La polémique enfle sur Google Street View

Trois ans après sa création, le programme de numérisation des rues de Google continue de susciter la polémique, notamment en Allemagne et en Corée du Sud, où le groupe vient de subir une perquisition de ses locaux pour vérifier la nature des données collectées.

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La polémique enfle sur Google Street View

« Nous avons déconné » (« We screwed up »), a reconnu début juin Sergey Brin, co-fondateur de Google, à l'occasion d'une conférence de Google destinée aux développeurs (Google I/O). En cause : des révélations sur la collecte automatique de données personnelles transitant via les réseaux Wi-Fi par les Google Cars sillonnant les rues de différents pays pour alimenter en photographies panoramiques le service Google Street View, accessible via le site de cartographie Google Maps.

L'« indélicatesse » a valu à Google des mises en demeure de plusieurs autorités de protection des données, notamment en Allemagne, en Espagne et en France, où la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) lui a demandé de « communiquer les données Wi-Fi enregistrées » au motif que « l'enregistrement de ces données, effectué à l'insu des personnes concernées, présente un caractère déloyal au sens de la loi "informatique et libertés" et une intrusion dans la vie privée ». L'affaire a aussi ravivé la polémique sur le service lui-même, à l'origine de multiples plaintes pour violation de la vie privée depuis sa création en 2007 (l'une d'entre elles a, par exemple, été déposée par un Finlandais photographié nu dans son jardin). Et ce, malgré l'ajout par Google d'un système de « floutage » des visages et des plaques d'immatriculation. Lequel ne serait pas encore suffisamment fiable, selon ses détracteurs.

L'inquiétude demeure en Allemagne et en Corée du Sud

Pour ne rien arranger, la Corée du Sud vient, par l'intermédiaire de la « National Police Agency » (NPA), de perquisitionner les locaux du moteur pour vérifier par elle-même si d'éventuelles données privées ont été indûment collectées par les Google Cars. Depuis plusieurs jours, des voix s'élèvent aussi en Allemagne, pays réputé particulièrement sensible aux questions de protection de vie privée, où le moteur espère ouvrir très prochainement son service et couvrir une vingtaine de villes d'ici la fin de l'année. Moyennant quelques ajustements : outre-Rhin, chacun devrait en effet être en mesure de demander, d'ici le 15 septembre, à ce que son habitation n'apparaisse pas sur Street View. Une disposition qui ne semble pas suffisante pour calmer les inquiétudes : dans un entretien accordé à l'agence Associated Press, Johannes Caspar, qui dirige l'autorité de protection des données de Hambourg, regrette que Google n'ait pas donné plus de temps aux habitants pour se prononcer et que le groupe n'ait pas jugé utile d'ouvrir une « hotline » pour répondre aux questions des habitants.

Un service « stratégique » pour Google

Pourquoi un tel entêtement ? « Il y a plusieurs raisons », estime Sébastien Billard, consultant spécialisé en référencement naturel chez Relevant Traffic et spécialiste des moteurs de recherche. Pour lui, Street View est utile aux « services de recherche locale de Google, associés à des services cartographiques ». Et le même de préciser que « la recherche locale, dont le développement est favorisé par la multiplication des terminaux mobiles, est un segment en plein essor, particulièrement important pour tous les moteurs de recherche ». Actuellement, un internaute en quête d'un bien immobilier, par exemple, « peut visualiser ce bien avant de se déplacer ». A l'avenir, « on peut même imaginer de voir arriver des services de réalité augmentée ou des annonces contextuelles sur les vues de Street View », explique-t-il.

Enfin, Street View est un « service différenciant » pour Google, qui rencontre peu de concurrents sur ce créneau (même si PagesJaunes et Microsoft, entre autres, ont déjà développé ou peaufinent actuellement leurs propres applications). Et si la polémique perdure, certaines innovations pourraient prochainement aider Google à colmater certains défauts : un groupe de chercheur de l'université de San Diego vient notamment de présenter une application permettant de supprimer automatiquement les personnes des photos de Street View.

Christophe Dutheil

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