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"La politique chinoise de stockage massif de produits agricoles est devenue insoutenable", selon Jean-Marc Chaumet

Franck Stassi , , , ,

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Entretien Face à des stocks coûteux et trop importants, la Chine fait évoluer sa politique de soutien à sa filière agricole. Elle s’attaque également aux problèmes sanitaires dans le secteur laitier.

La politique chinoise de stockage massif de produits agricoles est devenue insoutenable, selon Jean-Marc Chaumet © US Grain Council

Confrontée à des stocks trop importants de coton, de maïs et de soja dont elle peine à se défaire, la Chine expérimente une nouvelle politique de soutien à sa filière agricole, basée sur des compensations financières. Le pays tire par ailleurs les leçons des crises sanitaires à répétition, notamment sur le lait où le tissu d’exploitations évolue. Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste à l’Institut de l’Elevage, où il suit l’actualité chinoise, répond aux questions de L’Usine Nouvelle.

L'Usine Nouvelle: Comment la politique chinoise d'achats de produits agricoles a-t-elle évolué au cours des dernières années ?

Jean-Marc Chaumet: Autant les produits tels que le blé, le maïs, le soja ou le porc bénéficient d’une politique publique de soutien et de stockage, autant les autres produits agricoles ne sont pas concernés. Les efforts se concentrent sur les productions stratégiques depuis 2004 pour le riz, depuis 2006 pour le blé, et depuis 2008 pour le maïs et le soja avec l’objectif de garantir un revenu minimum aux producteurs. Cela passe par des mécanismes de prix minimums, de réserves temporaires (qui perdurent), etc. L’idée est de faire augmenter les prix à la production (ce qui encourage la production) et d’élever les revenus des agriculteurs (les revenus des ruraux sont trois fois inférieurs à ceux des urbains). Depuis leur instauration, les prix minimums n’ont cessé de suivre la hausse des prix des intrants.

La politique de stockage massif du coton et du maïs semble atteindre ses limites. Quels facteurs grippent ce système ?

Les prix minimums garantis aux producteurs ayant augmenté, les prix pratiqués en Chine se sont eux aussi fortement accrus, et sont devenus supérieurs à ceux du marché international. Pour les consommateurs de maïs, il est devenu plus intéressant pour les consommateurs d’importer plutôt que d’acheter local. Lors de la campagne 2013-2014, alors que les prix du maïs reculaient aux Etats-Unis, ils augmentaient en Chine ! Par ailleurs, l’Etat stocke beaucoup de marchandises, ce qui génère des coûts tendant à devenir insupportables. La revente des stocks est difficile et s’effectue à perte : elle n’arrive pas à financer les coûts de stockage et d’achat. De plus, la demande en coton et en maïs baisse actuellement. Pour répondre à ce problème, un système de prix d’objectif fixé par le gouvernement et de compensation entre ce prix et le prix de marché est expérimenté.

Cette nouvelle politique est notamment testée auprès de producteurs de coton dans la région du Xinjiang. Quels en sont les objectifs ?

L’idée est de limiter les stocks et de soulager un peu le budget de l’Etat. De plus, le produit doit redevenir davantage compétitif par rapport au marché mondial. Toutefois, certains Chinois ont peur que l’intérêt de cette nouvelle politique ne soit pas si important qu’escompté : début 2015, le prix d’objectif dans la région du Xinjiang était fixé à 19800 yuans [2800 euros] par tonne, contre un prix de marché compris entre 13000 et 14000 yuans [1845 à 1987 euros].

Comment les récents scandales sanitaires ont-ils influé sur la politique d'achats chinois de produits agricoles, et sur le comportement des consommateurs ?

Ces scandales ont beaucoup influé sur le lait, surtout suite au scandale de la mélamine en 2008. L’allaitement est en perte de vitesse et, dans le même temps, les Chinois se sont détournés des poudres de lait locales. Les importations de poudre de lait ont donc fortement augmenté ces dernières années : elles ont été multipliées par 9 entre 2007 et 2014. Elles se développent aussi sur le lait liquide (280 000 tonnes importées en 2014). La Chine est devenue le premier importateur de produits laitiers au monde. Depuis, d’autres scandales ont éclaté. Pourtant, les poudres de lait importées sont deux fois plus chères que celles produites localement. Beaucoup de Chinois se rendent à Hongkong, où des limites ont été fixées, à l’instar d’autres pays.

Pour restaurer la confiance, quelles mesures ont été mises en place ?

En amont, avant la crise, l’immense majorité des éleveurs possédaient moins de 5 vaches. Peu de formations étaient dispensées auprès de ces petites exploitations, qui revendaient leur production à des intermédiaires qui se chargeaient de faire le lien avec les industriels. Le gros changement a consisté à faire le ménage parmi ces intermédiaires, et à regrouper les éleveurs au sein de structures plus grosses pour centraliser la production. Les grandes entreprises sont pour leur part sommées de s’approvisionner à hauteur de 70% auprès d’exploitations qu’elles gèrent elles-mêmes, d’où l’apparition de grosses exploitations. En 2013, 15% des vaches chinoises évoluaient dans des fermes comptant plus de 1000 vaches. Cela a aussi favorisé les importations de foin et de vaches laitières. En aval, beaucoup de transformateurs n’ont pas vu leur licence renouvelée, tandis que l’on a assisté, ici aussi, à de nombreux regroupements.


Les graphiques sont extraits de la lettre "Chine_Abcis", publiée par la société de conseil Abcis.

Propos recueillis par Franck Stassi

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