps presse. Les foyers français continuent à bénéficier de crédits d’impôt pour s’équiper de chauffage au bois plus performant (poêle, inserts…), qui émettent jusqu’à 30 fois moins de particules qu’une cheminée traditionnelle. En 2015, la France comptait 7,5 millions de foyers équipés de chauffage bois. Ils seront 9 millions en 2020.

En fonction des saisons et du vent, l’agriculture peut aussi émettre beaucoup de particules, notamment avec les épandages de pesticides. Il est urgent de les interdire quand les conditions météorologiques ne sont pas favorables. Quant à l’industrie, elle ne représente en Ile-de-France que 3 % des émissions de particules fines. La désindustrialisation n’explique pas tout. Ce secteur a agi, souvent sous la contrainte, mais le résultat est là. Comme quoi l’écologie punitive est parfois nécessaire. 

La pollution de l’air coûte jusqu’à 101 milliards d’euros par an en France

Combien coûte la pollution de l’air à l’économie française ? Plusieurs études fournies se sont penchées sur la question. Remis en juillet 2015, un rapport de la commission d’enquête du Sénat, qui s’appuie sur les résultats d’une dizaine de travaux d’évaluation, avance une fourchette relativement précise. Chaque année, les conséquences de la pollution atmosphérique coûteraient à la France entre 72 et 101,3 milliards d’euros. Et encore, « de nombreuses incertitudes conduisent à une forte sous-estimation du coût total de la pollution », souligne le rapport sénatorial. De fait, les conséquences sont multiples. L’exposition aux particules fines et autres polluants engendre des dépenses supplémentaires pour l’assurance-maladie, en augmentant les jours d’hospitalisation et les traitements de l’asthme et des cancers. Selon l’agence Santé publique France, la pollution aux particules fines est responsable en France de 48 000 décès prématurés par an. Cette surmortalité a un coût économique, en pertes de revenus de travail, de près de 53 milliards d’euros, soit 2,3 % du PIB, selon les calculs de l’OMS. Aux aspects sanitaires s’ajoutent 4,3 milliards d’euros de coûts indirects. La pollution renchérit les frais de rénovation des bâtiments. Les fortes concentrations d’ozone se répercutent sur les rendements agricoles. Même si les mesures de lutte contre la pollution ont un coût, le Sénat estime que la balance coûts – avantages penche en leur faveur. Elles généreraient une économie de près 11 milliards d’euros par an. Ces chiffres ne doivent pourtant pas faire oublier que l’Europe est relativement épargnée. Selon la Banque mondiale, la pollution a causé 5,5 millions de décès prématurés en 2013, dont près de 2 millions en Asie. 

 

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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